En mai 1968, la foule des étudiants criait dans les rues du Quartier latin : « Nous sommes tous des Juifs allemands ».Le principal meneur du mouvement, Dany Cohn-Bendit venait d’être expulsé de France pour trouble à l’ordre public.

Depuis l’ancien étudiant en sociologie a fait le chemin que l’on connait, mais ce n’est pas l’objet de ce post.

Dans sa chronique du 7 avril 2017 sur Europe 1, Cohn-Bendit a évoqué la mémoire d’Armand Gatti qui vient de disparaitre. Cet homme de théâtre avait réalisé un film «  L’Enclos », prix de la critique au festival de Cannes en 1961.

Ce drame raconte le pari sadique entre deux officiers dans un camp de concentration. Ils enferment deux prisonniers dans un enclos pendant une nuit : Karl,un résistant communiste allemand et David, un juif français. Les deux doivent se battre jusqu’à la mort, mais promettent les Nazis, celui qui survivra sera gracié.

Karl dispose de complices qui vont l’exfiltrer pour le remplacer par un cadavre mutilé.

Mais un juif est un juif. Au nom de la pureté de la race, David est exécuté.

Avec « Nuit et brouillard  » d’Alain Resnais, « L’Enclos » a profondément bouleversé Dany Cohn-Bendit.

Dans son billet matinal, il s’interrogeait : « Il y a eu les persécutés, les résistants, et ceux qui étaient des victimes, simplement parce qu’ils étaient juifs. Rien de plus, rien de moins. Comme à l’Hypercacher le 9 janvier 2015 ».

Et Cohn-Bendit d’ajouter : « Depuis, une angoisse existentielle me poursuit: pourquoi les juifs ? Ce sont des hommes en trop !
Et moi, athée et juif, que serais-je devenu si j’étais né en 1925 ou en 1935, et pas en 1945 ? »

Précisons qu’il est né le 4 avril de cette année-là à Montauban de parents qui avaient fui l’Allemagne nazie.

En écoutant Cohn-Bendit et à l’approche de Pessah, résonne en nous fortement cette injonction: « Rappelle-toi que tu as été étranger en Egypte! »