Voilà, cà y est! La France vote. Un moment attendu sans nul doute. Une semaine où le jeu des quilles qui tombent dans un oubli relatif se transforme en une habituelle clarté faite de duplicité typiquement hexagonale.

Les dinosaures de la politique post-gaullienne semblent s’effacer… à la manière feutrée, pourtant violente, des pages que l’ont tournent du doigt, tactilement rapide, sur des instrument électroniques. Le digital pousse vers l’arrière, force à disparaître ou encore à se dissimuler.

Il semblerait que le désarroi conduise à la neutralisation des acteurs les plus anciens qui s’étaient attardés sur la scène politique d’un pays qui, dit-on, aurait perdu ses repères.

Le temps a passé, les décennies se sont succédées et la France reste celle d’Honoré de Balzac, de Victor Hugo et de Zola. Et à l’évidence de Molière: Harpagon et sa cagnotte… Monsieur Jourdain et l’orgueil qui conduit à ne plus savoir si l’on parle en prose ou bien en vers avec un arrière-goût d’ « incroyables » qui restaurent une ambiance sans construire. Des gens de vogues qui passent et qui, par les circonvolutions intempestives, s’évanouissent dans l’illusion.

Et puis, il y a le Père Goriot, l’héritage et les héritiers, les alliances à conclure, une terre vaste et unifiée à coups de combats entre des provinces ou même des peuples d’un ailleurs si proche. Mais la terre est riche, productive, le plus souvent et le bas de laine appartient à un linge difficile à laver, même en famille. Trop naturellement porté à s’ensabler dans la campagne.

Les Misérables ? Ils sont là, dans les rues de villes trop opulentes quand bien même  elles auraient tout perdu. Elles sont assistées par des pensions toujours remises en question.

L’héritage s’est mué en précarité et il n’est pas anodin que l’expression « les sans-dents » corresponde plus à cette époque de mutation que traverse la société française, remplaçant les « sans-culottes »… ceux-là étaient des combattants, des résistants. Les « sans-dents survivraient dans une indécence dédaigneuse.

Aujourd’hui, la France rapatrie, par délation volontaire et par voie juridique, les fonds égarés offshore. Il y a les soupes de rue, des sans-souliers, des vrais pauvres, un essoufflement des êtres. Et puis, il y a les affaires.

Voici ce que j’écrivais en octobre 2016 :

Le journal Haaretz a décrit  ce qui se passe en France sous le vocable d’“Absurd/אבסורד”, le mot vient naturellement du français “absurde” et désigne une situation d’absurdité, bien plus que de “totale incohérence” et peut provenir, en hébreu à la fois de l’anglais et du russe “absurd/абсурд”.

L’extrême-droite française appartient au paysage de l’Hexagone, c’est dire qu’elle y est naturelle, elle exprime une réalité morale, humaine, sociétale, économique qui colle à certains terroirs. Il est pragmatique de le reconnaître. Encore faut-il que le mouvement soit contre-balancé par des groupes politiques, sociologiques, spirituels permettant une mise en perspective plus équilibrée de l’humus national qui fut si long à bâtir. Il a fallu des siècles pour confirmer des frontières cohérentes… ou imposée.

Certains observateurs présentent la situation de la France comme déplorable, catastrophique. Il y a des points graves de chute de l’autorité gouvernementale, politique. La mutation du socius conduit à des disparités qui se multiplient. On assiste, avec impuissance, à un pouvoir médiatique qui se croit autorisé à tout dire, affirmer, divulguer et qui, au lieu d’interroger, se mire dans un auto-pouvoir factice. Les médias s’acharnent à interpeler les acteurs de la société au gré de leur propre nombrilisme. Toute déclaration peut ainsi devenir caduque, incertaine et souvent indécente.

Il ne reste plus que quelques heures avant le « grand débat » télévisé qui opposera, dans une tradition médiatique désormais traditionnelle, les deux candidats à la présidence de la République française. Entre Guignol et le choix cornélien : « Rodrigue n’aurait plus le monopole du coeur » ?

Voici ce que déclarait le Cardinal Jean-Marie Lustiger à propos de la vie politique au moment des élections : « Je souhaite que la politique et les politiciens trouvent une plus grande estime dans l’opinion. C’est une grave et dangereuse faiblesse pour une société de tenir en discrédit la politique qui ne peut plus alors remplir son rôle, indispensable à la bonne marche de la société. » (in Dieu merci, les droits de l’homme, p. 66, Criterion 1990).

Voici huit mois déjà, il était clair, au vu des attentats qui avait frappé divers lieux de France à coup de violences terroristes brutes, grégaires, subites, particulièrement irrationnelles, que le pays entrait dans le temps de la résistance. Il faut pourtant se comprendre : les arguties quotidiennes sur le dogme plus que centenaire d’une laïcité à la française, îlot abscons d’une réalité typiquement française, avec ses exceptions héritées de l’histoire, renverraient presqu’à la guerre de 1870… le delirium estival entre burka et burkini… bref comme si la Haute Couture à la Dior ou Coco Chanel, cintrait davantage la patrie de Tartuffe. Entre paraître et pudibonderie.

Dans ce contexte d’effritement social et culturel, l’Eglise de France dispose-t-elle vraiment de moyens de se corriger, de vraiment reprendre son identité morale et théologique ?

Cela fait plus de trente ans que le Front National appelle à l’exclusion, à certaines formes de haine. Il le fait tout en louvoyant sur le sens des mots, se gaussant de lapsus qui seraient toujours mal interprétés. Cela se prolonge dans une tactique de sauvegarde, de préservation familiale et nationale qui gagne du terrain, au risque de devenir trop abrupte pour des parentés recomposées.

En soi, rien ne permettrait, en aucune façon, d’interdire ce parti politique ; tout au plus de le condamner, comme parti ou certains de ses membres pour des faits avérés. Mais comment condamner un groupe convaincu d’agir au nom du bien du peuple sans avoir à se plier aux lois de la République ? Le temps passant, le FN appartient presque à un héritage qui tangue entre une drôlerie tragi-comique parsemée de formules verbales que l’on retient aisément.Son ADN de l’exclusion et d’un racisme toujours prêt à tuer par les mots n’effraient plus. D’aucuns verraient leur crédit moral attaché à des pins de déportés… dérisoire !

L’antisémitisme est une marotte interne, les dérapages envers des personnalités ou des situations liées à Israël sont multiples. Le Front National appartient au paysage politique français d’après 1968. Il s’apparente à des mouvements d’extrême-droite qui s’affirment actuellement en Europe occidentale et dans les anciens pays communistes (Hongrie, Roumanie, Pologne) sur la base de mêmes références pseudo-chrétiennes.

Certes, Jean-Marie Le Pen – paradoxalement homme de très vaste culture – est remplacé aujourd’hui par des personnalités qui, par définition, n’ont pas les mêmes références que le fondateur du Front National. Les décennies ont passé, la mémoire s’est altérée, banalisée – les clichés et les insultes s’expriment autrement.

Le Cardinal Lustiger, dès sa nomination à Paris, a considéré comme étant l’un de ses devoirs spirituels fondamentaux de rappeler que nul n’a le droit d’utiliser ou de dénaturer un christianisme, viscéralement inscrit dans le respect de Dieu et de tout être humain. Il faut le citer car son intuition reste sans précédent et ses propos sont à peine repris dans le climat actuel alors qu’il avait clairement décrit l’évolution prise des 1972 par le Front National.

La rédemption s’adresse à tout chair, tout souffle de vie. Cela inclut aussi toutes les opinions philosophiques ou religieuses pour autant qu’elles se montrent inébranlablement au service de tous. Sinon, c’est un devoir moral que de se lever contre toute forme d’exclusion.

Les interventions médiatiques du Cardinal Lustiger manquent sérieusement, en ce moment, au sein de la société française. Ses partisans ont su l’écouter, parfois le suivre. Ils semblent aujourd’hui tétanisés. Ils se taisent le plus souvent alors qu’il est temps de réagir avec force dans le contexte présent. Il est naturel que ses propos soient même un peu dépassés : il s’adressait à un momentum de de l’histoire européenne et chrétienne en mutation.

C’est ce soir du 5 mai 2017 – 6 Iyyar 5776, le 69e anniversaire de l’Etat d’Israël. J’y exerce mon ministère de prêtre orthodoxe depuis plus de vingt ans, au service des fidèles de la société israélienne, en langues hébraïque, juives et slaves dans le but de faire connaître le fait juif et la nouveauté du pays qui rassemble des êtres de toutes origines, langues, cultures, religions.

Un pays dont les miens ont soutenu le projet de rétablissement dès le début à Bâle en 1892, puis par-delà les pogroms, la Shoah, les spoliations en Ukraine, en Allemagne et en France. L’Etat hébreu interroge par sa vitalité et son extrême jeunesse. Voire par sa réalité et ses paradoxes, ses luttes internes. Nous assistons à un miracle que des générations ont espéré devenir une réalité un jour et cela est advenu dans ma génération.

Je n’aurais sans doute pas écrit cet article à la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle française. J’ai écrit certaines de ces lignes voici un an, puis voici six mois. Mais on voit à une sorte d’effondrement de tout repère moral dans un pays de France où j’ai passé des années, le plus souvent décrié ou exclu comme juif et comme étranger.

J’ai connu des personnes qui ont dénoncé et spolié les miens et que, bien des années plus tard, j’ai découvert dans l’Eglise. Ils étaient devenus fidèles très croyants et avaient indubitablement fait un énorme chemin humain, social et culturel.

Au cours des derniers mois, j’ai entendu parler d’une prétendue crise d’identité chrétienne et catholique en France. Cette crise existe aussi dans le monde orthodoxe qui sort de ses geôles dictatoriales d’un siècle happé par l’illusion athéiste. Certains croyants français se sont échinés à s’interroger, soit-disant de manière intellectuelle sur une identité en danger. Ils le firent sans vraiment être enracinés dans le véritable humus de la Parole et des Ecritures.

On débattait, on se débattait entre Islam et islamisation, périls venus d’ailleurs qui viendraient balayer l’image d’une France multiple, faite de chrétiens très divers. Crise des vocations ? Crise de l’identité chrétienne ? Il y a un moment où il faut cesser de faire du commerce avec des idées qui ne prennent pas vraiment dans un socius sécularisé et s’interroge sur son devenir.

C’est alors que certains candidats à la présidence ont évoqué leur foi en Dieu… Mais ni Dieu ni le Christ ne peuvent se présenter aux élections de la République. En revanche, un silence pesant s’est emparé des représentants autorisés de l’Eglise de France. Il y a indubitablement une forme protestante de résistance spirituelle naturelle dans le pays. Il est vrai que tout citoyen français est totalement libre d’un vote secret et personnel. Il serait inexact de dire que les autorités religieuses, les groupes constitués ou charismatiques ne soient pas soumis à des directives qui veulent les influencer. Les citoyens français juifs et musulmans prendront naturellement le chemin d’une ouverture au plus large de la liberté proposée par la République.

Le temps aurait passé… Oui, sans doute. Il n’est pas question de condamner des pratiques amorales de gouvernement, l’argent des citoyens alors que l’étranglement du chômage ne fait que monter. Il faut combattre, résister.

Soudain, sur une station radiophonique est apparue une lueur de conscientisation à la manière de la Mère Denis qui lavait, comme d’autres, savent laver plus blanc que blanc : les débatteurs se sont interpelés sur le fait que la plupart des onze candidats initiaux à la présidence avait été profondément marqués et instruits, éduqués selon la culture et la religion chrétienne.

L’un des débatteurs en arriva à dire : « Il serait grave que l’Eglise ait généré, comme malgré elle, une situation aussi profonde de sécularisation et en porte la responsabilité ».  Comme si la foi ne pouvait dépasser le stade passéiste de la nostalgie de belles liturgies et de symboles devenus suspects ou obsolètes (comme les crèches, par exemple).

La politique est un passe-temps formidable pour le café du commerce ou les réunions de familles, et plus encore dans les réseaux sociaux se lâchent sur la toile dans un anonymat dangereux ou, souvent, devenu le moyen d’alerter les siens et les autres.

Exclusion et repli sur soi versus mondialisation ? Quête d’identité et besoin de sens ? Le mot est galvaudé pour ne plus rien signifier. Une robotique des médias en forme de rouleau compresseur déverse des opinions que l’on reprend comme des troupeaux qui s’avancent vers une transhumance pré-déterminée.

Emmanuel Macron a une histoire atypique ? Un parcours d’électron libre ? La liberté de l’écrivain amoureux de théâtre, féru de philosophie, puis du besoin de servir l’Etat sans grande expérience. Un homme libre qui, à l’école des Jésuites, a choisi son épouse au-delà des convenances… mais y a-t-il aujourd’hui une « Règle du jeu » ?

J’avais suivi tout le voyage du ministre de l’Economie, de  l’Industrie et du Numérique dans son voyage si fécond au Technion d’Israël (2015) – les contrats qu’il y a conclus, son analyse fine de la dynamique semblable à un laboratoire du vivant qu’est la société israélienne dont il a visité d’autres centres industriels et universitaires.

On dit qu’il est « transgressif ». Dans un monde d’égos politiciens cela pourrait rester très hexagonal. Mais la société israélienne est « trangressive » dans ses créativités de high-tech, de big data, de sciences, de recherche en irrigation, en médecine, en psychologie, en matière philosophique.

C’est cette même cohérence des transgressions positives qui se retrouve dans les livres de l’écrivain de langue yiddish Isaac Bashevis Singer, amenant vers plus de créativité, de liberté sans perdre de sa cohérence.

Ayant suivi de près ce parcours, j’ai adhéré à « En Marche ! » en ligne pratiquement lors du lancement du mouvement, confirmé quelques semaines plus tard, car l’électronique n’était pas au point. Et, quand j’ai pu, j’ai rencontré les « marcheurs » qui ont mis au point des techniques neuves de contacts… et surtout ! ont toujours montré un sens profond d’amitié et de respect envers chacun.

Cela fut d’autant plus inédit pour moi que je refuse d’adhérer et de participer à toute orientation politique en raison de mon service presbytéral qui est totalement trans-frontalier et ouvert au dialogue avec tous.

Je n’ai pas vu cela dans les autres partis que j’ai visités à l’occasion. Le candidat Emmanuel Macron est empathique ; il l’a été dès le temps de ses études, s’adressant à chacun et il serait difficile de nier cette qualité « de fraîcheur ».

La faillite des partis, des parrains historiques, les trahisons décadentes n’ont pas entamé la volonté d’Emmanuel Macron, à cette heure et à ce jour de vouloir renouveler un personnel exécutif et chargé de servir l’Etat, de le rajeunir. La tâche est lourde, elle semble insensée.

La Pythie se donne à bon marché dans tous les pronostics des futurs ministres des uns et des autres. Et la descente se poursuit avec un Nicolas Dupont-Aignan qui se verrait déjà premier ministre de la (possible, dit-on) présidente Marine (Le Pen). Et on déblatère comme des chameaux assoiffés d’eaux trop réchauffées. Les pronostics, les stratégies jouent sur des analyses où certains entrent dans l’arène d’un jeu de cirque.

Il est neuf qu’un jeune candidat au parcours si singulier accède en ce moment avec succès aux plans toujours avortés de radicaux et centristes français désireux d’unir des acteurs neufs, pour leur temps.

Il n’est pas seulement question de voter Emmanuel Macron même si l’on est contre lui. Donc prétendre que l’on votera pour lui le 7 mai prochain pour faire front au FN. Il n’est pas seulement question de faire phosphorer les méninges en évoquant tel plan ou tel autre, telle tactique, telle fracture sociale. Ou encore, de rompre tous les serments républicains pour s’abstenir, par dépit et volonté de magouilles à venir, d’égarer gravement des jeunes en quête d’idéal.

C’est alors que le Front National dit ce qu’il est, a été et affirme vouloir être dans la compétition actuelle. Il le sera bien pire que voici 15, 20 ou 30 ans. On ne peut se  perdre dans des élucubrations socio-économiques. On distille çà et là des sophismes tordus comme si aucun danger n’existait.

Le Front National, même lorsque ses scores sont importants, n’a certainement pas vocation à diriger la France. Il suffit d’écouter les propos de ses membres pour comprendre l’insanité de leurs argumentations tissées de bric et de broc, de théories  informes, le plus souvent opportunistes. Sa seule fonction est, à l’évidence, de servir d’exutoire à une société profondément déstabilisée.

Et c’est alors que surgissent les lapsus antisémites, simples, bas-de-gamme, un racisme naturel, quasi congénital,  qui n’est même plus vraiment connecté à la Shoah. La langue fourche par réflexe pavlovien face à un judaïsme français ébranlé mais l’Islam devient le tempo plus actuel des Frontistes. On se croirait en direct de Roncevaux, faisant fi d’oublier que c’e fut une histoire de Basques… Le FN n’est jamais à une lubie près. Il y a aussi la valse de nouveau vice-présidents, on dirait presque, si l’heure n’étais pas si grave, qu’ils sont « ludiques », comme ces copier-coller de potaches immatures malgré les décennies.

Et le Père Le Pen qui hurle à Jeanne d’Arc, insulte Emmanuel Macron et la dernière victime de l’attentat des Champs-Elysées.

Il ne faut pas se faire d’illusion : De Gaulle, la Résistance, les Gaullistes historiques, les Compagnons de la Libération appartiennent au passé, comme les nostalgiques du Maréchal Pétain maillés à des catholiques traditionnels, ou encore l’O.A.S. C’est aussi vrai de Mai 1968.

Marine Le Pen est plus dangereuse que son père sans s’intéresser à l’antisémitisme qu’elle ne comprend pas sur la base des propos de Jean-Marie Le Pen. Elle reporte ces haines d’exclusion sous les oripeaux d’un isolationnisme culturel et prétendument chrétien sur le monde musulman. Comprend-elle vraiment ce qu’est l’Islam, après un simulacre de visite aux autorités libanaises ?

En revanche , Marion Maréchal-Le Pen s’affirme catholique pratiquante (Fraternités lefévristes). Elle rencontre des évêques catholiques soucieux de « ne pas exclure un parti avec lequel il faut pouvoir dialoguer ».

Je reviens au cardinal Lustiger qui avait des intuitions fortes dont celles qui touchent au sens profond de la foi : savoir résister à tout prix au paganisme. Surtout lorsqu’il se travestit en une honnêteté trompeuse. Il était persuadé – comme par un désespoir indéracinable de sa propre souffrance – que dans la crise de la foi que traverse l’Europe, les relents d’un paganisme xénophobe, antisémite referait surface d’une manière encore plus dangereuse que dans les années 1935-40.

Le paganisme est la forme d’un retournement insinueux, rampant, qui contourne les obstacles et s’empare subrepticement des esprits quand le discernement vient à manquer. Il s’agit d’une forme grave d’idolâtrie d’autant qu’il s’attaque à ce qui prend l’apparence d’une foi authentique et sereine. On redécouvre , à cette occasion, les paisibles baronnies de fidèles qui se sont cooptés et dissertent à vau-l’eau sur le déclin du christianisme alors qu’ils ont pour tâche de le revigorer. La crise a pourtant atteint un ampleur dangereuse mais nullement désespérée.

Le Cardinal Lustiger vivait cela au nom d’une peur atavique, a priori irrationnelle. Elle semble s’étioler en ce moment, à des niveaux divers par le déséquilibre qui se fait sentir en France, se précise sur des bases identiques, invariables qui utilisent d’autres techniques et manipulations culturelles. La mémoire devient un produit médiatique délayé dans une confusion sociétale grandissante.

Au lendemain de la mort du cardinal, Jean-Marie Le Pen fit cette déclaration : « Le cardinal Lustiger « osait qualifier le Front National de ‘résurgence du paganisme le plus cynique et le plus dangereux’ ». « Au lendemain du 21 avril 2002 (premier tour de la présidentielle, NDLR), il m’accusait encore de ‘détourner les convictions religieuses au service de la polémique électorale’, ce qui n’était le cas en aucune manière » (L’Obs, 6 août 2007).

Comment comprendre ces mots : « ce n’est pas le cas en aucune manière » aujourd’hui, au seuil de l’élection présidentielle de 2017 ?

Il y a des groupuscules qui se plaisent à freiner la marche vers l’avenir, c’est toujours plus périlleux et cela nécessite d’avoir confiance en soi et aux autres.

« Arrière, Satan ! » (Marc 8:33), s’écria le prêtre Jacques Hamel, égorgé près de Rouen comme tant de martyrs et confesseurs de la foi au Proche-Orient. Il avait vu le visage de cette idolâtrie qui peut couvrir tous les groupes religieux ou prétendus tels.

Nous sommes dans le temps de la résistance. Nous sommes dans le temps de la résistance contre l’idolâtrie ». 

Comment se fait-il qu’aucun représentant chrétien de France n’agisse parallèlement aux actions fortes menées par le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, en faveur de l’accueil des marées de migrants et réfugiés et ses appels répétés pour que l’Autriche ne bascule pas dans l’extrémisme de droite ?

Comme Abraham quitta Ur en Chaldée après avoir détruit les idoles de son père Terach, il lui fallu se mettre en marche. L’idée demande du courage, du vrai courage.

« En Marche ! » c’est autant « Va vers toi, deviens qui tu es en marchant vers toi-même », une destinée pour Emmanuel Macron et le siens comme pour la nation française.

C’est aussi au centre des Béatitudes en version hébraïque : Ashrei/אשרי = « Heureux », ou « en marche » vers un certain accomplissement.

J’avais envoyé cet article avant le débat télévisé entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Celui-ci a été inédit par la violence des propos, l’agressivité constante – indigne d’une candidate à la présidence de la République française – un ricanement grotesque et irresponsable de Marine Le Pen. De fait, Emmanuel Macron a fait face avec courage, détermination et sérieuse dans un climat délétaire.

Que l’on ne compare pas ce débat, en rupture avec les règles de la plus élémentaire politesse, avec quelque fumeuse exégèse politique.

Le FN a montré ce soir qu’il n’est pas en mesure de gouverner. En revanche, le danger iconoclaste permanent et répété, comme par roulements de bulldozers, pourrait laisser entrevoir des temps de « coup de sang » à venir.