L’Algérie ne cherche pas la confrontation directe avec Israël depuis l’épisode de la guerre du Kippour à laquelle elle a participé aux côtés de l’Égypte et de la Syrie. Son échec a été retentissant alors qu’elle disposait déjà d’une armée puissante qui avait eu l’expérience du combat contre les Français. Boumediene avait alors autorisé le déploiement de la 8ème Brigade blindée dès le 12 octobre.

Au terme d’un long périple via la Tunisie puis la Libye, 3 000 hommes, 128 chars (des T-54 et T-55), 670 véhicules divers, 12 pièces d’artillerie et 16 pièces antiaériennes avaient atteint l’Égypte le 25 octobre 1973.

Ces troupes en renfort apportèrent donc un peu d’oxygène à une armée égyptienne épuisée et amoindrie afin d’empêcher que les Israéliens n’enfoncent le verrou de Suez avant de progresser en direction du Caire. L’armée algérienne avait alors constitué un élément important du dernier rempart de Sadate.

Israël ne néglige donc pas la puissance de l’armée algérienne qui avait fait preuve d’une impressionnante logistique en étant capable en 1973 d’amener sur le front, en quelques jours, une brigade qui avait freiné l’avance de Tsahal. Il considère aujourd’hui l’Algérie comme une menace potentielle non négligeable, malgré les distances qui séparent les deux pays. L’Algérie a fait sienne la question palestinienne et cela date des années 1970 parce qu’elle était le premier pays du continent africain, après le Kenya en 1963, à avoir conquis son indépendance les armes à la main.

Pendant les sept années de guerre, elle a eu peu d’amis et son amertume a transpiré en 1964 dans la charte d’Alger : «La guerre d’Algérie a démontré que la convergence entre mouvements révolutionnaires et entre peuples ayant un ennemi commun n’était pas automatique. Le développement du socialisme en Algérie est lié aux luttes des autres peuples dans le monde. Le recours à la lutte armée peut s’avérer décisif pour l’accession à la souveraineté nationale. Pour tout mouvement révolutionnaire, l’appui à cette lutte est sacré et ne saurait faire l’objet d’aucun marchandage».

D’où la décision des Algériens de donner asile et moyens de subsistance à tous les mouvements qui luttaient «pour l’indépendance de leur pays, contre le colonialisme, le racisme, l’impérialisme». Ils n’ont cessé, dans les années 1970/80, d’accueillir les exilés et militants venus de tous les continents, les Palestiniens en particulier. Malgré l’évolution de la politique au Moyen-Orient, il n’est pas question aujourd’hui pour l’Algérie de renoncer à sa doctrine et à ses profonds liens d’amitié avec le peuple palestinien avec qui elle partage sa culture anti-coloniale. Yasser Arafat a d’ailleurs rendu grâce au pays en y proclamant l’État de Palestine devant le conseil National palestinien en 1988.

Israël ne pouvait faire aucun effort de rapprochement face à un pays qui avait rejoint les pays anti-israéliens « de l’axe du mal » et qui n’a pas cautionné la recomposition politique en marche au Moyen-Orient.

L’Algérie a refusé de participer à la coalition saoudienne dans la guerre du Yémen et s’est opposée à la classification du Hezbollah comme organisation terroriste. Par ailleurs elle a maintenu des relations étroites avec l’Iran jusqu’à définir une politique pétrolière commune et conclure des projets pour éviter que l’Iran ne sombre économiquement. Des programmes communs de coopération ont été signés dans tous les domaines depuis la culture et l’enseignement jusqu’à la recherche scientifique. En fait ces deux pays s’estiment mis à l’écart par le monde occidental en l’accusant d’avoir tissé des alliances géopolitiques stratégiques autour d’eux.

Il a fallu attendre août 2014 pour assister au premier affrontement public entre l’Algérie et Israël. Le premier ministre Netanyahu avait critiqué l’Algérie de manière violente pour sa prise de position hostile au sujet de la guerre de Gaza : «Le soutien financier de l’Algérie à la bande de Gaza est une action de soutien à une organisation terroriste». Le porte-parole du gouvernement israélien, Mark Regev, avait alors dénoncé l’octroi d’une aide humanitaire de 25 millions de dollars à la Palestine et les déclarations faites par le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, qui avait déclaré que «viendra le jour où l’emblème palestinien flottera sur El Qods».

Israël garde un œil sur le renforcement de l’arsenal militaire algérien qui pourrait servir dans une coalition contre lui. Contrairement à la Tunisie qui maintient une armée à l’état d’embryon, l’armée algérienne a été modernisée avec l’acquisition de matériel sophistiqué. Classée sixième mondiale des pays importateurs d’armes conventionnelles, l’Algérie a consacré 13 milliards de dollars aux achats d’armement en 2015, en particulier des avions de combat.

Les forces navales verront bientôt accoster dans leurs ports d’attache trois corvettes lourdes furtives C28A, fabriquées en Chine, mais dotées de radars et d’électronique occidentaux. Les autorités allemandes ont approuvé un contrat d’armement entre un groupe de défense, Rheinmetall, et l’Algérie qui devrait permettre à l’entreprise allemande de produire des véhicules blindés sur place. Enfin, la Russie est le partenaire principal en tant que fournisseur d’armement militaire de pointe.

Les services de sécurité israéliens suivent de près l’évolution de l’Algérie qui fait preuve d’une véritable efficacité logistique. Le Mossad avait mis en garde le gouvernement, dès 2009, sur l’expansion dangereuse d’une force maritime algérienne capable de mettre en danger la sécurité intérieure d’Israël. La marine commerciale israélienne représente 70% de tout son commerce extérieur qui transite via le détroit de Gibraltar en longeant les côtes algériennes à une distance de 185 km.

En dépit de l’éloignement, Jérusalem a mis l’Algérie sur la liste de ses ennemis potentiels. Le duo néfaste Iran-Algérie pourrait conduire à des aventures incontrôlées et à des ingérences politiques dangereuses. Des soupçons d’espionnage se sont d’ailleurs portés sur le Mossad après que deux de ses agents, portant des documents d’identité diplomatiques, aient été arrêtés par la police allemande sur le chantier naval où sont construites deux frégates Meko A200 pour le compte des Forces navales algériennes. Ils cherchaient à s’informer sur la technologie avancée des canons et sur les munitions «intelligentes».

L’Algérie, qui prétend qu’Israël espionne les bases militaires algériennes via son satellite Éros B, est devenue un État redouté et même une cible en raison de son armée forte, de ses ressources minières et pétrolières et surtout d’une politique extérieure non alignée. Par ailleurs, Israël met en garde les Occidentaux sur sa diaspora française représentant un pouvoir de nuisance, sur un peuple antisioniste et sur une armée bien équipée.

Cet article a été publié sur le site Temps et Contretemps.