Un « statu quo » plus dangereux que jamais

La Guerre des Six jours, en juin 1967, fut d’abord pour Israël une guerre d’autodéfense, face à une coalition arabe qui menaçait l’existence du pays et ses habitants. Mais ce fut aussi, par la force des choses, une guerre de conquête au terme de laquelle l’armée israélienne dirigée par le général Itzhak Rabin acquit le contrôle de territoires situés au-delà de la « ligne verte » définie par les accords d’armistice de 1949.

Certains de ces territoires furent ensuite évacués par Israël : le Sinaï, restitué à l’Égypte suite à l’accord de paix signé en 1978 par le Premier ministre israélien Menahem Begin et le président égyptien Anouar El Sadate, et la bande de Gaza, évacuée unilatéralement en 2005 à l’initiative du gouvernement que dirigeait Ariel Sharon.

On attend toujours l’homme d’État israélien qui sera capable d’effectuer le retrait de Cisjordanie et le partage de Jérusalem, parachevant le processus de paix israélo-palestinien lancé en 1993 sous la direction du vainqueur de 1967, Itzhak Rabin.

À ceux qui croyaient que Benjamin Netanyahu pourrait être cet homme-là, en vertu de l’adage selon lequel seul un dirigeant issu de la droite peut effectuer les concessions que la droite avaient précédemment dénoncées, l’épreuve des faits a jusqu’ici apporté démenti sur démenti.

Non seulement l’actuel Premier ministre n’a jamais su prendre les décisions qui s’imposaient, mais il s’est lancé – et a lancé le pays – dans une course en avant folle et, à certains égards, suicidaire. Le maintien de l’occupation fait que bientôt Israël sera confronté à une alternative désastreuse : soit devenir un État où les Juifs seraient minoritaires dans leur propre pays, soit mettre en place un régime discriminatoire qui déshonorerait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile.

La récente initiative française appelant à l’organisation d’une conférence internationale avant la fin de l’année avec la participation des Israéliens et des Palestiniens – initiative que nous avons soutenue dès son annonce et qui est devenue, après avoir reçu le 20 juin le soutien du conseil européen des affaires étrangères, une initiative européenne – , et simultanément des essais de réactivation du « Plan de paix arabe », auraient pu donner au gouvernement israélien une occasion ou un prétexte pour changer sa ligne de conduite.

Hormis une tentative rhétorique de « jouer » l’une des initiatives contre l’autre, M. Netanyahu n’a pas saisi la perche qui lui était tendue. Il a exprimé quelques vagues assurances à destination des médias internationaux, tout en envoyant des messages de fermeté à l’usage du public israélien.

M. Netanyahu apparaît ainsi comme un adepte du procédé que l’on a longtemps reproché – à juste titre – aux dirigeants palestiniens : tenir des discours différents à des publics différents. Naftali Bennett, qui « marque » Netanyahu à droite en espérant prendre un jour sa place, a cruellement insisté sur ce point quand il a déclaré : « On ne peut pas être pour Eretz Israël [dans le langage de Bennet, cela signifie « pour l’intégrité d’Eretz Israël », c’est-à-dire pour la pérennisation de l’occupation] en hébreu, et mettre en place l’État de Palestine en anglais ».

Commentant cet échange, le quotidien israélien Haaretz publiait le 7 juin un éditorial intitulé « Netanyahu, parle en hébreu », qui s’achevait sur ces mots : « Si Netanyahu veut que nous le croyions, il doit dire à la population ce qu’il a l’intention de faire ». On ne saurait mieux souligner l’ambiguïté qui est aujourd’hui le signe distinctif de la politique israélienne. Une ambiguïté dont les Palestiniens – et, dans le long terme, les Israéliens – paieront le prix.

Réunion publique avec le groupe d’Aix, le mardi 28 juin

En attendant une quelconque initiative, la poursuite du statu quo a un coût pour Israël, d’abord politique, par la dégradation de son image sur la scène internationale, mais aussi économique. Ce sera justement l’objet de notre prochaine réunion que nous organisons mardi 28 juin à 20h30 au Cercle Bernard Lazare avec les animateurs du Groupe d’Aix, sur le thème suivant : « Le statu quo israélo-palestinien, son coût économique et politique ».

Le Groupe d’Aix – que nous avons reçu dans un précédent colloque de JCall – rassemble des économistes palestiniens, israéliens et internationaux, qui cherchent ensemble à promouvoir des solutions dont bénéficieront à la fois les Israéliens et les Palestiniens. Nos interlocuteurs seront Gilbert Benhayoun, président du Groupe d’Aix, et Arieh Arnon et Saëb Bamya, qui sont respectivement le coordinateur israélien et le coordinateur palestinien du Groupe. Ils nous exposeront les coûts humains associés à l’absence de tout progrès vers une solution pacifique au conflit, et nous envisagerons avec eux les options pour sortir d’un enlisement sanglant.

Chasse aux sorcières contre des ONG israéliennes

L’incapacité de la direction israélienne actuelle de prendre une quelconque initiative se traduit, à l’intérieur du pays, par des interventions sans précédent contre la liberté d’information et de débat.

Une chasse aux sorcières est lancée depuis quelques mois contre des ONG israéliennes, qui défendent les droits de l’Homme en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, et leurs responsables qui ont fait l’objet de menaces de mort.

On leur reproche de recevoir des financements publics étrangers (alors que les associations et les médias de la droite extrême vivent de financements privés d’origine étrangère et dans des proportions beaucoup plus importantes). Un projet de loi dit de « transparence » qui vise à les délégitimer comme « agents de l’étranger » doit passer dans les prochaines semaines en seconde et en troisième lecture à la Knesset. Cette loi obligerait en effet toute ONG recevant plus de 50 % de son financement d’un gouvernement ou d’une institution étrangère d’en afficher les détails sur l’ensemble de ses documents publiés, y compris en ligne. Sur 27 ONG susceptibles d’être concernées, 25 sont « de gauche »!

Cette chasse aux sorcières, menée à l’initiative du pouvoir, suscite des protestations dans des milieux très éloignés des ONG ainsi visées : à gauche, au centre, et au sein même de la droite nationale fidèle à l’esprit de Jabotinsky.

Les dirigeants de quatre groupes parlementaires siégeant au parlement européen – représentant ensemble près de la moitié des députés – ont adressé récemment une lettre au président Reuven Rivlin, à la veille de son intervention prévue le 22 juin à Strasbourg. Ils font état de leur inquiétude de voir la coopération existante entre Israël et l’UE souffrir suite à la poursuite des attaques contre la société civile en Israël, comme cette loi « discriminatoire », et lui demandent d’user de toute son influence morale pour s’opposer à cette campagne contre les ONG menacées.

Nous condamnons avec force ce projet de loi qui porte atteinte aux fondements de la démocratie israélienne et nous exprimons notre solidarité totale avec les ONG israéliennes qui défendent les droits de l’Homme en Israël et luttent contre l’occupation.

Cette rencontre, organisée conjointement avec le mouvement La Paix Maintenant, aura lieu le 28 juin à 20 h 30, dans les locaux du Cercle Bernard Lazare (10 rue Saint-Claude, Paris 3e, métro Saint-Sébastien – Froissart). Entrée: 5 €, gratuite pour nos adhérents à jour de leur cotisation.