Yonatan Levi a raison : le « Centre » ne gagnera pas les élections. Mais la « Gauche » non plus.

Dans son article très intéressant publié dans le Guardian le 24 avril dernier, Yonatan Levi explique que le « Centre » ne sera jamais capable de battre Netanyahou, et il a totalement raison. En effet, le « Bloc de Bibi » est trop stable, trop solide pour être défait par un « centre » qui n’a rien d’autre à offrir à ses électeurs que d’éjecter Netanyahou du pouvoir.

Le mieux qu’il puisse faire, c’est de créer un bloc électoral éphémère pour rivaliser avec le Likoud, mais au prix de la destruction des partis à sa gauche. Et Levi à raison d’ajouter que la « Gauche » a coopéré avec enthousiasme à sa propre dislocation.

En effet, les électeurs d’Avoda ont massivement opté pour les « votes utiles » censés les débarrasser de Netanyahou, avec Livni en 2009, avec le tandem Livni-Herzog en 2015, et avec l’alliance des Chefs d’Etat-Major le mois dernier. A chaque fois, les médias se sont emballés et ont prophétisé la révolution qui venait déboulonner Netanyahou, et à chaque fois, le bateau « centriste » s’est échoué sur l’iceberg « Bibi ».

A chaque fois, Netanyahou a remporté une victoire sans appel, précisément parce qu’à chaque fois, « Bibi » a été le seul et unique sujet des élections. Il n’a jamais été question d’éducation, du dossier palestinien, des problèmes des transports, de la santé, de l’environnement, du lien entre religion et état, le seul sujet a toujours été « Bibi ou pas Bibi ». A ce jeu grotesque et futile, aucune chance de gagner contre un joueur d’échecs de la trempe de Netanyahou, qui a toujours deux coups d’avance sur tout le monde.

Netanyahou n’est pas seulement le chef du Likoud, il est le Likoud (ce qui devrait mettre ce même Likoud en panique quant à son avenir, d’ailleurs), et ses électeurs font bloc autour de lui comme un seul homme, comme des supporters de football avec le buteur star de leur équipe favorite.

Netanyahou a été suffisamment habile pour tisser un lien fort avec les partis H’aredim, et en faire des « alliés naturels », alors même que leur relation à l’état et au sionisme en général est, à tout le moins, complexe.
D’autre part, personne ne peut nier qu’il est un politicien redoutable s’agissant de politique internationale. Editorialistes et journalistes, souvent à gauche, ont prédit sans cesse depuis 2009 que l’Apocalypse allait frapper Israël.

Obama allait tordre le bras de Netanyahou et le forcer à signer un accord avec Abbas, les pays arabes n’allaient jamais se rapprocher d’Israël, et pire, ils allaient retirer l’initiative saoudienne de 2002, l’Europe allait imposer des sanctions à Israël et réduire ses liens économiques, Israël allait se retrouver isolé sur la scène internationale, les produits israéliens allaient être boycottés, etc.

Et au final ? Rien, ou presque. Aucune de ces funestes prédictions ne s’est réalisée, et c’est même le contraire, à chaque fois qui s’est produit. Ces cris d’orfraie à répétition furent la première erreur majeur de la « gauche » : en confondant systématiquement ses propres désirs avec la réalité, crue, d’un monde immensément complexe, en ignorant la complexité de ses mutations géopolitiques, la « gauche » s’est décrédibilisée.

Levi a raison : les électeurs aiment le courage. Mais ils détestent le pessimisme qui confine parfois au pur esprit de contradiction, voire à la haine de soi. En n’étant jamais capable d’opposer une critique constructive, basée sur une alternative politique et idéologique crédible, la « gauche » s’est enfermée dans une posture de critique systématique qui a fait le jeu d’un Netanyahou qui n’en demandait pas tant pour jouer sur la fibre patriotique d’une population qui garde un sentiment tenace de vivre dans un environnement dangereux, dans lequel la moindre erreur, la moindre faiblesse pourrait être fatale.

La « Gauche » israélienne est tombée dans le même écueil que la plupart des gauches des pays occidentaux : elle a délaissé le social (les lois sociales majeures en Israël ont été votées par Shass), elle a déserté le débat identitaire et abandonné le patriotisme à la droite.

De la part des gauches des pays occidentaux, c’est déjà mal joué, mais de la part de la « gauche » israélienne, dans un pays toujours en guerre, traumatisé par les images des attentats suicides de la deuxième intifada, celles de la deuxième guerre du Liban, par le fiasco de l’évacuation de Gaza, c’est carrément désastreux.

Pour gommer cette image il faudra à la « Gauche » israélienne plus qu’un programme politique en béton, il faudra un miracle. Il faudra convaincre qu’elle se soucie plus d’Israël et de sa population que de ce que peut penser le reste du monde.

Parce que, oui, c’est vrai que souvent, dans les sondages, les Israéliens déclarent, d’une courte tête, soutenir le principe de « deux états ». Mais en l’état actuel des choses, c’est une illusion de croire qu’ils soutiennent le principe d’une évacuation et de la création d’un état palestinien aux côté d’Israël. Ce qu’ils approuvent, dans le principe, c’est la séparation. Leur rêve, c’est de mettre la question palestinienne sous le tapis et l’oublier pour de bon, que ce problème disparaisse, purement et simplement.