Pour la énième fois, après l’agression barbare d’un jeune couple à Créteil, le pouvoir en place a décidé de lancer une lutte implacable contre l’antisémitisme. Mêmes mots, presque les mêmes sur les photos, mais encore des paroles ou des actes concrets ?

Ce dimanche 7 décembre, le ministre de l’Intérieur a proclamé l’antisémitisme « cause nationale » une fois de plus.

Les leaders communautaires affichaient des mines de circonstances, se positionnaient près du ministre pour les photos et ont repris des discours de ras-le-bol de cette situation sans fin.

Comme en juillet dernier après les émeutes « antisionistes » de Sarcelles, la République ou la Roquette, on a entendu de beaux discours pour assurer les Français Juifs du soutien du gouvernement, de la lutte implacable, bla bla bla bla…

Comme en mars dernier, devant les 3 000 personnes au Trocadéro à l’appel du Crif avec un Valls alors ministre de l’Intérieur, un BHL survolté et les mêmes dirigeants communautaires qu’à Créteil.

Si on remonte dans le temps, en consultant les archives du CRIF ou de l’INA, on pourra retrouver ces discours, parfois à la virgule près, des dirigeants de Droite comme de Gauche à l’époque de Carpentras, d’Ilan Halimi, de Toulouse ou de Bruxelles.

Mais d’abord, quelle est la définition d’une cause nationale ?

La cause nationale est un sujet décidé chaque année en France par le Premier ministre et sur lequel une attention particulière sera portée tout au long de l’année.

Le titre de cause nationale a été créé en 1977 en vue de lutter contre le cancer.

Le choix de la cause nationale par le Premier ministre se fait après un dépôt de candidature, par des associations, quelques mois avant le choix définitif de la cause nationale.

La cause nationale est une immense opportunité pour les associations qui voient soudain leurs propre cause être au centre de débats très médiatisés.

L’attribution d’une cause nationale donne le droit à la diffusion de douze spots sur Radio France et soixante à la télévision.

En synthèse, l’antisémitisme dont on parle à chaque agression, c’est-à-dire presque chaque jour, se verra attribuer un label de communication ? Et ça va mettre fin ou du moins réduire cette infamie ? Je me sens rassuré…

Que l’on nomme clairement les antisémites !

Les pouvoirs publics ont commandé des dizaines de rapports sur l’antisémitisme et les moyens de lutter. Les associations juives ont organisé des dizaines de colloques et publié des Livres Blancs à de nombreuses reprises.

Soyons clairs, l’antisémitisme de Dreyfus ou d’avant-guerre a muté largement vers deux grands axes : le Front National et l’immigration arabo-maghrébine.

L’enquête du FONDAPOL de 2014 est claire : selon Dominique Reynié,
« c’est l’émergence et l’affirmation d’un nouvel antisémitisme qui s’apprécient parmi les musulmans vivant en France ».

Mais « cette enquête met fin à l’idée d’un parti [le Front National] qui s’est normalisé ». « Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente s’efforce de mettre en scène » (source Wikipedia).

Sous couvert de paix sociale et de visées électorales, la Gauche comme la Droite minimisent les actes mais pas les paroles pour acquérir des voix et gagner un siège aux prochaines élections. Qualifiés de sauvageons par les uns ou d’islamistes par les autres, cela ne calme en rien les agressions verbales et physiques quotidiennes contre les Juifs.

Beaucoup de bruit, peu de condamnations

Lorsque l’UEJF avait attaqué en justice Twitter pour le hashtag #UnBonJuif, les étudiants avaient cru triompher de l’antisémitisme sur Internet et le buzz avait amplifié cette victoire symbolique.

La réalité est différente, les messages antisémites continuent de prospérer impunément sur Twitter et Facebook. Quelques lampistes ont été condamnés pour la forme, mais les vidéos de Soral ou Dieudonné continuent à battre des records d’audience sur YouTube.

L’UEJF a même dégainé l’arme suprême, une plate-forme « Pousse Ton Cri » avec Google pour réduire à néant l’antisémitisme.

Cette jolie campagne de pub a rapporté de l’audience pour Google
« actif » dans la lutte implacable contre le fléau antisémite. Ce site permet d’enregistrer une vidéo de cri contre le racisme et donne les liens de signalement du Gouvernement (Internet Signalement), de Facebook et de Twitter. Comble de l’ironie, l’UEJF a organisé ce lancement aux cotés de Google, de la LICRA et … du MRAP, ardent défenseur de l’antisionisme.

Tant que les sanctions se limiteront à des condamnations légères et des coupures d’Internet, rien ne dissuadera Joe le Corbeau et autres émules de Soral, Dieudonné ou du Hamas de déverser la haine anti-juive, de Sarcelles à Créteil…

La prévention passe par l’éducation et la fermeté dans les principes de la République

Agresser un Juif est « normal », tout Juif est supposé être riche pour un antisémite. Peu importe que la Tsedaka fasse collecte chaque année pour des juifs qui font les poubelles ou vivent dans la rue, ils sont tous riches je vous le dis Mme Michu !

Et puis, puisqu’on interdit même des crèches de Noel au nom de la laïcité conquérante, pourquoi parler de la Shoah et pas des massacres de Gaza ? Pourquoi parler des religions à l’école ? Pourquoi permettre la mixité, la laïcité où chacun est libre de prier selon ses convictions ?

J’ai écrit dans ces colonnes mon désir fort de voir à la télévision à une heure de grande écoute « 24 jours ». Ilan Halimi est mort assassiné à cause de ces préjugés racistes, qui ont causé le drame barbare de Créteil quelques années après.

En 2002, le livre « Les Territoires Perdus de la République » parlait déjà de ce terrible constat. A-t-on progressé depuis ?

Qui parvient à faire comprendre à nos chères têtes brunes et blondes les vertus de la devise de la République Française dans laquelle nous vivons « Liberté Egalité Fraternité » ? Pour qu’ensuite un juif ne soit pas synonyme de riche et un musulman synonyme de racaille islamiste ?

Lutte ou fuite ? That is the question

Mes parents ont vécu la Shoah, j’ai vécu l’Intifada des banlieues et les émeutes de 2014. Que vivront mes enfants et petits-enfants ?

Vivront-ils en France, en Israël ou en Amérique du Nord ?

La France est-elle capable d’un sursaut républicain réel et pas uniquement de façade ?

Je suis sceptique, d’autant plus que la chasse aux voix du FN va pousser les uns et les autres à adopter des discours fermes, voire xénophobes, les digues ont déjà sauté.

L’alyah est la solution pour 8 500 juifs de France cette année, 10 000 l’année prochaine. A ce rythme, il restera encore des Juifs de France pendant de nombreuses années.

Alors cette cause nationale ? Un coup de pub encore ou une réelle volonté du pouvoir de réduire ce cancer de la République Française. J’y croirai si je vois une mise à disposition importante et rapide de moyens humains, financiers et législatifs. Mais là, je ne vois encore que des paroles… pas d’actes.