L’Association des Amis francophones de l’Université de Tel-Aviv a été lancée officiellement lors d’une conférence-débat sur le thème : «L’évolution de l’image d’Israël dans les médias : du sionisme au compassionisme», qui s’est tenue le jeudi 26 novembre dans l’auditorium Jaglom de l’Université de Tel-Aviv.

L’auditorium a fait salle comble à l’occasion de cette première rencontre d’une série de conférences-débat en français qui se dérouleront dans le cadre de la nouvelle association.

La conférence, animée par le Prof. Jérôme Bourdon, du Département de communication de l’UTA, également chercheur associé au Centre de sociologie de l’innovation à Paris, a été introduite par le Prof. Ruth Amossy du Département de culture française, coordinatrice du groupe de recherche ADARR.

Après une présentation de l’UTA comme première université de recherche en Israël et de sa place dans le monde, le Prof. Amossy a introduit Agnès Goldman, spécialiste internationale de relations publiques, qui vient de faire son alyah et préside l’association. Celle-ci a à son tour exposé les activités futures de la nouvelle organisation, qui comprendra entre autre une rencontre mensuelle avec un professeur de l’Université d’un département différent à chaque fois et des tours organisés du campus.

La conférence elle-même a retracé les grands traits de l’évolution de la couverture d’Israël dans les média français, avec des comparaisons internationales, de 1948 à 2008, illustrés par des extraits du documentaire: « Israël-Palestine, l’emprise des images ».

Son titre : « du sionisme au compassionnisme » marque le passage d’une période où le sionisme était une idéologie nationale favorablement « exportée » vers l’Europe à une culture où la compassion tient une place centrale et où l’on assiste à une sorte de « concurrence des victimes », dont les bénéficiaires, depuis le tournant de 1967, sont les Palestiniens.

Un test de Rorschach

Selon le Prof. Bourdon, le conflit Israël-Palestine est une sorte de test de Rorschach sur lequel chacun projette son bagage personnel, issu d’un héritage culturel lourd, nourri non seulement par l’actualité, mais aussi par les récits de voyage, les documentaires, la littérature populaire, les talk-shows et même la bande dessinée.

Il décompose l’histoire de l’évolution de la couverture médiatique d’Israël en deux périodes. Lors de la première (de 1948 à 1967), Israël tient l’avant-scène. Son image positive passe par celle du Sabra, le « nouveau juif », qui s’oppose au juif diasporique et symbolise la renaissance d’une nation. Le Prof. Bourdon relève les consonances à cette période entre les thèmes européens et israéliens : la colonisation (alors positive) et la fructification du désert, le renouveau technologique, le kibboutz, société idéale qui séduit la gauche.

Le témoignage de la Shoah, mis en exergue par le procès Eichmann, auquel assistèrent non moins de 150 correspondants étrangers, dont Anna Arendt et Frederic Pottecher, favorise l’empathie envers le récit de la renaissance d’une nation vu comme un miracle. La légitimité de l’histoire d’Israël est alors acceptée et validée.

Le tournant de 1967

Vient le tournant de 1967, moment-clé du point de vue du changement de l’image d’Israël, dont le symptôme est la conférence de presse du Général de Gaulle le 27 novembre 1967. La guerre des Six jours éveille l’éblouissement devant l’exploit militaire, mais marque également un changement de lexique : on voit apparaitre le couple antithétique occupation/résistance.

Les correspondants de presse, jusque là basés à Tel-Aviv, déménagent à Jérusalem et braquent leurs regards vers les Palestiniens, qui passent à l’avant-scène, reléguant le récit de la renaissance de la nation juive au second plan. Ceux-ci apparaissent sous trois images principales : le réfugié, la victime et le combattant. Arafat devient à partir de 1968 la principale icône de ce combat. Cependant, les attentats des Jeux Olympiques de Munich en 1972, au cours desquels onze athlètes israéliens sont assassinés, marquent également l’apparition du terme de terroriste associé aux Palestiniens.

Enfin, le Prof. Bourdon distingue entre l’image dans les média et l’opinion publique, mesurée par des enquêtes. Jusqu’en 1967, celle-ci est massivement pro-israélienne dans le monde.

Actuellement, d’après des sondages de l’année 2010-2011, environ 25% de la population en Europe est ouvertement pro-palestinienne, 70% pensant que les responsabilités du conflit sont à égalité entre les deux parties, ou ne se prononçant pas. Néanmoins, seulement 6% de la population européennes de ces sondages donne tort aux Palestiniens.

Aux Etats-Unis, la tendance s’inverse. 63% de la population pense qu’Israël à raison contre 15 à 25% qui donnent raison aux Palestiniens.

La conférence, fortement appréciée par le public, a été suivie d’un riche débat avec la salle.

La prochaine rencontre aura lieu le 28 décembre, avec le Prof. Israël Finkelstein, autour du thème : « Archéologie et histoire de Jérusalem à l’époque biblique ». Sont également prévues des conférences sur la Startup nation (en janvier), l’architecture Bauhaus, et même une visite du cinéaste Claude Lelouch.

Le Département de communication de l’Université de Tel-Aviv a été créé en 1995. Il regroupe 500 étudiants de licence, maitrise et doctorat et propose une filière de formation professionnelle pratique en collaboration avec l’Ecole de journalisme Koteret.

Le Prof. Jérôme Bourdon a été pendant dix ans chercheur à l’Institut national de l’Audiovisuel à Paris avant de faire son alyah et de rejoindre le Département de communication de l’Université de Tel-Aviv en 1996. Il est spécialiste de l’histoire de la télévision et a écrit plusieurs ouvrages dont Le récit impossible. Le conflit israélo-palestinien et les médias (De Boeck, 2009), Du service public à la télé-réalité, une histoire culturelle des télévisions européennes (INA, 2011), Television Audiences Across the World (Palgrave, 2014).