Selon Flavius Josèphe, historien incontournable, la Judée était au premier siècle une terre fertile. Les campagnes militaires romaines détruisirent le pays, le vidèrent de ses habitants. Il en résulta déforestation et érosion des sols. Les invasions arabes, puis l’occupation ottomane accentuèrent le phénomène : la Palestine devenue colonie ottomane était en grande partie désertique.

Aux 14ème et 15ème siècles, comme toute la région du Levant, la Palestine ottomane a été frappée par la peste noire. Les deux tiers de sa population furent décimés. Contrairement à l’Europe frappée du même mal, des réveils périodiques de la peste, de la malaria et autres pandémies empêchèrent tout repeuplement. De surcroît, dans l’ensemble du bassin méditerranéen, la réapparition, au 16ème siècle et jusque la moitié du 19ème d’un « petit âge glaciaire » accompagné d’inondations bouleversa l’agriculture et le mode de vie de la population survivante : les marais(1) ont fait refluer les habitants des terres basses vers des villages en hauteur.

Cette terre insalubre et dépeuplée a été décrite au 19ème siècle et au début du 20ème par de nombreux voyageurs : Chateaubriand(2) ; Gustave Flaubert(3) ; Le marquis de Vogüé(4); l’abbé Darbois(5) ; Marc Twain(6) ; Elisée Reclus(7), et beaucoup d’autres. La Palestine incluait alors l’ensemble du territoire devenu la Jordanie. Sa population, recensée par les Turcs en 1882 fut évaluée à 350.000 habitants dont une grande partie de nomades. Une densité de trois habitants au kilomètre carré. « Une terre sans peuple », c’est ainsi que l’a qualifiée le pasteur Alexander Keith en 1843.

À la fin du 19ème siècle, le paysage palestinien de l’empire ottoman était composé de marais, de garrigues et de déserts. La plupart des terres appartenaient à des féodaux résidant à Beyrouth ou à Damas. Ils prélevaient sur leurs fermiers une part énorme des récoltes. Les fellahs n’avaient d’autre choix que de surexploiter les terres domaniales provoquant l’extinction des forêts et de l’ensemble de la végétation. Les autorités ottomanes aggravèrent le désastre en imposant une taxe sur les arbres, les vignobles et les jardins, incitant les nombreux propriétaires à arracher des bosquets entiers d’oliviers et d’arbres fruitiers. Enfin, durant la guerre de 1914-18, on estime que 30.000 hectares de forêts furent détruits par les armées turques pour leurs besoins de guerre(8), bois de chauffe ou pour l’extension de la ligne de chemin de fer.

Pour certains qui se disent « amis de la Palestine », ce passé n’a pas existé. Ils en sont convaincus, ils le répètent : « c’était une terre fertile et peuplée ». Ils n’hésitent pas à manipuler l’histoire : ainsi, en 1850, pour les sites « Arrêt sur info » et « Agoravox », deux voyageurs européens (anonymes et non datés) décrivent la Palestine de cette manière : « Les greniers de la vallée du Jourdain sont inépuisables. Un océan de blé, un véritable océan de blé. Autour de Jaffa, la production d’oranges quadruple en trente ans à peine. Ces oranges sont déjà fameuses à cause de leur peau épaisse qui préserve bien leur fraîcheur. La Palestine exporte aussi du vin, du blé et de l’huile d’olive »(9). C’est une description tout à fait opposée à celle de dizaines de voyageurs dignes de foi, diplomates, pèlerins, scientifiques, ecclésiastiques. Cette citation est d’évidence une falsification de l’histoire.

Les premiers peuplements de la « terre sans peuple », après 1850 sont également soumis à manipulations. En réalité, ils proviennent de deux origines :

– Des musulmans. Le déclin de l’empire ottoman était à son pire moment : la Turquie vaincue partout abandonnait ses colonies d’Europe de l’est et d’Afrique du Nord. Les populations musulmanes des colonies turques fuirent vers les territoires qui restaient de l’Empire. Une partie d’entre eux reçut des avantages pour s’implanter en Palestine dépeuplée. Ce fut une colonisation de peuplement. On les considère aujourd’hui comme des autochtones.

– Des Juifs, fuyant l’antisémitisme, les pogroms, les massacres. Ils venaient essentiellement d’Europe de l’Est. S’ils n’avaient pas été Juifs, ils auraient été considérés comme des réfugiés. Ils étaient Juifs, on les a appelés « colonisateurs ».

Les Juifs russes et polonais qui composaient les premières alyah n’étaient pas des hommes de la terre. C’étaient des intellectuels, des petits artisans et commerçants, des idéalistes. En Israël, on les appelle les « pionniers ». Sans connaissances et pratiquement sans outils, ils entreprirent de mettre en culture cette terre aride pour réaliser leur rêve d’un pays ou « coule le lait et le miel ». Avec courage et acharnement ils défrichèrent les sols, asséchèrent les marais, plantèrent des millions d’arbres. Depuis, ils ont mis en culture le désert du Néguev.

C’est ce que les propagandistes pro-palestiniens appellent « colonisation ».

Alain Gresh est le fils d’Henri Curiel, Juif et militant communiste égyptien, assassiné en France en 1978. Il fut lui-même dirigeant communiste, rédacteur en chef puis directeur adjoint du Monde Diplomatique avant de fonder, avec le soutien de Dominique Vidal et Tariq Ramadan, le site Orient XXI qui se présente comme « Le journal de référence du monde arabe et musulman » (sic). Violemment anti-israélien, soutien de BDS, Orient XXI a publié des articles sur le thème « Les forêts, piliers de la colonisation en Palestine »(10) ou « Israël-Palestine, des arbres qui cachent la colonisation ».

Israël est renommé pour savoir faire reculer le désert, contribuer à résoudre les problèmes de faim dans le monde et de pénurie d’eau. Même l’ONU a voté pour l’utilisation de la technologie israélienne dans le monde, 141 pays ont soutenu cette résolution(11). Mais tout ce qui vient d’Israël doit pour BDS et les soutiens occidentaux de la Palestine être supprimé. Ce qui conduit à cette aberration : les arbres sont présentés comme une des armes principales de la colonisation juive, l’afforestation et « faire fleurir le désert » sont une agression contre la terre « arabo-musulmane ». Cette thèse est reprise par le Monde Diplomatique et de nombreuses organisations pro-palestiniennes dont BDS, l’Association France Palestine Solidarité, l’Association Belgo-Palestinienne, Assopalestine, etc…

L’eucalyptus est le premier accusé. Cet arbre, arme redoutable, a été introduit par les sionistes du KKL, il représente 80% des arbres plantés dans les années 1920, il n’avait jamais été présent dans la région. C’est vrai. L’eucalyptus est originaire d’Australie, il s’acclimate très facilement et présente la particularité d’assécher les marais tout en éradiquant les insectes porteurs de maladies. Les Palestiniens l’appellent l’arbre des juifs, (Sajarat il-Yahud). Les autres essences plantées, tel le pin surtout le pin d’Alep pourtant répandu dans le bassin Méditerranéen et le cyprès, sont tout autant critiquées. Un de leur slogan dit que, comme ces arbres, Israël et les Israéliens n’ont rien à faire au Moyen-Orient(12).

Maintenant, les incendies de forêts font rage. Celui de Haïfa en 2016, d’origine criminelle, a détruit 13.000 hectares de forêts. Les médias ont dénoncé une intifada des flammes(13). La vague actuelle de ballons et cerfs-volants incendiaires qui attaquent le sud d’Israël touche désormais le pays entier, emportés au hasard par le vent à Sderot, Ber-Sheva, Tel Aviv et Jérusalem, voire dans les villes et villages arabes. Les soutiens soit disant pro-palestiniens, en réalité antisionistes et antisémites, encouragent ces actions qui tendent à faire de la région un désert.

Ils prétendent aimer cette terre qu’ils revendiquent. Comment peut-on brûler une terre que l’on aime ? Comment peut-on vouloir transformer en désert le pays que l’on veut donner à ses enfants ?

Quelle est l’ambition des dirigeants palestiniens ? Revenir aux temps d’avant ce qu’ils considèrent comme la colonisation ? Au désert et à la misère ? Au bon vieux temps de la peste noire, ou de la peste brune quand le Mufti el Husseini était ministre d’Hitler ?

____________________________________________
Notes :

1 – Au début du XXe siècle, il y avait en Palestine 18.000 hectares de marécages où régnait la malaria.

2 – Chateaubriant – Itinéraire de Paris à Jérusalem, 1806 : « À la vue de ces maisons de pierre, renfermées dans un paysage de pierres, on se demande si ce ne sont pas là les monuments confus d’un cimetière au milieu d’un désert. Le paysage qui environne la ville est affreux ; quelle désolation et quelle misère !… Entrez dans la ville, rien ne vous consolera de la tristesse extérieure ».

3 – Flaubert – correspondance, 1850 : « Jérusalem est un charnier entouré de murailles. Tout y pourrit, les chiens morts dans les rues, les religions dans les églises. Il y a quantité de merdes et de ruines ».

4 – Vogüé – Les églises de la Terre Sainte, 1850.

5 – Abbé Darbois – Jérusalem et la Terre Sainte, 1855.

6 – Marc Twain – Innocents Abroad, qui fait état d’une nature pauvre en comparaison avec celle de la Bible, d’un paysage abîmé et désolé, 1869.

7 – Elisée Reclus la Nouvelle Géographie Universelle, 1876 (vol. 9) ; l’homme et la terre, 1905.

8 – Norbert Lipszik, « Crise mondiale de l’eau – L’hydro-diplomatie » (p. 24-28)

9 – Marc Jean, La grande mystification « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » – Arrêt sur info — 10/4/2016

10 – Ces articles sont signés des paysagistes Adèle Ribuot et Nadav Joffe.

11 – Seule, la Syrie a voté contre.

12 – Gilad Atzmon : le buisson ardent, 3 décembre 2010 – ISM-Palestine, France.

13 – Reportage de la voix du Nord de Serge Dumont, 25/11/2016.