Suivant un dosage subtil et bien maîtrisé, le Président de la République a commencé par rendre hommage silencieusement (et il a bien fait) aux victimes de la barbarie islamiste d’il y a deux ans, avant de se tourner vers les banlieues qu’il entend tirer de leur état d’abandon et d’une déshérence qu’elles vivent très mal. Et on les comprend.

Tout simplement, et ceci représente une nouveauté dans la conduite politique des affaires intérieures, le président a nommé les choses par leur nom, attribuant aux uns et aux autres les responsabilités qui sont les leurs et les devoirs qui leur incombent.

Il a reconnu ce que des journalistes et des sociologues avaient dénoncé depuis des décennies, à savoir l’abandon par la République et ses élus, de nombreux territoires tombés sous la coupe de groupes violents et de trafiquants de drogue.

Je me souviens d’un reportage à la télévision où des journalistes se sont vu interdire de filmer certains quartiers nord d’une grand cité méridionale, même en présence d’une sénatrice qui souriait… A partir de cet instant là, tout devenait permis, l’autorité de l’Etat était bafouée publiquement.

E. Macron a prononcé un long discours, près de 80 minutes, ce qui est rarissime car la capacité d’attention des auditeurs ne dépasse jamais 20 minutes, même s’il s’agit d’un oracle présidentiel.

Mais les plus courageux ont pu entendre que le président français entendait reprendre les choses en main. Indiquant aux uns et aux autres leurs devoirs mais aussi leurs obligations.

On a vu des habitants de ces quartiers se plaindre d’un chômage endémique, d’une désertification administrative, plus de poste de police, plus de bureau de poste, plus rien.

Une désolation dans laquelle s’installent aussitôt les Salafistes et les éléments les plus radicalisés (même si je trouve que ce terme est mal choisi, faute de mieux…)

On se souvient du débat entre l’actuel président et l’ancien Premier Ministre au sujet de la genèse des troubles et des attentats qui endeuillèrent la France il y a tout juste deux ans.

M. Valls ne voulait pas entendre parler d’une sorte de compréhension des attentats alors que son ministre d’alors prônait justement une attitude conciliante mais ferme.

E. Macron a rétabli l’équilibre hier entre ces deux attitudes opposées.

La question est de savoir si le diagnostic a été posé. S’agit il d’un problème purement socio-culturel ou socio-économique ? Sommes nous vraiment en présence d’une négligence de cette nature dont seraient victimes les gens des banlieues ?

Après tout, ces banlieues n’existent pas depuis hier… C’est une certaine évolution sociologique qui les a stigmatisées et a fait que les employeurs et les acteurs économiques ont progressivement quittés ces lieux pour des endroits plus calmes…

J’ai entendu des Français de souche dire qu’ils habitent en Seine Saint-Denis depuis des générations, qu’il y faisait bon vivre et que depuis un demi-siècle environ, les choses ont pris une autre tournure, provoquant la migration des anciennes populations.

A titre d’exemple, citons une ville reliée à Paris par un tramway en moins de vingt minutes et où les officiers canadiens et américains venaient dès 1945/46 en convalescence pour se remettre de rudes périodes passées sur le front : que sont devenues ces mêmes villas aujourd’hui ?

Si l’on veut vraiment peser sur l’évolution des choses, les canaliser et les réorienter, il faut s’assurer d’avoir posé le bon diagnostic : sommes en présence de gens qui veulent devenir de bons Français, même si la France, leur pays d’adoption, est un pays chrétien ou judéo-chrétien.

Se pose alors la question de leur propre dénomination ou appartenance religieuse. Vu du point de vue strictement français, la République est laïque et ne reconnaît aucun culte en tant que tel, mais elle garantit à tous la
liberté de conscience.

Est ce que nous pouvons offrir de ce principe intangible une formulation compréhensible et acceptable par les partenaires hésitants de la République, ces nouveaux-venus dans le pacte républicain ?

C’est là que se situe le problème, c’est là que gît l’incompréhension. L’injection de milliards d’euros n’y changera rien. Cela a déjà été fait et pourtant rien n’a changé. Que faire avec des élèves qui ne veulent pas de cours d’histoire sur les croisades et sur la Shoah ? Les exclure, les garder, les isoler ?

Voilà où se situe le problème. Il ne faut pas se contenter d’habiter dans un pays, il faut aussi y vivre. C’est à dire s’identifier à son histoire et épouser son avenir.