Le Président des Etats-Unis d’Amérique s’apprêterait à faire une déclaration qui reconnaîtrait Jérusalem comme la capitale d’Israël.

C’était une rumeur, persistante, et c’est devenu officiel hier soir. Panique à bord, du coup, du côté de l’Autorité Palestinienne, naturellement, du côté d’Ankara, logiquement, et également dans les chancelleries européennes.

En effet, celles-ci, vivant toujours quelque part entre les années 80 et 90, se cramponnent vaille que vaille aux chimères des défunts (oui, oui, défunts) Accords d’Oslo.

Elles sont « inquiètes », elles sont « préoccupées », elles « craignent pour le processus de paix » et rappellent la « nécessité de deux états vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, etc ».

Et les journalistes, les commentateurs, les « experts », ne sont pas en reste. C’est à qui prendra la mine la plus sombre et la plus grave pour s’émouvoir de « la possibilité d’un embrasement ».

En réalité, tout ceci n’est qu’un cirque. Ridicule, pathétique, grotesque. Au mieux, il s’agit d’hypocrisie, de surprise feinte, au pire, de stupidité. De cette stupidité bâtie sur l’ignorance et la naïveté de ceux qui s’imaginent que le monde se fige dans les fantasmes idéologiques à tout jamais.

Il faut commencer par rappeler un fait incontestable : qu’on le veuille ou pas, qu’on l’accepte ou pas, qu’on en souffre ou pas, Jérusalem est de facto la capitale d’Israël depuis que les parachutistes du Commandant Motta Gour ont parachevé sa reconquête en 1967.

Que ce soit idéologiquement urticant pour certains ne change rien aux faits, têtus, sur le terrain : tous les pouvoirs, exécutif, législatif, judiciaire, de l’Etat d’Israël sont concentrés à Jérusalem.

Le Président y a sa résidence et son bureau, le Premier Ministre y a sa résidence et son bureau, la Knesset y a son siège, tout comme la Cour Suprême.

Seule exception : Tsahal, qui conserve son état-major à Tel Aviv, pour des raisons logistiques, et les ambassades étrangères, sagement alignées en bord de mer pour éviter les remous diplomatiques avec les éventuels partenaires économiques/politiques de la région.

Depuis 1967, TOUS les dignitaires et dirigeants étrangers en visite officielle en Israël y sont reçus à Jérusalem. Même Sadate, le président égyptien qui signera plus tard les accords de Camp David, a été reçu à Jérusalem, et a fait un discours à la Knesset.

Du coup, pourquoi tout ce cirque, autour d’une déclaration, qui ne vient somme toute que rappeler un fait accompli, une évidence depuis des décennies ?

C’est simple, parce qu’à force de répéter un mensonge, certains ont fini par y croire. A force de répéter qu’il y aurait entre la Méditerranée et le Jourdain un état palestinien indépendant, certains ont fini par le croire.

Au mépris de toutes les évidences, au mépris de toutes les réalités de terrain, pourtant documentées par des journalistes, des commentateurs politiques, des diplomates, etc.

Comme s’il n’était pas évident que jamais, ni un négociateur israélien, ni un négociateur palestinien ne lâcherait quoi que ce soit sur Jérusalem.

En 2002, le journaliste Gershom Gorenberg écrivait déjà un ouvrage (*) dans lequel il décrivait la montée en puissance constante du courant sioniste religieux, et l’affermissement des thèses de ce courant au sein même de la population israélienne, qu’elle vive à l’intérieur de la « Ligne Verte » ou pas.

En 2014, Charles Enderlin, peu soupçonnable de sympathies avec ce courant sioniste religieux, a écrit un livre (**) qui détaille peu ou prou les mêmes problématiques que Gorenberg, avec les mêmes conclusions.

Dans l’intervalle, des gens comme Yoram Ettinger, ancien ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, ont publié des études démographiques montrant que, loin du fantasme de la démographie arabe galopante qui submergerait la natalité juive, c’est exactement l’inverse qui s’est produit.

Des journaux comme Haaretz, eux aussi peu soupçonnables de collusion idéologique avec les colons, ont montré plusieurs fois que le visage de Tsahal avait changé.

Que de 2% des effectifs totaux de l’armée au début des années 90, les sionistes religieux représentent aujourd’hui l’écrasante majorité de certaines unités combattantes, et qu’on trouvait plus de chefs de compagnie dans certaines colonies que dans l’agglomération de Tel Aviv.

Je pourrais continuer cette énumération sur des pages entières. La vérité, c’est qu’Israël ne correspond en rien à l’image qu’en ont la plupart de ces commentateurs et ces journalistes qui feignent aujourd’hui la surprise.

La réalité est simple et implacable : la géopolitique, elle, n’a pas changé depuis que le Monde est Monde : les rapports de force étant ce qu’ils sont, il n’y aura pas d’état palestinien entre la Méditerranée et le Jourdain. Et Jérusalem, qu’on le veuille ou pas est la capitale d’Israël. Deal with it.

* The End of Days: Fundamentalism and the Struggle for the Temple Mount. Diane Publishing Company. 2000

** Au nom du Temple : l’irrésistible ascension du messianisme juif en Israël (1967-2012), Paris, Le Seuil, 2013