L’histoire débute il y a deux ans en Argentine. Elle a 18 ans, il en a 26. Ils vivent dans la communauté juive de Buenos Aires. Deux grandes familles, propriétaires d’affaires de commerce fructueuses et les deux jeunes travaillent chacun dans l’entreprise familiale.

Quelques jours après la cérémonie de la houpa, le mariage éclate. Le mari explique à sa jeune épouse, qu’il ne veut pas d’enfants d’elle, qu’il ne veut pas d’elle, amène sa mère dans l’appartement, acquis à parts égales par les deux familles et au bout de quelques semaines, la jeune-femme en pleurs et apeurée est renvoyée dans sa famille par sa belle-mère, qui annonce que l’appartement, les cadeaux, l’argent du mariage resteront en possession de son fils.

Le divorce civil est prononcé. La famille de la mariée s’adresse au Rabbinat d’Argentine pour obtenir le guet. Très rapidement, les autorités rabbiniques locales comprennent qu’ils sont face à une affaire grave d’igoun, de refus de donner le guet. Le mari soutenu par ses parents annonce avec un ton ostentatoire qu’il ne donnera jamais le guet.

Dans ces communautés, le racket au guet est courant. Selon le Rabbinat d’Argentine, plus de cent femmes n’ont pas le guet en Argentine et sont aguna depuis des années. Face à l’impossibilité d’obtenir le guet, elles se sont résignées à ce statut.

Le Rabbinat confie à la famille qu’il craigne pour le statut de la jeune-femme qui pourrait rester ”aguna” pendant de longues années.

La structure de la Communauté juive d’Argentine aggrave la complexité de l’affaire. En Argentine, contrairement à la France, il n’y a pas de Rabbinat central. Aux cotés de deux grands rabbins ashkénazes et sépharades, existent une multitude de tribunaux rabbiniques, certains très influents.

Une de ces autorités est un membre de la famille du mari. Pendant des mois, la communauté d’Argentine s’est divisée autour de cette histoire, qui a fait la une des médias juifs locaux et surtout des grands médias d’Argentine. Guerre d’influence, argent, honneur, pouvoir politique et une jeune-femme pris dans ce tourbillon.

Dans ces communautés, le racket au guet est courant. Selon le Rabbinat d’Argentine, plus de cent femmes n’ont pas le guet en Argentine et sont aguna depuis des années. Face à l’impossibilité d’obtenir le guet, elles se sont résignées à ce statut.

Il y a trois mois et demi, le mari arrive en Israël pour quelques jours. Le Beit Din d’Israël mis au courant par un des Beit Din d’Argentine, convoque le mari. L’époux de nouveau déclare qu’il refuse catégoriquement de donner le guet mais promet de le donner le guet en Argentine.

“Si vous ne réussissez pas en Israël, cette jeune femme restera aguna à vie”, prévient le Rabbinat d’Argentine. Une procédure juridique intensive, avec appels et contre appels devant le Haut Tribunal rabbinique de Jérusalem n’aboutit pas. La famille du mari est représentée par plusieurs grands cabinets d’avocats de Tel-Aviv qui promettent qu’ils obtiendront gain de cause et réussiront à convaincre le Beit Din de laisser l’époux quitter Israël sans donner le guet.

En tant que toénet rabbanite, avocate devant les Tribunaux rabbiniques, représentant la jeune-femme, nous avions un objectif, le guet seulement en Israël, sachant que l’alternative était une vie brisée à jamais pour une jeune-femme de 20 ans.

Il y a quelques semaines, la famille du mari change de nouveau d’avocat. Les nouveaux avocats comprennent que le Beit Din d’Israël ne prendra jamais le risque de laisser une femme de 20 ans aguna à vie, et conseille au mari de donner le guet.

Cette semaine, la remise du guet, a été une des cérémonies de guet les plus dramatiques à laquelle j’ai assisté. Jusqu’à la dernière minute, nous avons craint que le mari change d’avis et trouve un nouvel échappatoire.

En tant que toénet rabbanite, avocate devant les Tribunaux rabbiniques, représentant la jeune-femme, nous avions un objectif, le guet seulement en Israël, sachant que l’alternative était une vie brisée à jamais pour une jeune-femme de 20 ans.

Dans cette histoire, un coup de chapeau revient à plusieurs rabbins qui avec sang-froid, n’ont pas cédé face aux menaces et aux risques :  Le Grand rabbin sépharade d’Israël, le Rav Itshak Yossef qui a accepté notre demande de prendre le dossier en Israël, le Rav et Dayan Ben Yaacov chargé du dossier au Beit Din et le Rav Maimon, directeur du département des Agunot au Tribunal rabbinique, qui tout au long de la procédure a réussi à déjouer chaque nouvelle embûche.

Une histoire avec un message : Arrêtez d’exploiter la Halacha d’une manière éhontée, scandaleuse et amorale.