Dans leurs premières années, les relations entre la France et Israël ont ceci de particulier qu’elles outrepassent le cadre normalement imparti à des relations d’Etat à Etat. S’y mêlent constamment du passionnel. Le poids de la Shoah, l’ombre de la politique arabe de la France, le cas très singulier d’un état naissant à la viabilité incertaine, dès 1948, nombre d’éléments se conjuguent pour donner à ces relations un caractère exceptionnel.

Durant cette période il existait des amitiés et des liens très proches et très sincères, qui ont favorisé des relations exceptionnellement étroites entre les deux pays, même si évidemment chacun défendait ses intérêts propres. Cependant, la convergence de certains de ces intérêts, conjuguées aux circonstances particulières notamment issues de la seconde guerre mondiale a contribué à l’établissement de ces liens étroits.

Comment ces convergences, associées aux liens personnels qui se sont tissés entre des individus appelés à évoluer dans les hautes sphères politique et militaire, ont favorisé très tôt les envois d’armements et de matériels militaires ?

L’établissement des premiers liens entre les deux pays, de la naissance d’Israël, à la mise en place des relations entre les deux pays, constitue une phase marquée par des turbulences.

Les années 1953 à 1962, voient un resserrement des liens entre les deux Etats. Nous passons d’une normalisation de rapports, jusque-là, plutôt malaisés, à une « idylle » dont il conviendra de rappeler les caractéristiques et parfois les limites.

La première délégation militaire israélienne est arrivée à Paris dès 1950. Israël n’avait que vingt-deux mois d’existence et ses officiers venaient étudier ce qu’était une véritable armée. Les militaires israéliens visitaient les installations militaires, étudiaient dans les écoles françaises, les services de renseignement entretenaient des contacts fructueux.

En fait, comme le fait remarquer Freddy Eytan, « il n’y a jamais eu de problèmes sur le plan interarmées ». Pendant toutes ces années, la France fut le seul pays au monde qui acceptait de fournir à Israël des avions de combat alors que les besoins d’armement de Tsahal étaient énormes ; elle contribua notablement à la formation des officiers israéliens, en France, mais aussi en Algérie. Déjà les liens personnels se multiplient dans les hautes sphères politiques et militaires.

L’idylle franco-israélienne des années cinquante est aussi et d’abord le résultat d’une connivence politique. Entre les partis socialistes français et israéliens, il existait des liens forts et amicaux, et des échanges de longue date. Ces amitiés ont été particulièrement prégnantes lors de la période du gouvernement de Guy Mollet où l’entente était parfaite entre les dirigeants des deux pays et les collaborations et échanges, nombreux, y compris avec le ministre des Affaires étrangères, Pineau. Cette complicité avec le ministre des Affaires étrangères français relève de l’exception.

La crise de Suez tiens naturellement une place importante. A l’occasion de cette crise, les relations deviennent chaleureuses entre les deux gouvernements et les deux armées. La France est alors le principal fournisseur d’armes d’Israël et les deux pays collaborent activement dans le domaine du renseignement. Cette période d’entente exceptionnelle et de collaboration intense a souvent été célébrée, voire idéalisée.

En 1969, éclate l’affaire dite des vedettes de Cherbourg qui va marquer pour un temps les relations entre les deux pays.

Au printemps 1965, la France accepte de construire pour la marine israélienne, des vedettes lance-missiles, rapides et très sophistiquées. Le chantier naval de Cherbourg est choisi pour cette construction, et pendant deux ans des équipes françaises et israéliennes collaborent à la construction de ces nouveaux navires.

L’embargo vient compromettre toute l’affaire. Israël à un besoin vital de ces douze vedettes de la dernière génération, les a achetées légalement et les a payées. Cinq vedettes ont été livrées avant l’embargo. Israël en récupère deux autres à l’arrachée. Cinq sont encore à livrer bloquées par l’embargo français. Israël commence alors à réfléchir à un moyen de les récupérer.

En novembre 1969 une société norvégienne spécialisée dans le forage pétrolier en mer commande aux chantiers de Cherbourg des bateaux dont les caractéristiques techniques, mis à part l’armement, correspondent étrangement aux fameuses vedettes commandées par Israël. On demande aux Israéliens s’ils acceptent de céder leurs vedettes, à cette société. Malin !

Les norvégiens demandent alors à leurs vendeurs de leur fournir des équipages, ce qui un mois plus tard, justifie la présence à Cherbourg d’une centaine de matelots israéliens formés à manœuvrer ces vedettes.

Dans la nuit du 24 décembre 1969, vers 2 heures du matin, l’amiral Limon donne ordre de quitter le mouillage. En moins de vingt minutes, les vedettes franchissent les passes et disparaissent au regard d’une capitainerie encore engourdie par la veillée de Noël.

Suite au départ des Vedette de Cherbourg et du moment où les français ont compris que la direction des vedettes ne pas la Norvège mais qu’elles faisaient route vers Israël leur disparition plonge les autorités françaises dans une rage folle.

Le président Pompidou est ulcère: Son ministre de la Défense, Michel Debré, fulmine, lance des ordres inconsidérés, veut punir les responsables. L’Amirauté en fait les frais, mais les cinq bateaux sont à Haïfa pour le jour de l’An. L’affront sera long à digérer. D’ici commence ce qui a été qualifié de période froide des relations entre les deux pays.

Les autorités françaises quand elles apprennent le départ des vedettes n’en croient pas leurs oreilles, comment les israéliens ont-ils pu oser un coup pareil ? C’est la stupeur. Cependant la surprise laisse rapidement place à la colère. Et à l’amertume d’avoir été moqué.

Selon Moka Limon, Debré aurait demandé à la Marine d’arrêter les vedettes et de les couler s’il le fallait, mais le chef d’état-major français aurait refusé d’obtempérer, plaçant la menace de sa démission dans la balance. L’amiral français René Bloch fut le témoin de la colère intense du ministre de la Défense, « Debré était fou furieux, dit-il, qu’elles [les vedettes] partent en Israël. Et Moka est devenu persona non grata. Tout le monde a eu l’ordre de Debré de rompre toutes les relations avec les israéliens. »

Comme nous le confirme Messmer : « Pompidou a pris des sanctions qui étaient très sévères. Il a relevé de ses fonctions le secrétaire général de la Défense nationale. On peut dire que ce n’était pas le principal responsable mais il a voulu frapper haut pour montrer qu’il n’accepterait pas ce genre d’incident. »

Par ailleurs, la réussite de cet épisode de Cherbourg, laisse ouvertes bien des questions, en particulier sur d’éventuelles complicités, dans la Marine notamment, peut-être au plus haut niveau. Encore aujourd’hui, si les témoins de l’époque reconnaissent que des complicités furent nécessaires, ils répugnent à indiquer très précisément quelles furent-elles.

Quelles relations entretiennent aujourd’hui les deux pays ? Y a-t-il aujourd’hui un quelconque contentieux franco-israélien ? Sur quels points divergent les deux pays en particulier ?

La visite officielle de Président François Hollande en Israël en Novembre dernier 2013 a marqué un rapprochement plus net encore entre les deux pays. Le président Hollande a été reçu ici avec beaucoup de chaleur et amitié.

Les échanges aux niveaux commercial, académique, culturel se multiplient et en particulier sur le domaine de ce qu’on appelle la « START UP NATION ». Pendant la visite du Président Hollande se déroulait la journée de l’Innovation. Pendant cette journée des sociétés françaises et israéliennes se sont rencontrées afin d’envisager des collaborations. Durant cette visite des gros contrats entre les deux pays sont signés. Cette journée de l’Innovation a eu lieu sous le patronage du Président Hollande et Président Pères qui ont ouvert ensemble cette journée d’innovation.

Le développement en Israël est très important et les français commencent à comprendre ce point. De plus en plus, on voit des coopérations entre les deux pays dans le domaine de la Technologie et le Hi Tech.

Un boost à ce genre de coopération a été apporté durant la visite du président Hollande en Israël en novembre dernier. A mon avis il y en a encore beaucoup à faire dans ce domaine. La France est consciente qu’Israël est aujourd’hui une puissance technologique au point de la technologie mondiale, le président Hollande l’a rappelé pendant son discours à la Knesset, le parlement israélien.

Ce n’est pas par hasard qu’Israël est le seul pays non Européen qui participe depuis le milieu des années 90 au programme des recherches développent de la communauté européenne.

La France est consciente de l’avance technologique d’Israël. Par la suite et de plus il existe le programme d’INNOVATION 2030 qui vient d’être lancé par la France en Israël. Ce programme est une nouvelle occasion de renforcer le lien technologique franco-israélien et renforcer la dynamique de partenariat entre les deux pays.

Il faut rappeler que le Président Hollande est venu en Israël en Novembre dernier accompagné d’une grande délégation d’hommes d’affaires et des représentants des diverses sociétés françaises afin d’appuyer de telle coopérations. La collaboration dans le domaine économique a été un de sujet principal de cette visite.

La proximité de la France avec de nombreux pays arabes n’est pas sans influence sur les relations entre la France et Israël, cela a été et reste une constante.

Il est évident que deux pays même amis peuvent avoir des sujets sur lesquelles ils ont des divergences et d’autres sur lesquelles elles sont sur la même ligne.

Un dossier sur lequel divergent-ils peut être le dossier d’un accord entre Israël et les palestiniens. Même si les deux pays sont d’accord sur le principe qu’il faut arriver dans un avenir très proche a un accord et qu’il faut deux pays aux deux états elles divergent sur les détails précis.

Sur le plan économique beaucoup des choses commencent à se faire entre les deux pays, des échanges; des visites, des collaborations; des accords qui se signent parmi d’autres activités dans ces domaines.

Les medias ont simplifié la représentation du conflit israélo arabo/palestinien au point de le rendre caricatural. Ainsi, l’Etat d’Israël a bien du mal à se faire entendre et comprendre. Il faut évidemment tenir compte de l’évolution en France. Il est indéniable qu’Israël occupe une place à part dans les medias.

Il y a dans la presse française ceux qui parle d’Israël de façon équilibrée et modérée tandis que d’autres choisissent de ne pas parler de certain sujet ou événement qui se passe en Israël et qui sortent du cadre du conflit, manquant ainsi de montrer une autre image d’Israël et changer la perception manichéenne de l’Etat d’Israël en France.

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Analyse tirée de l’ouvrage de l’auteur: « La France et Israël 1947-1970, de la création de l’État d’Israël au départ des Vedettes de Cherbourg », publié en Janvier 2009 chez Honore Champion. Ce livre a été traduit en Hébreu et est paru en 2014 chez Resling.