L’antisémitisme tel qu’il se manifeste aujourd’hui en France, constitue une menace pour notre société. Qu’il soit islamiste ou néo-nazi, antisioniste ou xénophobe, d’extrême gauche ou d’extrême droite, il doit être traqué et combattu sans répit.

Les Juifs de France, tout en ayant leurs organisations cultuelles, culturelles et sociales, structurées depuis l’époque de Napoléon, ont toujours su vivre en harmonie avec la société. Leur présence plus millénaire en est attestée. Peu nombreux sont ceux qui revendiquent une vie strictement communautaire. La grande majorité a toujours rejeté ce genre de sectarisme, sans renier pour autant leur judéité. Préconisant le respect du mode de vie dans le pays d’accueil, ces derniers pratiquent un judaïsme conforme aux paroles du penseur juif, Y. D. Gordon qui écrivit, déjà en 1863, dans son poème Éveille-toi, mon peuple: « Sois Homme (citoyen) au dehors et Juif en ta demeure ».

Depuis les attentats du World Trade Center puis l’émergence de Daesh et son terrorisme barbare contre toute forme de civilisation, une partie des Juifs de France se sent menacée. Apparemment, cela entraîne, de plus en plus, un repli sur soi. Hélas, ce nouveau phénomène crée des tensions qui poussent souvent les Juifs vers d’autres cieux : pour certains de nouveaux quartiers ; pour d’autres, une émigration lointaine. En tout état de cause, il ne doit pas conduire certains Juifs de France à reconstituer le modèle de vie de leur enfance ou celui de leurs parents : le mellah pour les Juifs du Maroc, la hara pour les Juifs tunisiens ou le ghetto pour les Juifs ashkénazes.

Les Juifs de France n’ont aucune revendication particulière. Ils se sentent citoyens à part entière. Une prière pour la République et son Président est prononcée dans les offices du chabbat d’une façon sincère et évidente. Ils tirent leurs mérites de leurs devoirs et de leurs droits. Le communautarisme identitaire est légitime, surtout pour ceux qui en éprouvent le besoin. Mais, de grâce, pas de folklore primaire…

Franco-israélien, né au Maroc, je vis depuis trente ans en France. En devenant résident puis citoyen, il était évident pour moi d’être pleinement dévoué à mon pays d’accueil. Il est de mon devoir de me conformer à la culture et aux valeurs laïques de la République – sans condition et sans restrictions confessionnelles. En revanche, je revendique mon identité sans ambiguïté. La discrétion n’exprime ni de la faiblesse ni de la peur. Elle est plutôt l’expression du respect d’autrui et de la confiance en soi. L’exemplarité devrait être essentielle pour la deuxième plus grande Diaspora juive.

Par ailleurs, ceux qui soutiennent indifféremment tous les gouvernements israéliens, bien que minoritaires, nuisent à l’image d’Israël. Ils risquent d’alimenter l’antisémitisme viscéral des courants qui se dissimulent derrière la posture antisioniste. Certains Juifs de France prétendent ainsi représenter leur patrie de cœur. Pourquoi pas ? A condition d’éviter l’amalgame entre cultuel et culturel, entre judéité et nationalité, entre Israël et son gouvernement.

Le fond de l’antisémitisme, toujours présent, charrie avec lui la haine du Juif, où qu’il vive et quoi qu’il fasse. Cependant, toute critique du gouvernement d’Israël ne peut être taxée d’office d’antisémite ou d’antisioniste. Cela sème le trouble et banalise le vrai antisémitisme. Mais la France dans sa globalité n’est ni antisémite ni xénophobe. En témoignent les origines de ceux qui d’une année à l’autre sont désignés par les Français en tête des hommes et des femmes les plus aimés : Zinedine Zidane, Jean-Jacques Goldman, Simone Weil, Yannick Noah, Omar Sy…

Certes, la haine des Juifs est toujours présente. Elle se perpétue, à des degrés divers, dans la plupart des pays où existe une communauté juive. Mais cela ne doit pas obliger aujourd’hui les Juifs à partir. Évidemment, chacun a le droit de choisir le lieu géographique où s’établir pour une vie meilleure. Comme l’a exprimé le poète sépharade du XIIe siècle, Yéhuda Halevi : « Mon cœur est en Orient et moi je suis au fond de l’Occident ». Cette formule convient parfaitement à ceux qui choisissent de vivre en France.

Réveillons-nous ! Les médias, les intellectuels, les dirigeants des diverses communautés doivent avoir un regard vigilant et équilibré par rapport aux relations israélo-arabes. De plus, les slogans de certains manifestants néo-nazis ou islamistes, encouragés par une certaine extrême-gauche, révèlent un malaise général qui risque de se retourner contre tous.