L’abbé Augustin Barruel[1] a inventé le complot maçonnique qui aurait été à l’origine de la révolution française. Il a été le premier à dénoncer le soi-disant complot juif qui aurait dirigé la franc-maçonnerie.

Thierry Meyssan, maître actuel de la théorie du complot est son digne successeur. Ancien radical, il a été exclu du Parti Radical de Gauche, ancien franc-maçon, il a été exclu du Grand Orient de France, membre de l’International Lesbian and Gay Association, il en a été exclu, il aurait même été exclu de Science-Po. Il est le fondateur et président du sinistre site appelé le « Réseau Voltaire ».

Thierry Meyssan est l’auteur du best-seller « l’effroyable imposture » 1 et 2 dans lesquels il dénonce les complots américano-sionistes dans les attentats du 11 septembre 2001. Aujourd’hui basé au Liban, Meyssan est proche du Hezbollah, les fous de Dieu, et de son secrétaire général Hassan Nasrallah.

Il travaille pour les gouvernements iraniens et syrien, il collabore à Al-Manar chaine du Hezbollah et à des chaînes de radio et de télévision iraniennes. Il met en question la culpabilité des islamistes dans les attentats de Charly Hebdo et du Bataclan. Un dossier de Conspiracy Watch et un article de Libération le montrent révisionniste et négationniste. Ami de Dieudonné et d’Alain Soral, on a évoqué sa participation au « parti antisioniste » pour les élections.

Meyssan a fait des émules. Parmi eux, Alain Benajam, ancien militant communiste qui a rejoint Nicolas Dupont-Aignant après que celui-ci ait appelé à voter Marine le Pen. Alain Benajam est le président du Réseau Voltaire France. Aussitôt connus les attentats de Trèbes et Carcassonne, ainsi que l’assassinat du colonel Beltrame, il a fait paraître un communiqué de veine complotiste dans lequel il dit qu’il ne croit pas du tout au récit officiel.

Mais ce n’est pas le plus grave. Un autre membre de cette nébuleuse, le général Dominique Delawarde, répand des rumeurs à partir de l’affaire Skripal, cet espion russe retraité empoisonné en Angleterre. Une longue analyse qui démontre que, puisqu’on ne peut rien savoir sur cette affaire et puisque le produit utilisé est inconnu, le coupable ne peut être la Russie, c’est forcément Israël. Le général Delawarde défend systématiquement Bachar el Assad et Poutine qu’il oppose à Israël, coupable de tous les maux, et aux Américains qui sont sous la dépendance d’Israël.

Analyse des relations Etats-Unis / Russie / Israël – Général (2S) Dominique Delawarde

Or bien sûr rien n’est vrai. Il prétend contre tous les experts que c’est Israël qui utilise des armes chimiques, pas la Syrie. Contrairement à ses dires, la frontière avec la Syrie n’avait jamais été aussi tranquille qu’avec Bachar avant la guerre. Les relations de la Russie avec Israël sont compliquées, c’est sans doute du genre « je t’aime, moi non plus » mais elles sont faites de plus d’équilibre que d’hostilité.

Il y a une estime réciproque. Le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, a mis en garde l’Iran quant à sa volonté affichée de détruire Israël, et l’ambassadeur Russe en Israël, Leonid Frolov, a déclaré « Dans le cas d’une agression contre Israël, non seulement les États-Unis se tiendront aux côtés d’Israël, mais la Russie sera également aux côtés d’Israël ». Les pays occidentaux ont expulsé des diplomates russes après l’affaire Skripal, pas Israël. Ou est l’état de quasi guerre que prétend le général Delawarde ?

Cet acharnement contre Israël n’aurait pas d’importance si ce général, que l’on trouve dans les sites de Meyssan, de Soral, de Bruno Gollnisch et d’autres du même du même acabit qualifiés de « brun-rouges, ne diffusait pas ses soi-disant analyses dans l’armée française par le biais des associations d’officiers, en se prévalant de son titre d’Ancien chef du bureau Situation-Renseignement-Guerre Électronique » de l’État major Interarmées de Planification Opérationnelle ».

Monsieur Delawarde s’estime plus compétent que les experts qu’il dit autoproclamés. Exemple de la présentation d’une de ses conférence : « Guerre en Irak, révolutions colorées, Printemps Arabes de 2010-1016, montée en puissance de l’Islamisme radical, résurgence d’un axe de crise Est-Ouest avec la crise ukrainienne et amorce d’une crise en mer de Chine, sans oublier bien sûr la crise économique et financière à partir de 2007 et la crise migratoire en Europe à partir de 2015.

L’information tronquée, voire la désinformation massive, délibérée ou non, dont nous sommes l’objet au quotidien sur ces sujets, ne permet pas au citoyen ordinaire de s’y retrouver, de percevoir une logique, une explication, des liens entre ces événements. La question qui se pose est de savoir si tous ces désordres sont les fruits d’une conjoncture ou des hasards de l’histoire, ou bien si quelqu’un tire les ficelles, initie ou favorise ces situations de crise et si oui, qui et pourquoi ? »

http://www.voltairenet.org/article180213.html

Monsieur Delawarde va tout vous expliquer, selon les théories complotistes de Meyssan, Soral et Gollnisch. La réponse est forcément d’après lui Israël et le lobby Juif.

Une question bien plus inquiétante se pose : dans un contexte où la France est en guerre sur plusieurs fronts, en particulier en France et en Afrique, contre le terrorisme islamique, comment un individu qui lutte contre les intérêts et les valeurs de la Nation peut-il être nommé à un poste aussi important que la direction des renseignements militaires ? Y nommerait-on un individu fiché S radicalisé ?

Le général Delawarde n’est vraisemblablement pas fiché S, mais radicalisé, ça y ressemble furieusement.

[1] Né le 2 octobre 1741 et mort le 5 octobre 1820