Alors que l’antisémitisme a toujours le même but (à savoir la diabolisation, l’exclusion et la destruction complète du peuple juif), il peut être trouvé dans divers domaines. On a en effet l’antisémitisme d’ordre historique, théologique, ethnique ou académique, pour nommer quelques variantes. Il peut également être trouvé dans la littérature à travers les siècles. Différents types d’écrits peuvent être considérés antisémites, des sermons aux pamphlets en passant par des volumes complets.

Des écrits tels que « Les Protocoles des Sages de Sion » publiés en 1905 par l’écrivain et mystique russe Sergei Nilus, probablement inspiré d’une pièce française antérieure, sont ouvertement antisémites. Les Protocoles dépeignent une conspiration juive globale enregistrée dans les procès-verbaux d’un groupe de dirigeants juifs influents.

Ils ont été démystifiés en tant que canular dès 1920, et pourtant, cela n’a pas empêché beaucoup de les propager, y compris Henri Ford, qui en a imprimé certaines parties dans son journal « The Dearborn Independent ».

Même s’ils ont été rejetés en tant que canular, ils continuent d’être publiés aujourd’hui et peuvent même être trouvés sur Amazon. Selon votre recherche, ils peuvent soit apparaître comme un canular, soit apparaître plus vaguement comme un travail «non soutenu» par Amazon, ce qui est une description très étrange.

Le livre est extrêmement antisémite et il ne vaut pas la peine de dépenser d’argent pour l’acheter ou de prendre le temps de le lire. Il n’y a rien de classique dans Les Protocoles, et il ne devrait plus être imprimé.

Considérons un autre morceau de littérature antisémite comme « Mein Kampf » d’Hitler. Le livre a été publié en deux volumes comme l’autobiographie d’Hitler écrite en prison entre 1925 et 1926. Aussi antisémite que virulente, Mein Kampf (Mon combat) fait dorénavant partie de l’histoire et peut être utilisé comme tel pour étudier la personne d’Hitler et cette période de l’Allemagne nazie avec plus de détails.

Je ne dirais pas que c’est une lecture recommandée, mais elle ne peut pas être ignorée. Ce livre contient de grandes portions antisémites et est devenu le guide pour «la solution finale à la question juive», mais il contient aussi un récit historique qui ne devrait pas être jeté à cause de son auteur diabolique. Alors que le seul objectif des Protocoles était de diaboliser le peuple juif, Mein Kampf est un peu plus large dans son thème.

Il n’y a rien de classique à propos de Mein Kampf, mais je crois qu’il devrait continuer d’être imprimé pour étudier cette partie de l’histoire. En raison de la réputation d’Hitler qui le précède, son travail autobiographique n’a pas vraiment un grand besoin d’une mise en garde de l’éditeur.

Vous avez aussi des œuvres littéraires d’auteurs célèbres comme Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), un romancier qui a introduit un nouveau style d’écriture dans la littérature française. Son approche utilisait un style plus simple qui s’apparentait à la façon de communiquer de la classe ouvrière, parfois même un peu vulgaire.

Il modernisa la littérature française et influença beaucoup d’auteurs, même au-delà de la France. Malheureusement, il a également publié trois essais très antisémites : Bagatelles pour un massacre (1937), L’École des cadavres (1938) et Les Beaux draps (1941).

Le géant français de l’édition Gallimard a envisagé de rééditer ces œuvres épuisées depuis plusieurs années. Ils reçoivent beaucoup de critiques, en particulier de la part de membres de la communauté juive tels que l’activiste de la Shoah, Serge Klarsfeld. Le consensus est que ces essais virulents ne devraient pas être réimprimés. Le langage de Céline dans Bagatelles pour un massacre peut offenser le lecteur car il est souvent très cru et extrêmement insultant :

« Une bonne standardisation littéraire internationale, bien avilissante, bien ahurissante, viendrait en ce moment fort à point, parachever l’œuvre d’insensibilisation, de nivellement artistique que les Juifs ont parfaitement accomplie déjà dans la peinture, la musique et le cinéma. Ainsi le cycle de la robotisation internationale des esprits serait chose parfaite.

Le serpent juif, comme dans les oracles, aurait enfin fait le tour de la terre et tout dilacéré, englué, perverti, charognisé sur son passage, à la sauce bien entendu démagogique, pacificatrice, édifiante-progressiste, affranchissante, franc-maçonne, soviétique et salutiste. Le Juif ne redoute en ce monde que l’authentique émotion, spontanée, rythmée, sur les éléments naturels. Le Juif se gare de l’authentique comme le serpent de la mangouste.

Le serpent sait bien que la mangouste ne rigole pas, qu’elle l’étrangle, à coup sûr… L’authentique, seule balance pour peser le Juif à son poids d’ordure et de supercherie. Piller, voler, pervertir, abrutir, polluer, saigner tout ce qu’il rencontre, pudeur, musique, rythme, valeur, c’est le don du Juif, son antique raison d’être.

Gallimard n’a pas encore décidé de publier une nouvelle édition des essais antisémites de Céline. Cela pourrait avoir quelque chose à voir avec la pression que l’entreprise a reçue de divers groupes en France, jusqu’à certains membres du gouvernement. La plupart des gens préfèrent voir les essais jamais réimprimés à cause de leur haine venimeuse contre les Juifs.

Dans la plupart des cas, j’aurais tendance à être d’accord, comme dans le cas des Protocoles. Dans ce cas, cependant, je crois que les essais de Céline DOIVENT ÊTRE RÉIMPRIMÉS. Ils font partie de son travail entier et bien que certaines personnes essaient de séparer l’homme de son travail, vous ne pouvez pas le faire !

Si ces oeuvres ne sont pas réimprimées, elles seront toujours disponibles sur internet et même en version imprimée auprès d’éditeurs plus obscurs (car j’ai pu acquérir très récemment Bagatelles pour un Massacre, même s’il est «épuisé»).

Ce que Gallimard doit faire cependant, c’est de réimprimer les œuvres avec une introduction ou préface complète à la nouvelle édition ou un commentaire sur le travail et pourquoi il est réimprimé. Sans aucun commentaire supplémentaire, la réimpression pourrait être considérée comme une approbation par beaucoup, et à juste titre.

La préface ou le commentaire permettra à l’œuvre d’être présentée dans son propre contexte et ne devra pas donner à M. Céline une grâce posthume pour ses écrits virulents, car il ne la mérite en aucun cas !