« Ah ! Comment est-elle devenue une prostituée, la Cité fidèle ? Jadis pleine de justice, c’était l’asile de la vertu et maintenant elle est un repaire d’assassins !…. Tes chefs sont dissolus, se font complices de voleurs ; tous aiment les dons corrupteurs et courent après les gains illicites… » Isaïe 1, 21-23

« Sion sera sauvée par la justice…. » Isaïe 1, 27

Qui ne se remémore pas avec nostalgie ces dirigeants fondateurs d’Israël qui rêvaient de s’associer au destin d’un kibboutz isolé dans le désert ? Qui peut oublier cette phrase de Ben-Gourion, qui avait avoué une seule fois avoir été jaloux dans sa vie, lorsqu’il avait aperçu de jeunes pionniers s’attelant à la création du kibboutz Sdé Boker ?

Quand à Menahem Begin, ce n’est seulement que lorsqu’il quitta ses fonctions de premier ministre en 1983 qu’on réalisa qu’il n’avait jamais été propriétaire d’un appartement. Il fallut lui trouver d’urgence une location à Jérusalem pour y passer ses derniers jours…

Aujourd’hui, il ne se passe pas un mois sans que de nouvelles révélations ne viennent ébranler un peu plus le manque de confiance que nous portons à nos dirigeants. Un président de l’Etat d’Israël coule ses jours en prison. Il sera sans doute bientôt rejoint par un ex Premier ministre qui avait fait du combat contre la corruption son fer de lance.

Mais il n’est pas le seul…. La liste des anciens ministres de l’Etat d’Israël qui ont séjourné en prison pour corruption serait ici trop longue et trop fastidieuse pour les lecteurs….

Dernièrement, c’est une autre affaire qui a défrayé la chronique israélienne. Plusieurs hauts responsables (18 en tout) de la société gouvernementale Netiv Israël, responsable de la construction et de l’aménagement des routes israéliennes, ont été placés en garde à vue pour soupçons de grave corruption.

Selon les premières informations, les directeurs passés et actuels de cette institution sous contrôle de l’Etat auraient reçu des dizaines de millions de shekels afin d’engager des entreprises sous traitantes. Parmi l’un des coupables présumés, un ancien député du Likud, Mikhaël Gorlovski, qui n’en est pas à ses premières frasques avec la justice israélienne.

Lorsque la corruption s’installe dans les hautes sphères politiques, elle déclenche au sein des citoyens un sentiment de nausée qui éloigne un peu plus ceux qui auraient pu devenir les dirigeants de demain. La corruption au sein du pouvoir gangrène une société et l’empêche de se moderniser. Quel investisseur étranger voudrait se risquer à entreprendre une quelconque initiative dans un pays qui ne respecte que les pots de vin et les dessous de table ?

La situation d’Israël n’est pas rassurante sur cette question. Classé en 2014, 24e parmi les 34 pays de l’OCDE et 37e parmi les 175 états référencés par le CPI (Corruption Perceptions Index 2014), Israël n’obtient que la note passable de 60 sur 100. Preuve qu’il reste encore beaucoup d’efforts à accomplir dans ce sens.

« La corruption est un cancer et elle peut détruire une société » déclarait Mikha Lindenstrauss en 2006, alors en poste comme contrôleur de l’Etat. Tout, absolument tout, doit être mis en œuvre pour l’extirper des mœurs du pays.

La corruption anéantie toutes les valeurs portées par les pays libéraux selon lesquelles il existe une égalité des chances pour ceux qui sont prêts à y mettre le prix et les efforts.

La corruption met aussi notre propre existence en danger. Des appels d’offres trafiqués et des contrats arrangés au sein de la société de l’aménagement des routes d’Israël auront inévitablement des conséquences sur la qualité du goudron et des matériaux utilisés pour la construction des futures voies et chaussées israéliennes.

C’est avec nos impôts perçus par l’Etat que des dizaines d’individus se sont malhonnêtement enrichis au profit de voies de déplacements qui seront forcément moins performantes. Ces investissements évaporés avaient sans doute l’objectif de minimiser le nombre de morts dans les accidents de la route.

La corruption dans notre pays ne doit pas seulement être combattue et dénoncée. Elle doit être considérée comme la pire des armes de destruction massive qui menace l’équilibre précaire de notre société.