En octobre 2015, j’ai posté sur ce blog un article intitulé  » Leçons d’histoire et Statu Quo » (http://frblogs.timesofisrael.com/lecons-dhistoire-et-statut-quo/) qui évoquait la problématique du statu quo et la certitude qu’un attentat  le ferait voler en éclats. Je n’en tire aucune fierté mais plutôt une terrible déception.

Au lendemain de l’attentat du 14 juillet commis par 3 Arabes Israéliens de Um-El- Fahem, la  Police ferme pour 48 heures l’esplanade des mosquées pour la fouiller et recommande l’installation de portiques de sécurité et de caméras.

Ce que le cabinet de sécurité « accepte » alors que l’armée et le Shabak (acronyme de Service de Sécurité Générale), sans s’y opposer, estiment que ces mesures pourraient enflammer la situation.

C’est la première déception : la Police, Tsahal, le Shabak et le cabinet de sécurité, durant toutes ces dernières années, ne se sont pas concertés pour élaborer des plans précis pour répondre à une telle situation.

Et la publication des différences d’appréciation entre la Police et Tsahal/Shabak, porte déjà en elle le germe de l’incertitude israélienne et par conséquent renforce extraordinairement la détermination des musulmans, toutes origines confondues, à lutter contre cette décision.

Pour autant, a-t-on entendu l’Egypte s’y opposer ? Le monde arabe s’enflammer ? NON. Il suffisait donc juste, à ce moment là, de tenir quinze jours, trois semaines, tout au plus un mois. Jusqu’au moment où les musulmans ne voyant rien changer dans la décision israélienne, se seraient pliés à ces simples mesures de sécurité parfaitement acceptables aux yeux du monde occidental, sans qui l’ensemble des pays de la région, Arabie Saoudite comprise, s’effondreraient économiquement.

Mais la semaine suivante, le second round survient : un agent de sécurité de l’ambassade israélienne en Jordanie, victime d’une tentative d’attentat tue son assaillant et malencontreusement un témoin innocent de l’attaque.

Alors que la tension monte à Amman, notre Premier Ministre appelle aussitôt l’agent de sécurité et l’ambassadrice pour les assurer de son soutien et qu’il les ramènerait « à la maison ». Conversation aussitôt transmise aux médias pour publication.

C’est la seconde déception : quel chef de gouvernement est suffisamment bête, ou tellement embourbé dans des affaires de corruption, pour médiatiser son intervention, à l’heure où tout doit être fait dans la discrétion ? Aucun, ou à la limite seulement Donald Trump, avec qui il partage les mêmes casseroles.

Mais Bibi ne fait pas dans la dentelle, et il prend prétexte de cette affaire de Jordanie pour reculer sur les portiques de Jérusalem, tout en diffusant publiquement une nouvelle conversation qu’il tient avec les deux mêmes protagonistes à leur retour au bercail, osant même évoquer la chaleur des retrouvailles à venir entre l’agent de sécurité et sa copine. Bref, on tombe de Charybde en Scylla !

Le pire ne se fait pas attendre : nos vigoureux prieurs des mosquées, qu’on a connus moins téméraires pour protester contre les assassinats de milliers de musulmans par les régimes arabes, ayant parfaitement compris la règle du « qui recule le premier n’en finira plus de reculer « , s’entêtent et exigent le démantèlement de toutes les autres installations de sécurité. Ce qu’ils obtiennent aussitôt comme il se doit.

Arrive notre troisième acte : refusant de passer pour  un faible, Bibi, en chemin pour présenter ses condoléances aux familles des deux policiers druzes assassinés, nous fait le coup du lapin sortant du chapeau : promis, juré, Um-El-Fahem se retrouvera un jour de l’autre côté de la frontière c’est à dire en territoire palestinien.

Et voilà donc que nous touchons le fond : les politiciens israéliens ne comprendront décidément jamais la mentalité de nos ennemis. Tout comme comme avant lui Barak et Olmert, Netanyahu promets, donne, échange, céde sans que personne en face ne lui demande quoi que ce soit.

Discuter de frontières avec les Palestiniens, avant même qu’ils ne reconnaissent formellement la légitimité de la présence juive sur cette terre, qu’ils ne renoncent au retour des réfugiés, et qu’ils n’acceptent de céder sur l’ensemble des sites religieux juifs, au premier rang desquels ceux de Jérusalem, discuter donc de ces frontières n’a aucun sens et évoquer la situation de Um-El-Fahem ne fait le bonheur que de l’Autorité Palestinienne,

A l’heure où j’écris ces lignes, de violentes manifestations ont éclaté à Yaffo. Les Arabes de ce quartier de Tel-Aviv, qui profitent extraordinairement de l’essor économique ce cette ville, ont compris la leçon : quelques pneus enflammés, des cris « Allah Ou Akbar », et sait-on jamais ils pourraient recevoir des compensations !

Décidément, quand on commence à boire le calice…