Salomo Arouch, un boxeur juif natif de Grèce qui survécut au camp d’extermination d’Auschwitz en combattant contre des compagnons prisonniers lors de matches sanglants organisés par leur tortionnaires nazis et qui y retourna des décennies plus tard comme consultant sur un film traitant de sa captivité.

Il est mort le 26 avril 2009 à Tel Aviv-Jaffa (Israël).

Affaibli par une attaque (cardiaque), sa santé avait décliné depuis la fin de l’année 2008, selon sa fille, Dalia Ganon.

Elle n’a pas donné de cause précise à sa mort, survenue le 26 avril 2009 dans un hôpital gériatrique près de Tel Aviv.

Arouch, dont la pénible série de combats à mort lors des deux dernières années de la Seconde Guerre Mondiale fut immortalisée en 1989 dans
« Le Triomphe de l’Esprit. », le premier film majeur tourné sur place à Auschwitz.

Le film, ainsi que les conférences poignantes d’après – guerre d’Arouch devinrent partie de son héritage en Israël. Il a été montré à des centaines d’Israélites, en préparation aux visites du site de l’infâmant camp nazi en Pologne.

Arouch était une jeune star de la boxe, catégorie poids – moyens dans sa ville natale, Salonique, quand les forces allemandes s’emparèrent de lui ainsi que d’environ 47 000 autres Juifs de la ville en 1943 et les envoyèrent par camions dans les chambres à gaz et les camps de travail d’Auschwitz.

Quand un officier allemand demanda s’il y avait des boxeurs parmi les nouveaux arrivants, Arouch fut poussé hors du rang par des connaissances, se souvenait – il en 1990 dans une interview au magazine People.

L’officier lui demanda s’il était prêt à se battre.

« J’étais très effrayé, » disait Arouch. « J’étais épuisé d’être resté debout toute la nuit, mais je dis oui. »

Les combats devaient amuser les officiers et les règles étaient simples.
« Nous combattions jusqu’à ce que l’un de nous tombe à terre ou qu’ils soient fatigués de regarder. Ils ne partaient pas tant qu’ils n’avaient pas vu de sang. »

La défaite signifiait une mort presque certaine. « Les perdants étaient très affaiblis, » disait-il. « Et les nazis tuaient les faibles. »

Arouch, qui pesait environ 70 kgs au camp, combattait au moins deux fois par semaine, souvent contre des hommes beaucoup plus massifs que lui. Son habile jeu de jambes, qui lui valut le surnom de Danseur Etoile, l’aida à rester invaincu. Selon son comptage, il gagna 208 combats dans ce camp et fit deux matches nuls.

Un Willem Dafoe amaigri incarna Arouch dans le film, qui reçut des critiques mitigées. Le critique Michael Wilmington, écrivant dans le Times, le qualifia de « saga « semi – Rocky » exagérée, romancée » mais dit que sa « reconstitution d’Auschwitz à toute épreuve » donnait au film une « fascinante intensité. »

Les officiers pariaient sur les combats, et le prix pour le boxeur vainqueur était un pain. Arouch dit qu’il partageait le sien avec d’autres prisonniers. Grâce à son talent de boxeur, il fut transféré au service des cuisines, qui était moins épuisant que d’autres travaux du camp et lui permit d’avoir un plus grand accès à la nourriture.

Alors que des compagnons prisonniers mouraient sous ses yeux, Arouch continua à survivre. Il fut transféré en 1945 à Bergen – Belsen, où il fut mis aux travaux forcés jusqu’à ce que les forces alliées libèrent le camp. Il fut parmi les environ 2000 prisonniers de Salonique à survivre à la guerre.

En recherchant des parents dans l’Europe d’après – guerre, il rencontra Martha Yechiel, une autre survivante d’Auschwitz originaire de Salonique, de six ans sa cadette. (Dans le film, elle s’appelait Allegra et ils se rencontraient et tombaient amoureux avant d’être arrêtés.) Ils étaient les seuls survivants de leurs familles. Le couple se maria et déménagea en Palestine mandataire en 1945. Ils eurent trois enfants et treize
petits-enfants.

Arough combattit dans le conflit israélo – arabe qui éclata à l’époque de l’indépendance d’Israël. Comme israélite, il devint connu sous le nom de Shlomo Arouch, boxa brièvement en amateur et ouvrit un florissant commerce de transport et déménagement à Tel Aviv.

Quatre décennies plus tard, il retourna à Auschwitz pour y passer trois mois comme consultant auprès de Robert M. Young, qui dirigeait « Le Triomphe de l’Esprit. » d’après un scénario de Shimon Arama. Il montra à l’équipe où il avait dormi et où il avait combattu.

Il donna des leçons de boxe à Dafoe. Dans une interview donnée là – bas au Times, Arouch pleura en racontant sa captivité durant la guerre et dit qu’il n’avait pas pu dormir pendant la première semaine de sa visite de retour, « parce que tout revenait. »

Ganon, sa fille, dit que son travail sur le film et ses conférences en Israël sur sa captivité avaient pour but d’instruire les gens à propos de l’Holocauste.

« Ce n’était pas facile de raconter son histoire, mais il était important pour lui que les gens sachent ce qui lui était arrivé, à lui et aux autres, » dit-elle.

« Un jour viendra où il ne restera plus personne pour raconter ces histoires. »

Batsheva Sobelman du bureau du Times, Jérusalem a contribué à ce reportage.Remerciement à Luc Roger pour la traduction du texte