Les éditions Larousse ont une vision bien étrange de l’histoire et de la géographie dès lors qu’il s’agit d’Israël et des Juifs.

Ainsi, dans l’édition « Mon Premier Larousse de l’Histoire », que le célèbre éditeur décrit comme « un premier livre d’Histoire qui permet aux enfants de s’initier aux grands faits historiques par une approche simple et adaptée à leur âge », on y découvre que « Conduits par Moïse, les Hébreux atteignirent la Terre promise, l’actuelle Palestine », tandis qu’à l’article consacré à la Bible, on y trouve cette affirmation pour le moins surprenante pour toute personne ayant un minimum d’éducation « Il y a plus de 4000 ans, les Hébreux, un peuple qui vivait en Palestine… ».

Cette réécriture de l’histoire a d’ailleurs fait réagir d’abord le site Jssnews, puis le BNVCA, Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme.

Mais Larousse ne se contente manifestement pas des éditions à destination des enfants. Il a également une encyclopédie en ligne. Et là aussi, ça décoiffe.

Ainsi, à l’article « Jérusalem », on y découvre que Jérusalem est une «ville de Palestine». Israël n’est donc pas mentionné. Larousse va encore plus loin avec le mot « Palestine », précisément.

En introduisant ce mot dans l’onglet de recherche de son encyclopédie en ligne, on trouve en effet un long texte de 10 267 mots, près de 56 987 caractères espaces non compris (plus de 67 243 espaces compris), soit 25 pages Word. Encyclopédique donc, du moins à première vue. En réalité, la lecture de ce texte nous révèle une bien étrange composition, au-delà d’une apparence d’érudition.

En effet, l’article se caractérise surtout par des affirmations pour le moins étranges, voire carrément erronées, des inversions de faits et des omissions laissant rapidement émerger un doute quant à son sérieux. Au-delà, on peut s’interroger sur les motivations du rédacteur, les affirmations gratuites coïncidant de façon troublante avec la propagande palestinienne.

Ainsi, dès la première ligne, le ton est donné. « Après la conquête romaine (64-63 avant J.-C.), le territoire est divisé en trois circonscriptions administratives portant le nom de « Palestine » 1, 2 et 3 ».

La Judée, pourtant vassal de Rome puis province romaine, n’existait donc pas, de même que Hérode, roi de cette même Judée, avec pour capitale Jérusalem, avant que les Romains ne la renomment en 135 de l’ère commune, ainsi que toute la région, pour punir et humilier les Juifs suite à la révolte de Bar Kokhba (132-135 EC) (1).

Pour renommer ainsi la région, ils avaient repris Hérodote qui avait mentionné l’existence, des siècles auparavant, de peuples venus de la mer, des envahisseurs connus de nos jours en français sous le nom de Philistins et disparus déjà au temps des Romains.

Et avant les Romains, qu’y avait-il selon l’encyclopédie Larousse ? Rien. C’est une région manifestement sortie tout droit des entrailles de la Terre.

La ficelle est d’autant plus grossière qu’à l’article « Hébreux », on découvre qu’il s’agit d’un « peuple sémite de l’Orient ancien, installé en « Palestine » ». L’anachronisme est total.

La manœuvre est donc limpide : d’abord, on postule l’existence, ou plutôt la préexistence d’une Palestine, pour ensuite dérouler son histoire depuis 2000 ans en en supprimant toute judéité.

Mais cette oblitération flagrante du lien entre les Juifs et cette région dès le début d’article n’est pourtant que le début des surprises pour le lecteur. Après avoir tout simplement biffé l’histoire juive dès les premiers paragraphes, l’encyclopédie enfonce le clou avec un intertitre sans équivoque : « La Palestine, terre sainte des musulmans ». Curieuse affirmation quand on sait que le mot « Palestine » n’est jamais mentionné dans le Coran, pas plus que Jérusalem, d’ailleurs.

Mais Larousse ne s’attarde pas à de tels détails, et après un bref passage par l’empire Ottoman, passe immédiatement au XXè siècle. Nous n’en sommes pourtant qu’au dixième de l’article. En réalité, tout le reste du texte situe les événements dans la perspective du conflit israélo-arabe vu uniquement du point de vue des Arabes, en cherchant manifestement à présenter les « Palestiniens », pris au sens contemporain du terme, comme existants dès le début du conflit, et les sionistes et Israël de façon extrêmement négative et hostile aux Arabes en particulier en Palestine mandataire, avec en toile de fond un pays supposé exister en tant que tel, la « Palestine ».

Les statistiques sont éclairantes à ce sujet. Le mot « juif » (avec ou sans majuscule) revient 17 fois seulement (16 fois sous sa forme au féminin), comparé aux 139 occurrences du mot « palestinien » (incluant 54 apparitions de son féminin). « Israël » est cité 34 fois tandis que « Palestine » revient 52 fois. Une histoire de perspective donc et un déséquilibre flagrant.

L’effacement d’Israël est bien réel. Ainsi, Ben Gourion n’est pas cité une seule fois, Théodore Herzl une seule, Menahem Begin et Golda Meir jamais, tandis qu’Arafat l’est 15 fois, et Mahmoud Abbas 24 fois. L’OLP et le Fatah totalisent 40 occurrences (20 chacun) et le Hamas 46, l’armée israélienne et Tsahal 5 seulement et la Haganah n’est jamais mentionnée.

La proclamation d’indépendance d’Israël n’est d’ailleurs évoquée qu’indirectement par l’encyclopédie Larousse en ligne, au détour d’une phrase évoquant l’exode « de centaines de milliers de Palestiniens », et après avoir explicitement écrit que les sionistes étaient passés à l’attaque au mois d’avril 1948 sur fond de purification ethnique :

« Au mois d’avril 1948, les sionistes passent à l’attaque et chassent les populations arabes des régions littorales et d’une partie de la Galilée. Il s’agit surtout d’assurer la sécurité du futur État juif en cas d’interventions militaires des pays arabes. Ce premier exode de centaines de milliers de Palestiniens provoque ces interventions le 15 mai 1948, date de la fin du mandat et de la création de l’État d’Israël. Le 11 juin, l’ONU impose une trêve temporaire. Le 8 juillet, les hostilités reprennent et les armées arabes sont défaites. »

Le scénario de l’encyclopédie Larousse est donc limpide comme un film en noir et blanc : les sionistes attaquent et se lancent dans la purification ethnique, puis les Arabes « interviennent ». Israël est une création, son agression par les Etats arabes voisins dans la foulée de la proclamation d’indépendance de l’Etat juif le 14 mai 1948 (et non le 15), une intervention humanitaire destinée à empêcher un génocide. Jeter les Juifs à la mer ? Détruire Israël ? Pas du tout. Les soldats des armées arabes coalisées contre Israël étaient des soldats de la paix, des défenseurs de l’humanité et des droits de l’homme. Ils n’ont d’ailleurs pas attaqué, ils sont juste « intervenus ».

D’ailleurs, tout est affaire de justice dans cet article. Ceux qui seraient lents pourront se rattraper avec la pédagogie de la répétition employée par Larousse. Après nous avoir expliqué que dans les années 20, le sionisme est un échec relatif et que vers 1930, la « Palestine est déjà un pays surpeuplé, selon les critères de l’époque » (pourquoi ? quels critères ?), Larousse avance que « devant le manque de terres à acheter et la résistance des populations, on évoque de plus en plus le « transfert », c’est-à-dire l’expulsion d’une partie au moins des Arabes palestiniens ».

Et Larousse de poursuivre : « Pour ces derniers, l’entreprise sioniste est illégitime et répond à une volonté strictement colonialiste. Pour les sionistes, il n’y a pas de « peuple » arabe en Palestine, juste des habitants arabes qui constituent un obstacle à leurs projets. » CQFD.

Puis vient la solution. « L’avènement d’Hitler en Allemagne donne une impulsion décisive au sionisme, qui reçoit les immigrants et les capitaux qui lui manquaient ». La communauté juive appréciera.

Ailleurs, dans le texte, l’encyclopédie Larousse en ligne lie par un argument improbable les accords de Camp David entre Israël et l’Egypte en 1978, prévoyant « une autonomie de ″personnes″ et non de ″territoires″ pour les régions occupées en 1967 », la guerre du Liban et les massacres de Sabra et Chatila.

Admirons la manœuvre : « Afin de permettre l’application de ce règlement de la question palestinienne, Israël envahit le Liban en 1982 pour combattre directement l’OLP et la présence palestinienne dans ce pays. De cette politique découlent les massacres de réfugiés palestiniens à Sabra et Chatila (septembre 1982) ». Et dire que des historiens et des juges se sont penchés sur la question et n’ont jamais trouvé la moindre preuve à l’appui d’une telle thèse.

Par contre, à l’opposé de cette « description » d’Israël et du sionisme en monstre criminel contre l’humanité, on ne trouvera aucune mention de la purification ethnique, véritable, celle-là, qui eut lieu entre 1949 et 1967 et où pas un seul Juif n’a pu vivre dans les territoires conquis et annexés par la Jordanie et l’Egypte suite à leur agression militaire contre Israël de 1948.

Cela n’empêche évidemment pas l’encyclopédie Larousse de se fendre d’un bon mot concernant la guerre des Six-Jours, expliquant que «Pendant la Guerre des Six-Jours, Israël … annexe la Jérusalem arabe», affirmation doublement problématique : non seulement l’annexion de la partie conquise en 1967 sur les Jordaniens par Israël date de 1982 et non de 1967, mais surtout, l’expression « Jérusalem arabe » masque l’interdiction qui était faite aux Juifs par les Jordaniens de se rendre au lieu le plus saint du judaïsme, situé précisément à Jérusalem, ethniquement et religieusement purifiée par leurs soins, dans leur volonté d’avancer dans leur projet avoué de détruire Israël et de « jeter les Juifs à la mer ».

Mais on l’aura compris, cet article de l’encyclopédie Larousse en ligne, contrairement au projet annoncé sur le site de l’éditeur, celui-là même où se trouve le texte dont il est question ici, ne relève pas de « la diffusion du savoir au plus grand nombre », ni même, toujours selon Larousse, des valeurs telles que « Qualité et rigueur de l’information, fiable, objective et la plus exhaustive possible », mais de quelque chose de bien différent et de bien moins neutre.

Car écrire une tartine de près de 57 000 caractères à travers un article largement consacré au conflit israélo-palestinien sous prétexte de parler de « Palestine » sans mentionner une seule fois la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, cela relève de l’exploit et ce n’est certes pas se montrer exhaustif.

Inventer des significations d’acronymes d’organisations tel que « l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine » pour l’UNRWA, alors que si le P de « Palestine » n’y figure pas, c’est parce qu’en réalité UNRWA signifie United Nation Relief and Work Agency, autrement dit Agence de secours et de travail des Nations-Unies, ce n’est visiblement pas tant dans un souci de qualité de l’information que de réécriture de l’histoire visant à tenter de faire croire au lecteur que la « Palestine » existait en tant que telle à l’époque, alors qu’aucun texte international ne mentionne un Etat de Palestine ou les «Palestiniens», au sens contemporain du terme, avant le tournant des années 70, et ce, y compris les grands textes fondateurs du droit international relatifs à cette région et à ce conflit, comme le Traité de San Remo de 1920, le Plan de partage de la Palestine (mandataire donc) de 1947, la résolution 242 du Conseil de Sécurité de 1967 ou même la résolution 338 du CS (1973).

Ecrire l’équivalent de 25 pages Word en n’évoquant la présence juive que timidement et très sporadiquement, notamment comme une population se convertissant au christianisme ou à l’islam dès le IV siècle (pour le premier) et après la conquête arabe au VII siècle (« la présence juive décline inexorablement à cause des nombreuses conversions »), en dehors de passages incriminant par contre lourdement et de façon répétée les sionistes de purification ethnique, et ce, en dépit des évidences les plus claires.

La population arabes d’Israël constitue aujourd’hui près de 20,7 % – plus de 1 700 000 – de la population israélienne sur un total de près de 8 400 000 habitants, et est présente dans tous les secteurs de la société incluant les tribunaux, la cour suprême, la police, la culture, les sports, les médias, les universités, …, soulignant qu’à l’évidence, les Israéliens – les Juifs, les sionistes, peu importe – sont nuls en matière de purification ethnique comparés aux standards internationaux en vigueur notamment dans le reste du Moyen-Orient, en Asie, ou même en Europe, c’est faire injure à des siècles d’histoire d’une région dont l’histoire et l’archéologie crient chaque jour à pleins poumons les liens historiques par lesquels le peuple juif est relié sur des millénaires.

Ce sont d’ailleurs ces mêmes liens qui ont été rappelés lors de la conférence de San Remo de 1920 et inscrits dans le texte du Mandat confié à la Grande Bretagne en vue de l’établissement d’un foyer national juif dans les frontières dudit mandat (la fameuse Palestine mandataire).

Cette réécriture de l’histoire et ce narratif à ce point biaisé que nous sert l’encyclopédie Larousse en ligne à travers cet article, ce n’est certainement pas du savoir, de l’éducation, de la culture. C’est l’effacement d’un peuple millénaire et de son histoire. C’est l’expropriation symbolique des habitants d’un pays, Israël, pourtant internationalement reconnu et coulé dans le marbre du droit international.

Le Larousse serait-il gagné par la théologie de la substitution revue à la sauce pro-palestinienne aux dépens du peuple juif et d’Israël ? Ce serait pourtant très éloigné de l’image de sérieux d’une maison d’édition jusqu’ici réputée pour son engagement envers la science, la culture et la diffusion des connaissances.

On croyait que ce genre de prose était jusqu’ici réservé aux pages de propagande de sites pro-palestiniens. Jusqu’à présent, il était de notoriété que l’Autorité palestinienne niait l’histoire juive et les liens du peuple juif avec son berceau historique et géographique, ses cartes effaçant même systématiquement Israël, ou plutôt le remplaçant, et ce, tout à fait officiellement, au vu et au su de tous.

Il semble que le phénomène s’exporte en France dans des milieux que l’on croyait au-dessus de tout soupçon. Malheureusement, force est de constater qu’après Air France qui avait effacé Israël de la carte cet été, avant de rectifier le tir, la Mairie de Paris qui a récemment fait de même avant de s’excuser de façon très maladroite et pleine de duplicité, comme la très judicieusement relevé Corinne Atlan-Tapiero (conseillère municipale UMP 12è) dans un tweet (2), voici que les Editions Larousse s’y mettent, effaçant l’histoire juive et lui substituant une « Palestine » à l’histoire bien étrange, expurgée de sa judéité, à l’exception de son avatar présupposé criminel que serait le monstre colonialiste sioniste, autrement appelé Israël. Ça commence à faire beaucoup.

Finalement, il y a une chose sur laquelle l’encyclopédie Larousse a raison, c’est sur le fait que la Palestine telle que décrétée par les Romains évacuait toute judéité de cette région. C’en était d’ailleurs précisément le projet, la raison même.

Ce nom de « Palestine », qui provient d’une racine évoquant des envahisseurs venus de la mer, était censé punir et humilier les autochtones, les Juifs, et les rayer définitivement de la carte politique et géographique (3).

Ce projet éradicationniste semble par ailleurs curieusement se transmettre à son avatar moderne : celui de l’OLP (dont la charte continue à préconiser la destruction d’Israël, contrairement aux idées reçues) et de l’Autorité palestinienne, dont les cartes suppriment donc systématiquement Israël, tandis que son système éducatif incite à la haine d’Israël et des Juifs et que ses revendications supposent une purification ethnique comparable à celle qui a prévalu entre 1949 et 1967, du fait de l’invasion arabe de 1948.

Voilà qui donne un autre sens à ces dérapages, sortes de « lapsus » révélateurs qui semblent s’accumuler, jusqu’à faire chuter une maison d’édition jusqu’ici respectable comme Larousse, à travers cette réécriture de l’histoire aux relents de substitution ethnique, politique et religieuse, qu’on n’aurait jamais cru possible dans un pays occidental comme la France.

(1) Ceci est d’autant plus remarquable que Larousse est une édition française et que la France est un pays culturellement chrétien. Or, pas un seul endroit dans les textes sacrés chrétiens (essentiellement ce que les chrétiens appellent le nouveau testament), ne voit l’expression « Palestine » ou « palestinien ». Le Jésus des chrétiens est indubitablement un Juif. Il venait de Galilée, allait en Judée, en Samarie et à Jérusalem, au Temple. Ici, la réécriture de l’histoire et de la géographie s’accompagne d’un refoulement.

(2) https://twitter.com/c_atlan_tapiero (tweet du 26 septembre 2015)

(3) Jérusalem avait d’ailleurs été renommée également Aelia Capitolina par les Romains.