La France a vraisemblablement une relation assez ambivalente avec le peuple juif, remontant au moins de 1500 ans.

Pendant les 5 premiers siècles qui suivirent la clôture du canon biblique, plusieurs générations de théologiens se sont succédées, contribuant à codifier et à structurer le christianisme.

On les a appelé les “Pères de l’Église”. Ils ont également cherché à lutter contre l’hérésie. Malheureusement, beaucoup d’entre eux (comme Justin Martyr, Tertullien, Origène, Chrysostome et Augustin) ont choisi une approche très allégorique de la Bible.

Ils ont ainsi été amenés à interpréter des passages sur Israël et le peuple juif comme si ces textes décrivaient les chrétiens et non plus l’Israël ethnique.

Dans un sens, ils furent à l’origine de la théologie du remplacement avant qu’elle ne soit connue comme telle.

Saint-Hilaire de Poitiers (300-368) décrivit les Juifs comme « un peuple pervers que Dieu a maudit à jamais ».

Leurs principes théologiques erronés les ont amenés à enseigner que Dieu en avait fini avec Israël puisque le peuple juif avait apparemment rejeté et crucifié Yéchoua (Jésus). Le christianisme (ayant fusionné avec l’Etat, sous Constantin) a attiré de nombreuses personnes.

Mais sous cette forme, il s’agissait en fait d’un christianisme hybride, loin de ses racines “bibliques et judaïques”. Les masses incultes crurent à la théologie erronée des Pères de l’Eglise et furent souvent très désireuses de s’en prendre aux Juifs, qui devinrent alors les « boucs émissaires de l’humanité ».

De l’opposition idéologique et intellectuelle, on passa à la haine pure et aux stéréotypes en tous genres. Aux yeux du monde, les Juifs étaient devenus mauvais, maudits par Dieu et condamnés à demeurer un « peuple témoin » pour toute l’éternité.

Plus tard, une composante ethnique serait ajoutée à l’anti-judaïsme et allait l’aider à se transformer en antisémitisme. Être juif dans un monde chrétien alla de mal en pis…

Mais malheureusement pour le peuple juif, l’antisémitisme était encore en croissance et n’avait pas encore atteint son sommet. Le monde entrait dans le Moyen-Age, une époque sombre pour le peuple juif en général et pour les Juifs de France en particulier.

Une grande partie des relations entre juifs et chrétiens étaient fondées sur le Code Théodisian (312) et le Code Justinien (529-534). De nombreuses lois et restrictions ont préparé le terrain pour les siècles à venir en Europe.

Après une période relativement sans remous au début du Moyen-Age, les Juifs français ont commencé à avoir des problèmes, tels que des baptêmes et des conversions forcés.

L’un des pires cas de conversion forcée a eu lieu sous la direction du roi français Dagobert (629-639), qui a ordonné à tous les Juifs du Royaume Franc de se faire baptiser ou alors de quitter la France.

Pendant la dynastie carolingienne (issue de Charles Martel), les Juifs ont connu un certain répit. Pépin le Bref (714-768), Charlemagne (742-814) et Louis le Pieux (814-840) furent relativement favorables aux Juifs et au judaïsme. De nombreux monarques ont même choisi des médecins juifs.

Mais il y avait toujours un certain risque pour toute personne juive pratiquant la médecine. Quand un patient mourrait, le médecin juif était souvent accusé de sorcellerie et / ou d’empoisonnement, comme ce fut le cas sous Charles le Chauve (823-877) ou Hugues Capet (939-996).

Puis eu lieu la première Croisade de 1096, dirigée par le chevalier français Godefroy de Bouillon (1060-1100). Des chevaliers et paysans chrétiens unirent leurs forces sous la même bannière chrétienne, avec pour devise : « Dieu le souhaite ». Ils partirent de France et d’Allemagne, en direction de la Terre Sainte pour combattre les musulmans.

Au bout de quelques jours, les Croisés se rendirent compte qu’ils pouvaient démarrer les hostilités en luttant contre les « infidèles » de leur propre pays. Une nouvelle devise leur est née : « Tuez un Juif, sauvez votre âme« .

A Rouen, certains Croisés ont été cités en disant : “Nous voulons lutter contre les ennemis de Dieu en Orient; mais nous avons sous nos yeux les Juifs, une race plus hostile à Dieu que toutes les autres. Nous faisons tout cette croisade à l’envers”.

En 1099, les Croisés arrivèrent à Jérusalem, remplirent la synagogue avec environ 1 000 Juifs, y mirent le feu et défilèrent autour sur leurs chevaux en chantant des hymnes chrétiens. Sept croisades se succédèrent jusqu’à la dernière en 1270.

La Première Croisade avait ouvert de nombreuses voies vers l’Orient, et l’argent devint rapidement le produit de base pour les négociations. Dès lors, la communauté juive s’est profondément impliquée dans le prêt d’argent – une pratique interdite aux chrétiens par l’Eglise.

Les chrétiens furent autorisés à emprunter de l’argent uniquement aux Juifs, qui leur prêtèrent avec intérêts. Les rois de France et d’autres pays européens ont commencé à taxer les prêteurs juifs sur leur profit.

Les impôts ne cessèrent d’augmenter, de sorte que les prêteurs juifs n’avaient pas le choix et durent augmenter leurs taux d’intérêt. Le processus a duré pendant un certain temps et a donné naissance au mythe du « Juif cupide », toujours très prisé de nos jours dans les milieux antisémites modernes.

Comme le prêt d’argent était une pratique en pleine croissance, l’antisémitisme parmi les masses populaires devint de plus en plus prononcé. Les paysans pauvres, étant toujours dans le besoin d’argent et empruntant souvent aux prêteurs juifs, finirent par exécrer les juifs, ce qui déboucha presque toujours sur des abus physiques et des meurtres.

Puis vint la “diffamation de sang” ou “l’Assassinat Rituel”. Originaire de Norwich, en Angleterre, l’expression a rapidement traversé la Manche vers la France et l’Allemagne.

Une définition de la diffamation de sang est : le meurtre d’un enfant chrétien pendant la Semaine Sainte dans le but d’utiliser son sang dans la fabrication du pain sans levain.

Plus de 150 cas de diffamation de sang ont été enregistrés tout au long de l’histoire, entraînant la mort de nombreux Juifs (surtout au Moyen-Age). Mais bien des méfaits étaient encore à venir.

Le quatrième Concile de Latran, convoqué en 1215 par le pape Innocent III, a introduit une nouvelle mesure qui changerait le statut et la sécurité des Juifs pour plus de 700 ans.

Les Juifs d’Europe étaient désormais tenus de porter un badge sur leurs vêtements (et plus tard, un chapeau pointu connu sous le nom jundenhut) afin de faciliter leur identification sur les routes d’Europe.

Le badge connu comme « l’insigne de la honte » a été introduit en France et portrait le nom de “rouelle”, une sphère jaune cousue sur la poitrine et le dos de tous les vêtements portés par les Juifs. Cet insigne fut bien sûr repris par les nazis et changé en étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale.

C’est peu après que la première destruction de Talmud eu lieu. En 1240, un juif français converti au christianisme, Nicolas Donin, se rendit à Rome pour prouver au pape Grégoire IX que le Talmud était violemment anti-chrétien et qu’il était la principale raison pour laquelle les Juifs détestaient le christianisme.

Le pape fut convaincu de la véracité de la déclaration de Donin et ordonna la confiscation du Talmud. En 1242, à Paris, on mit le feu à vingt-quatre charrettes remplies de dix à douze mille volumes d’œuvres écrites.

(à suivre)