Les dernières affaires de rabbins du sionisme religieux rejoignent la déclaration effarante de Betsalel Smotrich, numéro 2 de la liste de la droite unifiée. Il faut lire cette déclaration dans son contexte afin de pouvoir la comprendre. Tout d’abord, ces dernières affaires.

Nous avons eu droit à un « rabbin » dans le Nord qui chassait le saint-esprit dans les cotillons de femmes dépourvues de pensée indépendante qui se laissaient violer en pensant faire une thérapie spirituelle. Ma colère ne cible pas les victimes évidemment, ni même ce « rabbin », mais ce qui m’a interpellé est plutôt l’entourage de cet homme qui profite d’une faiblesse mentale afin d’assouvir ses pulsions perverses.

Nous continuons avec un autre « rabbin » qui, lui, cherchait les mauvais esprits dans les culottes de jeunes étudiants. Moins poétique peut-être mais pas moins pervers. En sommes-nous au summum ? Je ne veux pas prononcer ce mot de peur de le regretter lorsque la prochaine affaire arrivera à dépasser le plafond établi par cet homme qui continue d’enseigner en se faisant toujours appeler rabbin.

La dernière en date est fraîche encore, et pose des questions difficiles à exprimer. Un rabbin qui prend des airs du roi David avec Bethsabée, souhaite la mort de sa propre épouse afin de pouvoir se marier avec la femme d’un autre, qui, elle, a divorcé sous sa recommendation.

Ce qui est grave dans cette histoire, est que ce rabbin est animé d’une foi sincère dans le « saint-esprit » qui lui dicte ce qui doit être fait. Plusieurs années passent, là aussi soit dit en passant, jusqu’à ce que cette affaire soit publiée par un autre rabbin qui, lui, savait. Plusieurs années où il continua d’exercer à la tête de son école religieuse.

Trois exemples qui se ressemblent. Tous les trois avec une secte d’adeptes, d’élèves, ou de communautés vénérant un chef spirituel. Trois rabbins qui jouissaient d’une notoriété exemplaire. Les attentions et les superlatifs utilisés à leurs égards, le fait de se lever lorsqu’ils entraient dans une salle, ces révérences, les baiser de main, les demandes de bénédictions et cette myriade de petits détails qui donnaient, ensemble, une image de vénération.

Ce sont des milliers de juifs qui leur ont donné cette « respectuosité ». Ce sont des milliers de juifs qui avaient une vénération quasiment messianique à leur encontre, qui buvaient leurs paroles et acceptaient leurs idées sans poser la moindre question, car on ne questionne pas le rabbin, on lui demande conseil.

Pourtant, ces trois exemples commencent à refléter une tendance. Ce n’est plus une brebis galeuse ou un « flyer » pour emprunter un mot aux statistiques afin de dénommer une observation qui n’est pas représentative.

Nous avons perdu ces rabbins qui étaient des « menchs » avec une psychologie et un savoir-vivre exemplaire. Ces rabbins qui vivaient pleinement avec leurs communautés, qui riaient et pleuraient avec eux et qui enseignaient aussi la Torah.

Les rabbins qui prédominent aujourd’hui sont souvent des hommes que nous pouvons difficilement approcher, entourés de cercles faisant barrière entre eux et le peuple. Ils prêchent pour une étude de la Torah qui bafoue les besoins les plus élémentaires d’une vie en société, ils demandent à leurs disciples souvent, d’affronter les lois d’un État dont ils ne reconnaissent pas toujours la légitimité.

Ils choisissent trop souvent l’interdit à la place du compromis, leurs discours découragent à aller à l’armée, ils incitent à ne pas travailler et ils dissuadent d’entrer dans les universités. Ils marginalisent les différentes formations politiques et moquent souvent, de façon éhontée, les dirigeants du pays. Il semble que le monde rabbinique tombe petit à petit dans un extrémisme qui devient de moins en moins marginal et perd le contact avec le peuple.

Le peuple et l’état semblent être à leurs yeux des moyens pour subsister et leur approche intransigeante fait que de plus en plus de jeunes prennent des habitudes qui sont étrangères à la population Israélienne, qui ne se retrouve plus dans un judaïsme bizarre, non constructif et souvent intolérant.

Dans ce contexte, nous prenons conscience de la déclaration de Smotrich qui a étudié de longues années dans une école rabbinique sioniste de renommée nationale. Ayant fait des études d’avocat, il est prétendant au ministère de la Justice dans le prochain gouvernement et a époustouflé le Premier ministre avec un agenda pour le moins particulier : remettre en place les lois des rois David et Salomon en les adaptant à notre ère.

Cet exemple illustre l’auto-destruction du monde religieux et complète l’image de la décadence dont nous sommes témoins ces dernières décennies. Dans un premier temps, cette capacité de ne pas comprendre dans quelle réalité il vit et ensuite, principalement, cette volonté de se démarquer du peuple.

Le gouvernement n’a pas été créé à cause d’un homme qui a refusé ouvertement une clause aux partis religieux. Peu importe si ces raisons sont celles qui ont réellement poussé Lieberman à humilier Netanyahou de la sorte, mais la déclaration de Smotrich a subitement kidnappé le débat pour le crucifier sur la place publique.

Lieberman a préparé un bûcher pour y sacrifier les partis religieux et Smotrich y a tout simplement lancé une bombe incendiaire pour enflammer la toile et les médias Israéliens. Lieberman n’est plus le sujet aujourd’hui, et il ne pouvait pas demander d’aide plus efficace. Seule une incompréhension totale de la réalité peut engendrer de telles dérives.

Mais il y a une autre dimension à ce dérapage médiatique, plus importante, qui sépare de facto une junte religieuse du peuple et de l’état.

Le monde rabbinique n’arrive pas à comprendre que le peuple juif est revenu sur sa terre et doit construire un pays. Il est impensable que les dirigeants spirituels n’arrivent pas à comprendre que tout le peuple, avec ses tendances et ses différences, se trouve dans un seul pays commun. C’est la raison qui doit certainement pousser des rabbins à enseigner à nos jeunes de ne pas réellement participer à la vie du pays.

Pas d’études à l’université, pas d’armée, pas de travail sauf pour subsister lorsqu’il n’y a pas le choix, pas de respect envers les institutions de l’état. Toutes ces taches sont reléguées aux laïcs. Nous ne sommes pas en face d’une société à deux vitesses seulement, mais souvent à deux sociétés qui sont en passe de collision. Une partie de notre peuple n’arrive pas à comprendre la réalité dans laquelle nous évoluons et de ce fait, les élèves qui deviennent les maîtres après plusieurs années, ne réussissent pas à lire les codes de conduite les plus élémentaires.

Certains prêchent pour une société disparate, d’autres suivent de façon aveugle des présumés « rabbins » quoique ces derniers disent ou fassent et beaucoup trop perdent le sens de la réalité Israélienne. Au lieu de rassembler, les gardiens de la loi se démarquent, au lieu de participer à la construction de l’état, ils essayent de marginaliser leurs ouailles. Dans cette atmosphère, l’intransigeance prédomine trop souvent, et surtout, le manque de connexion à la réalité israélienne.

Le monde rabbinique a besoin de se reconnecter, de comprendre que le peuple Juif a un pays à construire. Ce monde rabbinique doit devenir ce qu’il doit être : un leadership spirituel pour construire la nation, ensemble avec le peuple et les élites politique.

Aujourd’hui, il ressemble de plus en plus à ce clergé oublié, vivant à part et prêchant pour qu’on le rejoigne. Devons-nous nous inquiéter d’une possible alliance entre le gouvernement et le monde religieux ? Cette question sera sans aucun doute le sujet des élections de Septembre, à la place du sujet qui importe réellement : Comment mieux construire notre pays.