Comprendre le Moyen-Orient par ses médias dévoile une réalité tout à fait différente que celles que projettent ses diplomates ou ses officiels dans les chancelleries. Le site du MEMRI (Middle-East Media Research Institute) est un institut à but non lucratif basé à Washington qui a été fondé en 1996. Il s’est donné pour mission de surveiller et de traduire ce qui se dit au Moyen-Orient même, en Afrique du Nord, en Iran et en Asie du Sud-est. Celui qui navigue dans ce site peut mieux se faire une idée de l’importance de la haine de l’Occident distillée dans les messages des radicaux qui circulent au grand jour dans de nombreux médias, écoles et mosquées.

Les exemples abondent : le Cheikh Muhammad al-Gamei’a, directeur du centre culturel islamique à New York a participé à de nombreux offices interreligieux, prêchant des mots de paix, de tolérance et de fraternité au lendemain du 11 septembre. Il s’est rendu le 4 octobre en Égypte et a donné une entrevue à un site web islamique. Il y a affirmé que les Arabes américains ne pouvaient se rendre dans les hôpitaux, car ils sont maltraités par les médecins juifs ; que les Américains mitraillaient les mosquées ; que les Juifs et non les Arabes radicaux sont responsables des attaques du 11 septembre et autres inepties…

L’éditeur en chef du quotidien gouvernemental cairote Al-Ahram a écrit que les Américains ont parachuté de la nourriture aux Afghans affamés dans des champs de mines et que les denrées ont été génétiquement modifiées pour affecter la santé des Afghans.

Faisal al-Husseini, considéré comme un modéré de l’Autorité palestinienne et qui est le favori des médias occidentaux a donné une entrevue à un journal égyptien dans lequel il expliquait que les accords d’Oslo n’étaient qu’un cheval de Troie, choquant le camp de la paix en Israël.

Dans un même souffle, Arafat a pris une photo donnant du sang aux victimes du World Trade Center, photo que les médias internationaux se sont empressés de publier, et a déclaré la même journée en langue arabe que les personnes suicides sont le sel de la terre… Il a vanté la paix des braves devant les médias occidentaux, mais n’a craint pas de tenir un discours antisémite de dénigrement complet du peuple juif lors de la conférence sur le racisme à Durban. De telles déclarations en langue arabe sont omises par la majorité des médias bienveillants envers les Palestiniens mais elles n’ont surement pas été ignorées par les Israéliens.

Une vidéo en langue arabe très répandue sur les ondes reproduit le sermon de l’imam de la Grande mosquée de la Mecque : « les chiites, les communistes, les Juifs, les Chrétiens: Ô Allah! Divise-les, affaiblis-les, fais-leur subir les pires souffrances. Fais en sorte que les Djihadistes les décapitent . » Ce type de discours n’est pas dans la bouche des diplomates arabes mais abreuve notoirement bien des ouailles…

Prête-t-on oreille au fait que l’imam Qaradawi, chef du Conseil de la Fatwa pour l’Europe est célèbre pour ses émissions télévisées au Qatar glorifiant la mouvance des Frères Musulmans et dans lesquelles il justifie le meurtre des non musulmans, et avant tout des Juifs, comme un moyen licite de défense de l’islam, allant même jusqu’à déclarer que si le «martyr» le juge nécessaire, le meurtre des non-musulmans pourrait s’accompagner de celui de musulmans ?

Le recensement de ce qui se dit dans la sphère djihadique, qu’elle émane d’Al-Qaeda, de l’État islamique ou des Talibans, a attiré l’attention des agences de sécurité, notamment du fait que le cyberdjihadisme a recours aux médias sociaux pour radicaliser la génération des jeunes musulmans, recruter de nouveaux adeptes, ou même enseigner à manier des explosifs. En outre, le suivi des médias moyen-orientaux a fait prendre conscience de leurs responsabilités aux réseaux Facebook, Twitter, YouTube et bien d’autres.

Les contenus des médias du Moyen-Orient ne sont pas uniformes. Ce qui frappe toutefois, est le nombre sidérant de propos racistes et de fatwas hallucinantes qui pullulent dans les médias moyen-orientaux, réalité qui est le plus souvent du temps négligée par les analystes.

L’ignorance de la dichotomie des doubles discours n’avance pas la compréhension ou l’avancement de la paix. La contradiction entre le discours officiel – en langue anglaise généralement – et le discours destiné aux populations arabes est certainement connue des médias bien branchés. Toutefois, une certaine condescendance les pousse à n’écouter que les messages qu’ils veulent bien entendre et à ignorer les autres. Or, cette ignorance laisse fermenter une haine qui à la longue se traduit par des actes terroristes. En effet, pour comprendre le Moyen-Orient, il faut tenir compte des effets pervers du double langage.