Cette année est un moment charnière dans les relations entre les juifs de France et Israël. Un véritable tournant. 6000 personnes partiront en 2014 de l’hexagone pour une aventure sans pareille, la réalisation d’un rêve, le retour à Sion. Et c’est une très bonne nouvelle.

Personnellement, en tant qu’éducateur spécialisé dans le monde adolescent, en sortant cette semaine de la réunion de l’association AMI, qui lance son programme pilote alyAdo pour une alya réussie des jeunes en Israël, je suis un peu inquiet. La tache qui nous attend est ardue. Parce que l’adolescence est en soi un passage difficile et la dimension alya est une perte de repères supplémentaire. Les parents aussi sont ébranlés et avec eux toute la structure familiale. Il faudra du temps pour se reconstruire des relations, se refaire des amis. Un réseau. Des points d’attache. Comprendre la nouvelle société, ses règles, ses lois.

Défi excitant sur le court terme et la meilleure décision de votre vie sur une perspective de 20 ans. Mais pas mal de hauts et de bas en chemin. Un ado c’est fragile. Oh, bien sûr, ça commence à avoir de la moustache et du poil sur le torse pour donner une consistance adulte aux muscles qui poussent aussi. Mais la nuit, ça gamberge. Et la solution la plus rapide pour ne plus gamberger, la rue et ses mille attraits, est souvent la plus mauvaise aussi. On y apprend un hébreu de mauvaise qualité. Et pas mal d’expédients dangereux pour effacer pour quelques heures ses soucis. Trainer n’est pas jouer.

Parents et associations, structures institutionnelles et privées, spécialistes et bénévoles, grands-parents, oncles, tantes et voisins, tout le monde doit être concerné et mobilisé pour faire reculer cette tentation trop facile. Et ça marche dans 99% des cas. Mais le vrai défi de l’Alya des adolescents, c’est la capacité à garder la fraicheur et la pertinence de leurs rêves.

Pour moi, l’échec le plus palpable de l’émigration, serait le bémol qu’un jeune mettrait à ses ambitions. Tu voulais être ingénieur en France? On va se battre, lever les obstacles, te pousser, te motiver, faire preuve d’une présence continue quand tu en auras besoin. Et tu vas batailler aussi. Mais tu réussiras. Oui, tu réussiras. Parce que ton échec serait également le mien et celle de toute la grandiose idée du retour.

Et tu sais quoi? La alya, ça veut dire monter. Pas descendre. Alors tu vas oublier la révision à la baisse de tes rêves et, au contraire, tu vas les revoir à la hausse. Tu voulais être ingénieur? Tu vas mettre le curseur sur PDG de start-up. Parce que si toi, le petit, en venant en Israel, tu poursuis l’ascension du pic de tes ambitions à travers tes réalisations, alors c’est le pays tout entier que tu vas tirer vers le haut.

Et c’est pour cela que tu viens ici. Pour écrire une magnifique page de plus de l’histoire d’Israël.