Pour l’Europe, pour tout l’Occident même, Israël demeure un pays d’apartheid, qui signifie «séparation» en néerlandais, parce que selon eux, sa population arabe est brimée. C’est ce qui se dit à l’étranger parce que la Hasbara, la communication officielle israélienne, a de profondes lacunes. Tout n’est pas rose, bien sûr, puisque les Israéliens doutent de la loyauté de ceux qui naturellement sont solidaires de leur communauté à l’étranger.

Mais la situation évolue favorablement en même temps que se profile l’ouverture de liens officiels avec de nombreux pays arabes. Les Arabes participent à tous les secteurs de la vie israélienne à l’exception de plusieurs pans de l’industrie militaire qui ne leur sont pas accessibles parce qu’ils sont exemptés de service militaire, une condition exigée à tous les salariés de ce secteur sensible.

En France, des illuminés s’en donnent à cœur joie en voulant imposer le retrait de produits israéliens des rayons des supermarchés. Ces «actions commandos» se multiplient ces derniers temps sous prétexte qu’Israël cultive l’apartheid au sein des populations arabes. Ces mêmes bien-pensants n’ont jamais levé le petit doigt pour défendre la population syrienne soumise au bon vouloir du régime de Bachar Al-Assad.

Inutile de rappeler que la liberté est totale dans le pays. 13 députés arabes ont été élus à la Knesset en tant que tels et ont rejoint les quelques ministres arabes et druzes du gouvernement. Les médecins et pharmaciens bénéficient d’une règle de «discrimination positive» imposant un quota de 20% d’Arabes dans les universités, faisant que vous avez une chance sur cinq d’être opéré par un chirurgien arabe.

Il est courant de voir aux caisses des supermarchés des caissières voilées sans que cela n’attire de remarque des clients. Dans les universités, le voile n’est pas interdit car chaque citoyen est libre de pratiquer la religion qu’il désire. Aucun débat n’est venu polluer l’atmosphère dans les amphithéâtres comme en France car cela parait naturel.

Les Arabes israéliens jouissent pleinement de leurs droits et d’une qualité de vie supérieure à celle de leurs voisins, au point que les habitants des villes arabes israéliennes, Um al-Fahm, Taybé, Kfar Kassem, ou Sakhnin, refusent ouvertement d’être rattachés à un éventuel futur État palestinien en Cisjordanie. Les leaders arabes les plus nationalistes et les plus virulents veulent rester en Israël et bénéficier de la démocratie du pays.

Il y a quelque temps nous avions rencontré le major arabe de la marine, Elias Gaby Karam, qui avait mobilisé toute la hiérarchie militaire et le président de l’État pour obtenir le droit de faire son service militaire en tant qu’officier israélien. Il a réussi et aujourd’hui, il circule librement dans les bases maritimes les plus secrètes du pays.

Tous les jours, des exemples sont donnés pour prouver que les citoyens arabes disposent des droits, à l’exception certes du service militaire, dont ils sont exemptés pour ne pas les mettre en porte-à-faux avec leurs voisins arabes dont certains sont encore en guerre avec Israël.

Le dernier épisode révélateur date du 20 juin. Le président de l’État Réouven Rivlin a rencontré dans sa résidence 29 policières arabes qui ont choisi de s’engager dans cette voie malgré les préjugés. Cette réunion avait pour but d’encourager plus de femmes arabes à rejoindre les rangs de la police. Pour le président Rivlin : «Votre présence souligne non seulement l’avancement de l’égalité des sexes mais aussi les changements qui progressent dans le secteur arabe. Vos actions prouvent que les femmes arabes ont la capacité de s’intégrer dans le secteur public, d’abattre les barrières et de nous rapprocher tous les deux». En fait 728 policiers arabes sont déjà en fonction dont 74 femmes. Un résident d’Um al-Fahm, la ville arabe la plus anti-israélienne, sait qu’il renforce la loi en tant qu’agent de police à Rishon Le Zion.

Il n’est pas facile pour ces femmes en uniforme de supporter le regard critique de leurs compatriotes qui restent sur de vieux principes sur la femme arabe : «Un homme peut avoir n’importe quel travail qu’il veut et ne pas être jugé comme une femme Une femme dans le secteur arabe élève des enfants et toute la maison compte sur elle et donc c’est moins commun pour la femme de travailler». Il est encore difficile de s’opposer à la transformation de la société arabe dont les femmes s’estiment en droit de participer aux rouages de l’administration.

Alors tous ceux, qui en France et ailleurs dans le monde estiment que l’apartheid règne en Israël, devraient au préalable s’informer sur place pour découvrir la réalité de la situation des Arabes. Ils sont les seuls à pouvoir attester des droits réels dont ils disposent dans un pays encore en guerre avec de nombreux États arabes.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.