Barack Obama avait préféré adopter une attitude plus conciliante à l’égard de l’Iran au détriment de ses alliés arabes de toujours, l’Arabie et l’Egypte, qu’il a plongés dans l’inquiétude.

Les pays arabes craignaient que Donald Trump confirme sa volonté, exprimée lors de la campagne électorale, de désengagement international pour se concentrer sur « l’Amérique d’abord ». Il a depuis modifié sa stratégie par pragmatisme.

Avec son premier voyage à l’étranger réservé au Proche-Orient, le président américain prouve qu’il veut revenir aux fondamentaux de la politique étrangère américaine qui remontent au Pacte de Quincy de février 1945, signé par le président Roosevelt et le fondateur du royaume saoudien, le roi Ibn Saoud.

Ce revirement s’est concrétisé par la signature, le 20 mai 2017, de contrats pour un montant de 380 milliards de dollars, avec spécifiquement 109 milliards de contrats d’armement, au moment même où Hassan Rohani a été réélu président de l’Iran. Trump tenait symboliquement à « soutenir la sécurité à long terme de l’Arabie saoudite et de l’ensemble de la région du Golfe face à la mauvaise influence iranienne et aux menaces liées à l’Iran qui existent aux frontières de l’Arabie saoudite de tous les côtés ».

Il n’a pas manqué d’exiger de l’Iran d’engager « un processus de démantèlement du financement du réseau de terrorisme d’Iran, des moyens, de la logistique et de tout ce qu’il apporte aux forces déstabilisatrices dans la région du Moyen-Orient ainsi qu’à mettre fin aux essais de missiles balistiques ».

Les États-Unis trouvent un intérêt sécuritaire à un accord militaire qui renforcera la capacité de l’Arabie saoudite à « contribuer aux opérations de contre-terrorisme à travers la région pour réduire le fardeau des forces américaines ».

Les Saoudiens y voient de leur côté un moyen d’accroître leur engagement au Yémen, où ils combattent les rebelles Houthis soutenus par l’Iran. Les équipements commandés ont pour but de couvrir les besoins de l’Arabie dans le contre-terrorisme, dans la sécurité des frontières, la sécurité maritime, les forces aériennes, la défense antimissile et la cyber sécurité.

Toute la panoplie militaire est concernée avec la fourniture d’aérostats, de chars, de radars de contre-artillerie, d’hélicoptères, des navires de type « Multi-Mission Surface Combatant » (MMSC), de patrouilleurs, de systèmes de défense aérienne THAAD et Patriot et enfin de systèmes de commandement et de contrôle (C2).

Le Multi-Mission Surface Combatant (MMSC) est une unité de surface multi-missionnel et hautement maniable capable de fonctionner dans le littoral et dans l’océan ouvert. Il a été conçu pour faire face aux menaces modernes en matière de sécurité maritime et économique.

Cet armement était devenu indispensable depuis que les rebelles houthis ont envoyé 48 missiles balistiques contre le territoire saoudien, ainsi qu’un missile de type Borkan-2 intercepté le 19 mai, à 180 km au sud-ouest de Ryad, après une longue distance parcourue.

Parallèlement, Lockheed-Martin, maison-mère du constructeur Sikorky, a annoncé un investissement de 6 milliards de dollars pour assembler des hélicoptères Blackhawk en Arabie Saoudite. L’Arabie recherchait un moyen d’assurer son économie locale et son indépendance en développant sa propre industrie de défense.

Alors que les accords militaires américano-israéliens de septembre 2016 imposaient de figer les aides militaires pendant les dix prochaines années en échange d’une aide militaire de 38 milliards de dollars pour la période 2019-2028, Donald Trump a été contraint de faire une rallonge significative en direction d’Israël pour calmer ses inquiétudes et ses réticences.

Il a octroyé une aide militaire supplémentaire de 75 millions de dollars pour « contribuer au programme de défense antimissile ».

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a exprimé sa préoccupation : « Je ne suis jamais tranquille devant aucune course à l’armement, et l’énorme acquisition faite par les Saoudiens n’ajoute certainement pas à ma tranquillité. Il n’y a pas que les Saoudiens, mais aussi les Emirats, les Qataris, les Iraniens, tout le monde achète des armes. Rien qu’en 2016, les contrats d’armement ont atteint 215 ou 216 milliards de dollars au Proche-Orient, ce qui n’est pas rien. Nous suivons ces développements et nous avons les moyens de faire face ».

Ce contrat ne semble pas inquiéter les responsables sécuritaires israéliens. L’ancien responsable de l’Institut des études de sécurité nationale, Amos Yadlin, a estimé que l’armement vendu à l’Arabie est destiné à contrer la menace iranienne : « le récent accord sur les armes massives ne met pas en danger Israël et n’est donc pas préoccupant. Il consiste en un système THAAD (Terminal High Altitude Area Defence) pour intercepter des missiles balistiques, dont la chance de nous atteindre est très faible, les chars israéliens savent comment faire face et les hélicoptères Black Hawk sont des armes qui ne devraient pas susciter d’inquiétude ».

Le THAAD est un système américain de missiles antibalistiques en service depuis 2008. Il est conçu pour détruire les missiles balistiques de portée moyenne ou intermédiaire dans leur dernière phase d’approche en s’écrasant contre eux (« hit-to-kill »). Le missile ne transporte aucune ogive.

Amos Yadlin a estimé que le précédent accord signé en 2010 était plus important puisqu’il comportait des avions évolués F-15, de l’armement de précision et 132 hélicoptères Apache et Black Hawk.

A l’époque, Israël s’était opposé à l’accord, mais Barack Obama avait exigé de renforcer l’armée de l’air saoudienne pour lui permettre de faire à la menace de la force aérienne iranienne.

Tous les responsables militaires israéliens se rejoignent pour affirmer que l’Arabie saoudite, qu’ils comparent à l’Egypte, est un État qui ne constitue pas une « menace directe» pour Israël ». En fait et c’est de bonne guerre, il n’est pas impossible que certains officiels israéliens cherchent à exploiter ce contrat pour obtenir plus d’aide américaine.

Amos Yadlin est plus pragmatique : «L ‘accord sur les armes, comme toute question de défense, comporte de nombreux composants, certains positifs et d’autres portant des risques. Je pense que nous devons d’abord voir les intérêts partagés créés pour Israël et l’Arabie Saoudite, face aux menaces majeures au Moyen-Orient. L’Arabie saoudite n’est pas aujourd’hui un État ennemi actif. Mais d’autre part, il faut se rappeler que dans des États comme l’Arabie saoudite, il y a un problème de stabilité. S’il y a un changement de régime, ces armes risquent de tomber entre les mains d’un régime beaucoup plus hostile à Israël. Ce risque n’est pas très élevé ». Il est vrai que dans ce cas extrême, les États-Unis pourront suspendre la fourniture de pièces de rechange.

Il est cependant clair que tout accord militaire avec les pays arabes a toujours été contrebalancé par la fourniture à Israël de systèmes avancés, comme l’avion furtif F-35 livré en exclusivité. Israël a toujours maintenu sa prédominance militaire sur les pays de la région parce que les Etats-Unis ont toujours privilégié la sécurité d’Israël dans leur stratégie.

Cependant les intérêts de l’Arabie saoudite et d’Israël se rejoignent sur le plan stratégique et économique.

Les capacités de nuisance de l’Iran dans le monde arabe ont accru son influence dans la région en tant que leader chiite. Israël et l’Arabie saoudite ne peuvent pas rester indifférents face à la puissance croissante de l’Iran.

L’axe Russie-Iran dans le soutien au régime syrien fait face à Israël et à l’Arabie saoudite, alliés des Américains dans la région. Israël et l’Arabie saoudite se retrouvent unis contre le monde chiite, contre l’axe Iran-Hezbollah, contre les rebelles Houthi au Yémen, mais aussi contre les organisations terroristes sunnites représentées par le Hamas et Daesh.

Une recomposition des alliances s’organise au Moyen-Orient. Il existe peut-être une opportunité pour envisager une paix durable entre Israël et les pays arabes. Ce sera certainement la tâche ardue de l’expert en diplomatie secrète, Yossi Cohen, patron du Mossad.

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