Avec la section Térouma commencent les explications sur la construction du tabernacle.

Rachi remarque que les instructions relatives à la construction du tabernacle n’ont été transmises qu’après l’épisode du veau d’or.

Cela illustre le principe que la Torah n’est pas forcément écrite selon l’ordre chronologique des événements : « Il donna à Moïse : la Thora ne suit pas un ordre chronologique rigoureux et l’épisode du veau d’or a précédé de longtemps l’ordre donné de construire le tabernacle (chapitre 25 et suivants). C’est en effet le 17 Tamouz qu’ont été brisées les Tables de la Loi, et c’est à Yom Kipour que le Saint Béni soit-Il s’est réconcilié avec Israël. On a commencé le lendemain d’apporter les offrandes pour le tabernacle, lequel a été érigé le 1er Nissan. »

Je ne souhaite pas entrer dans les détails de la construction du tabernacle mais réfléchir avec vous sur les motivations de cette construction.

À cette fin nous allons nous arrêter au verset 8 du chapitre 25 de l’Exode: « Ils feront pour Moi un Sanctuaire et Je résiderai parmi eux. »

Maïmonide dans le Guide des Egarés, (III, 45) nous enseigne les raisons de la construction du tabernacle.

Il commence en expliquant pourquoi Abraham choisit le mont Moriah : «On sait que les Idolâtres cherchaient à construire leurs temples et à ériger leurs idoles dans le lieu le plus élevé qu’ils puissent trouver. C’est pourquoi notre père Abraham choisit le mont Moriah, qui était la plus haute montagne de ces contrées.»

Il ajoute un peu plus loin : «on sait encore que ces hommes-là (les idolâtres) construisaient des temples aux planètes et qu’on plaçait dans chaque temple la statue qu’on était convenu d’adorer, c’est-à-dire une statue consacrée à une certaine planète faisant partie d’une sphère. Il nous fut donc ordonné de construire un Temple au Très-Haut et d’y déposer l’Arche Sainte contenant les deux tables qui renfermaient ces deux commandements : je suis l’Eternel et tu n’auras pas d’autres dieux.»

Nous comprenons donc que pour Maïmonide, comme l’explique le Rav Munk : « le tabernacle était destiné à éloigner les israélites du culte idolâtre et à les orienter vers Dieu. Son sanctuaire et ses rites font partie du plan général qui a pour but de limiter le culte des sacrifices, vestige de la religion païenne, en autorisant cas un lieu unique, le tabernacle, et, plus tard, le Temple de Jérusalem. »

S.R. Hirsch défend la même idée enseignant que : « certains autres exégètes s’accordent pour reconnaître au sanctuaire une valeur symbolique ayant pour but d’élever les hommes à un idéal précis de sainteté et de spiritualité. Toutes les parties du tabernacle et tous les détails du culte sacrificiel représentent des idées ou des principes spécifiques qui doivent s’enraciner dans l’âme des croyants. »

Le Rav Feinstein nous enseigne que le tabernacle avait un rôle rassembleur. Ainsi il écrit : « le tabernacle, entouré et recouvert par la nuée marquant la présence de Dieu, était donc destiné à être le point de convergence du peuple. C’est le lieu vers lequel se dirigeaient tous ceux qui apportaient des offrandes grâce auxquelles ils s’élevaient en sainteté. Telle était la fonction du tabernacle dans le désert, puis du temple de Jérusalem. »

Aussi somptueuse soit-elle, une synagogue n’a aucune signification si elle n’est pas bâtie au nom de Dieu.

De nos jours la synagogue fait office de tabernacle donc de rassembleur. À ce sujet Il est intéressant de savoir qu’au Moyen Âge les rouleaux de la Torah étaient rangés dans un coffre mobile. Fixés sur un support, ils étaient enveloppés d’un tissu et parfois couronnés d’ornements. Ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle qu’apparut l’Arche incorporée dans un mur de l’édifice ou constituant une pièce entière.

Pour Rachi : « le sanctuaire doit être un édifice voué au service de Dieu. » Le Rav Feinstein commente cette phrase en nous expliquant qu’« aussi somptueuse soit-elle, une synagogue n’a aucune signification si elle n’est pas bâtie au nom de Dieu. »

Beaucoup de nos synagogues en France et plus précisément à Paris sont très belles mais nous devons nous demander si ces édifices ont été ou seront bâtis au nom de la foi ou à la gloire de certaines familles ou de certains égos.

Chabbat chalom

Eric Gozlan