Les négociations sur le règlement du conflit israélo-palestinien tournent toujours autour de la question d’un ou de deux États à savoir, soit une entité binationale, soit un État palestinien aux côtés d’Israël. Plusieurs partis et associations de gauche avaient organisé le 27 mai 2017 une manifestation massive dans la place Rabin de Tel Aviv pour « marquer 50 ans d’occupation et de contrôle israéliens des territoires ».

La manifestation était organisée par Shalom Archav (La Paix maintenant) avec le concours des partis travaillistes et Meretz : « C’est notre temps de prendre la rue et de montrer au président Trump qu’il y a un grand camp en Israël qui appuie la paix et appelle à la fin de l’occupation et du conflit entre nous et les Palestiniens ».

Au cours du rassemblement, les organisateurs ont lu une lettre du président Mahmoud Abbas, dans laquelle il promettait la paix sur la base de la solution à deux États : « Il est de notre devoir pour les générations futures de mettre fin au conflit. Ensemble, nous allons faire une paix courageuse ».

Cette solution à deux entités distinctes avait été agréée par le premier ministre Netanyahou lors de son discours de juin 2009 à l’université Bar Ilan : « Si les Palestiniens reconnaissent Israël comme l’État du peuple juif, nous serons prêts dans un futur accord de paix à atteindre une solution où existe un État palestinien démilitarisé à côté de l’État juif ».

Il semble aujourd’hui que le gouvernement israélien ait abandonné cette idée, pourtant privilégiée par la communauté internationale.

La solution d’un seul État binational aurait beaucoup d’avantages pour les Palestiniens qui bénéficieraient de la stabilité, de droits civils et sociaux, d’égalité et même de sécurité militaire et économique.

Mais à travers cette solution, la démographie reste au cœur des préoccupations israéliennes car, en raison d’un taux de natalité en faveur de la population arabe, l’identité juive d’Israël serait à moyen terme menacée.

Cette option binationale n’est pas nouvelle, seule l’identité de ceux qui la prônent a changé. Cette idée de gauche, et à la base palestinienne, est devenue désormais une idée brandie par l’extrême-droite israélienne.

Jusqu’en 1974, l’option binationale avait été soutenue officiellement par l’OLP et elle reste curieusement la position officielle du Hamas pour que l’État de Palestine, laïc et démocratique, s’étende de la Méditerranée au Jourdain dans le cadre d’une coexistence pacifique des communautés.

À l’origine, cette option palestinienne fondée sur le droit du sol, avait une vocation universaliste dans un État hétérogène. Cela explique d’ailleurs l’appui des extrêmes-gauches occidentales pour la cause palestinienne.

Le FPLP (Front populaire de Libération de la Palestine), courant marxiste-léniniste de l’OLP, avait été particulièrement engagé dans la défense de ce modèle binational. Mais le processus d’Oslo de 1993 avait relancé, du côté palestinien, la solution à deux États.

Du côté israélien, l’idée d’un État binational avait été développée dans les années 1920 par Martin Buber et Judah Magnes au sein du Brith Shalom (l’alliance pour la paix). Minoritaires au sein du mouvement sioniste, ils avaient été rejoints par les sionistes marxistes du Mapam, ancêtre du parti Meretz.

Cette utopie de l’extrême-gauche n’avait pas eu de succès auprès des Israéliens. Elle s’est depuis répandue dans la nouvelle société israélienne, profondément droitisée, car ses partisans n’ont pour seul but que de rendre irréversible la politique de développement des implantations, et leur survie.

Les partisans d’une entité unique se retrouvent dans tout l’échiquier politique, en particulier parmi le président de l’État Réouven Rivlin engagé dans un combat contre le racisme et pour l’égalité entre tous les citoyens israéliens, Palestiniens compris.

Le plan de désengagement unilatéral d’Ariel Sharon a donné un coup à cette idée parce qu’elle a mis en évidence la difficulté d’évacuer 8 000 habitants et donc a fortiori, rendait techniquement impossible le déplacement des 450 000 habitants des implantations de Cisjordanie.

L’option binationale a été réactivée après la prise de position inattendue de l’intellectuel israélien de gauche, Avraham B. Yehoshua, qui en 2015 a renoncé à la solution à deux États qu’il privilégiait parce que cette solution n’était plus envisageable selon lui.

La solution à État unique a par la suite été reprise et défendue par les sionistes religieux conduits par Naftali Bennett, sans cependant expliciter le sort précis fait aux populations arabes intégrées dans ce nouvel ensemble.

En revanche, la création d’un État indépendant palestinien le long des frontières de 1967 poserait un problème pour les 450 000 habitants des implantations et pour l’avenir même des trois blocs principaux de Cisjordanie qui assurent la sécurité du ventre mou au centre d’Israël.

Jérusalem reste toujours une ville, trois fois sainte, déchirée par les tensions communautaires mais son avenir posera le moins de problème car un consensus religieux existe.

La solution de la séparation et des éventuelles concessions existe et figure dans l’esprit de tous les politiques ; elle ne bute pas sur le contenu du projet mais elle implique un changement de logiciel politique fondé sur la confiance réciproque. L’exemple dramatique du désengagement de Gaza a mis en doute la volonté pacifique des Palestiniens.

La confiance a été rompue et l’on craint que tout accord, même viable, ne transforme la Cisjordanie en une base de lancement de missiles. La différence c’est qu’à Gaza on n’a pas négocié ; l’évacuation a été unilatérale sans texte signé ni agréé.

Mais le point fondamental reste que les deux peuples n’arrivent pas à s’entremêler. Même en Israël les Arabes israéliens, qui bénéficient de tous les droits sans restriction, vivent certes en paix mais à l’écart de leurs voisins Juifs.

Le melting pot a été créé pour les Juifs venus de différentes contrées. La suspicion gère les interactions personnelles avec les Arabes parce qu’ils sont toujours qualifiés de terroristes en puissance.

Mais la confiance avec les Palestiniens est écornée puisque le gouvernement restreint le nombre de ceux qui peuvent venir travailler en Israël, préférant les Chinois ou les ouvriers célibataires de l’Est qui peuplent les bas-fonds des villes israéliennes.

Et pourtant la paix ne se fera que par l’économie, par les échanges qui maintiendront les populations palestiniennes en dehors du champ d’action des islamistes. Moins on emploiera de Palestiniens et plus, par désespoir, on les poussera vers l’extrémisme.

On multiplie les points de contrôle pour des pères de famille qui recherchent de quoi nourrir leurs familles alors que le trop sécuritaire exacerbe les tensions. Le Hamas est certes responsable des attaques de fusées et de mortiers mais il ne fait aucun doute que la coopération de sécurité existante entre Israël et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie permet la neutralisation, voire l’éradication, de la menace terroriste contre Israël.

La séparation unilatérale de Gaza n’a pas permis de signer des accords avec le Hamas. Mais un accord en bonne et due forme avec l’Autorité palestinienne, actant ses nouvelles responsabilités dans un État indépendant, permettra de mettre Israël à l’abri d’attaques stériles.

Les Palestiniens de Cisjordanie ont tout à gagner d’un échange économique permanent avec Israël. Ils aspirent à présent à la paix et à la tranquillité si une structure indépendante leur est fournie. Encouragés par les Jordaniens, les Égyptiens et à présent par les Saoudiens, ils ont compris qu’Israël est trop puissant pour être détruit et que leur intérêt réside dans une collaboration commune.

L’exemple du Hamas intoxiqué par les Iraniens et le Hezbollah libanais n’est certes pas un bon exemple. Les Palestiniens de Cisjordanie ont une autre philosophie parce qu’ils côtoient les Juifs et les Occidentaux tous les jours, suffisamment pour ne pas adopter les rigueurs de la charia.

En revanche, le Hamas bafoue les Droits de l’Homme et n’est plus un modèle de paix israélo-arabe. D’ailleurs l’Autorité palestinienne reconnaît à présent que Gaza est devenu une entité indépendante qui ne peut plus évoluer vers une politique nationale constructive, et pour preuve, Gaza organise progressivement sa séparation.

Le Hamas a nommé un vice-ministre de la Justice pour un ministère spécial en violation avec la loi palestinienne.

Cela entérine la scission entre le Hamas et le Fatah et rend caduc le gouvernement d’union envisagé par un accord de 2015 qui n’a jamais reçu un début de réalisation. La réconciliation inter-palestinienne n’a duré que le temps d’une rose. Le Hamas continue sa politique de séparation de l’AP, tout en s’efforçant de renforcer son influence en Cisjordanie.

Le moment est peut-être venu pour Israël de profiter de cette scission pour prendre des initiatives concrètes en ignorant Gaza avant que l’imprévisible Donald Trump ne décide d’une solution imposée aux deux parties.

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