On voit apparaître le caractère compétitif des définitions qui, dès lorsqu’elles font intervenir la défense de l’ « appartenance » de chacun comme enjeu social, tendraient à se combattre. Et cette confrontation supposée ou réelle, traverse notre communauté.

Elle révèle avant tout la problématique dans laquelle chacun est désormais convié à se déterminer dans un contexte d’encouragement des particularismes.

Ce « marché identitaire » semble condamner toute tentative de diluation sociologique qui tiendrait compte de l’évolution des définitions identitaires et ignorant ainsi le sens qu’une société leur confère, à un moment donné de son histoire.

Le champ des relations interethniques juif s’est souvent résumé à celui des rapports entre deux catégories sociales. Les relations entre ces groupes, d’origines diverses, se situe aussi bien dans l’ordre des sociabilités quotidiennes que dans celui des représentations réciproques et des idées. De plus, ces procédures de catégorisation ethnique semblent mettre en mal toutes démarches unitaires communautaires au profit de l’établissement de particularismes.

Vue de l’extérieur, le rapprochement de ces groupes peut révéler des logiques communes, des positionnements symétriques, des interdépendances et des circulations d’idées concomitantes.

Mais en réalité, elles répondent plutôt à un impératif idéologique que les Juifs Noirs réprouvent à notre époque.
Si la justification de cette réalité répond aux excès d’un universalisme jugé destructeur, la question d’une réappropriation identitaire commun se pose désormais. Quel sens pourrait bien prendre cette différence reconnue, dont chacun a la conviction intime d’être la meilleure ?

Car, contrairement à une idée largement répandue, ce n’est pas nécessairement à l’écrasement de leur culture que ces groupes vont se heurter mais bien souvent à l’attachement ancestral à un village, un lieu ou un objet qui assure des présupposés filiations et certitudes identitaires auxquelles ils peuvent relativement prétendre.

Ainsi, la référence au Maghreb, terre de provenance directe de la plupart de ceux qui, aujourd’hui, se réclament de l’identité séfarade, le dispute à la référence mythique à l’Espagne, berceau lointain, mais souvent préféré pour les uns et les juifs ashkénazes venus de l’Europe occidentale, centrale et orientale,pour les autres.

Quid des Juifs Noirs ?

L’identité juive noire requiert certainement le partage d’un cadre de valeurs et d’objectifs communs. Mais cet engagement normatif n’a pas besoin d’embrasser ce que d’aucuns appellent « la bipolarité ».

En effet, dès lors que l’on se doit de réfléchir à la situation des Juifs Noirs, la circonscription d’une spatialité et d’une temporalité pertinentes, circonscription pourtant nécessaire à la tenue d’une enquête, ne va nullement de soi puisque la situation actuelle (des Juifs Noirs) est au prise avec des interdépendances historiques.

Peut-être plus que tout autre groupe, ou toute autre communauté, celui-ci appelle immédiatement la question de l’Afrique et de sa place dans un « espace communautaire » régis par ces courants.

La reconfiguration de l’espace identitaire juif en implique la remise en question d’un certain nombre de certitudes. Les critères biologiques n’ont jamais été un instrument pour définir le peuple juif qui se présente comme un métissage.

Les traits de ses membres trahissent différents origines, et tous sont aussi juifs les uns les autres. Un juif noir peut être ashkénaze s’il le veut ou le choisit, un juif noir peut aussi être séfarade, s’il le veut ou le choisit. Mais l’assignation identitaire du juif noir est idéologique et ne résulte pas d’un jugement vrai. Les Juifs Noirs sont des sujets juifs au même titre que ceux d’Europe ou du Maghreb.