Quinze ans déjà…Sans le malaise de Hillary Clinton au cours de la cérémonie commémorative, le 11 septembre 2016 serait passé inaperçue. Les reconstructions sur le site des tours en ont fait des passages obligés pour les touristes. Ils y voient une histoire de drames et d’héroïsme et non une histoire politique, car les lieux de mémoire honorent les victimes, mais estompent les donneurs d’ordre.

Quinze ans après la chute de Berlin, le travail de mémoire était déficient, mais l’idéologie nazie était devenue politiquement insignifiante. Quinze ans après le 11 septembre 2001, les auteurs des attentats sont plus que jamais des modèles. Leurs admirateurs leur empruntent leur vision de l’Islam, celle dont les tartuffes s’obstinent à dire qu’elle n’a « rien à voir avec l’Islam ».

Les représailles américaines contre Saddam Hussein, responsable de tous les crimes mais pas de celui du 11 septembre, finirent par la tragique pantalonnade d’un Irak livré aux chiites et ouvrant en réaction la voie à Daech. L’Afghanistan et ses montagnes épuisèrent les alliés américains comme ils l’avaient fait pour les soviétiques. La nonchalance d’Obama succéda à l’interventionnisme brouillon de Bush. Personne n’osa s’en prendre aux deux vrais mécènes du terrorisme islamique, l’Iran (Amia 1994) et l’Arabie Saoudite, dont depuis le roi Fayçal, les dirigeants finançaient tous les extrémismes sunnites, quitte à être dépassés par les Golems qu’ils avaient eux-mêmes sécrétés.

Les années 90 avaient été celles de la mondialisation optimiste : chute miraculeusement pacifique du rideau de fer, ligne réformiste de Teng Hsiao Ping en Chine, fin des dictatures sud-américaines, signature des accords d’Oslo. Le professeur Fukuyama expliquait en 1992 que la diffusion irréversible de la démocratie libérale marquait la «fin de l’histoire».

Il avait tout faux : jamais depuis la guerre, la fascination pour les dictateurs n’a été aussi forte qu’aujourd’hui. En revanche, lorsque en 1993, son collègue Huntington prétendit que bien au contraire, nous allions assister à des « conflits de civilisations », dans lesquelles l’Islam jouerait un rôle majeur, son livre fut inondé de critiques. A l’époque, malgré l’implosion de l’URSS, la vulgate marxiste restait dominante. Seuls les conflits économiques étaient censés structurer l’histoire : les mouvements culturels, en particulier religieux, étaient considérés comme des épiphénomènes insignifiants, malgré l’horrible et vite oubliée guerre civile en Algérie.

Cette grille de lecture, qui en France a prospéré jusqu’à l’absurde au moment des attaques antisémites contemporaines à l’Intifada Al-Aqsa, a été le socle du déni, du « politiquement correct », de la litote, de la victimisation sous prétexte d’islamophobie. Elle alimente une stigmatisation quasi-métaphysique d’Israël comme pour se désenvouter des dangers et des complexités du monde.

En quinze ans, les structures traditionnelles de nos sociétés (écoles, partis, syndicats, églises ) se sont délitées sur fond général d’inquiétude pour l’avenir, d’hédonisme consumériste et, au nom de la liberté, des espaces nouveaux ont été accordés aux ennemis de la liberté. Nous ne savons pas, malgré de récentes et louables améliorations diagnostiques, comment produire des anticorps contre l’Islam radical, dont une erreur dramatique est de croire qu’il ne concerne que Daech.

Dans les tentatives vouées à l’échec d’apaiser les furieux, les Juifs sentent qu’ils pourraient devenir des victimes collatérales au nom de leur soutien à Israël et de leur poids électoral de plus en plus faible. Or on ne construit pas les ponts en fermant les yeux, et la miséricorde n’est pas une stratégie efficace en ce bas monde. L’avenir des Juifs en Europe, c’est l’avenir de l’Europe. A nous d’en convaincre les hommes de bonne volonté, sans dévoyer la morale de nos pères dans des alliances contre nature.

Dr Richard PRASQUIER

Président du Keren Hayessod