C’est la fin d’une époque.

J’ai cru voir que Binyamin Ben Eliezer se retirait de la course à la présidence d’Israël, et qu’en toute vraisemblance Reuven Rivilin devrait être élu ce mardi 10 Juin à la Knesset. Je ne m’engage pas même à la Knesset ils ne semblent pas sur de ce qui ce passe.

Je ne sais absolument pas qui sont ses gens, et puisque le pouvoir réside avec le premier ministre…Il reste que ça doit être un poste confortable pour un politicien en fin de carrière, ou un aspirant à une carrière plus longue, plus une pension à vie.

Mais la transition présidentielle cette fois ci représente plus que ça.

C’est la fin des titans du Processus de Paix. D’abord Rabin assassiné, puis Arafat dont les faits sont disputés. Puis c’est Ariel Sharon qui faisait volteface dans ses positions avant de sombrer dans le coma et de passer à trépas, et maintenant Simon Peres passe le flambeau.

Le Président Peres a encore quelques belles années devant lui, et son expérience peut en faire une voix forte dans le futur des relations entre Israël et le monde Arabe au sens large, d’autant qu’il n’est plus contraint par le siège présidentiel, il a la liberté de prendre des positions qui ne risquent plus de mettre en branle sa carrière politique.

La différence est dans le visage du conflit israélo-palestinien. Depuis l’assassinat de Rabin, les tentatives échouées de Barak et Arafat de s’entendre, et la deuxième intifada (qui d’un point de vue technique n’est pas terminée), la scène politique israélienne s’est peuplée de noms qui reviennent dans la presse, mais dont la signification est moins forte que la vieille garde des négociations susmentionnée. A l’exception, bien entendu, du premier ministre Benyamin Netanyahu, dont la montée spectaculaire de l’ombre d’Ariel Sharon, fait de lui l’unique constante du Processus de Paix. Même Tzipi Livni, qui essaye de prendre un rôle actif non-officiel en rencontrant Abbas « secrètement » en Angleterre, n’a pas encore la reconnaissance dont jouit Sharon internationalement.

Bien entendu il est difficile de rivaliser avec trois Prix Nobels de la Paix, et pour Mme. Livni, avec le fondateur même de Kadima, son ancien parti. Mais plus encore, ces visages nous sont familiers parce que le Processus de Paix, est figé dans une tentative de canaliser l’enthousiasme et les progrès politiques concrets de cette époque, non pas en prenant de nouveaux engagements reflétant la situation telle qu’elle existe aujourd’hui, mais en référent sans cesse à Oslo, à Camp David, aux photos de Rabin, Arafat, rendus minuscules par un gigantesque Bill Clinton alors au sommet de sa gloire.

Les adolescents et jeunes adultes d’aujourd’hui ont toujours en tête les images d’une époque qu’ils n’ont pas connu, dont les plus grands noms sont morts, et on en tête les grandes étapes iconisés de ce processus sans fin.

Le processus de paix se continu, ou non, sur le terrain, mais sa solution est idéalisée dans un Age d’or rendu d’autant plus inatteignable  que son Samson, Yitzak Rabin y est mort en martyr.

Depuis, la deuxième intifada a détourné l’attention de la paix vers la sécurité. La grille/mur/château de cartes qui entoure la Palestine, et les efforts accrus des services d’intelligence ont eu tellement de succès, que le processus de paix en a pris un coup, et de l’autre côté de la frontière, le leadrship palestinien tarde à se remettre de la perte monumentale de Yasser Arafat, dont l’aura militante, et l’autorité ne trouvent pas de vaisseau dans chez les leaders du Fatah et du Hamas. Le monde se réjouit de leur rapprochement mais est-ce que cela produira un leader avec l’intelligence, l’autorité et le charisme nécessaire pour présenter un message unifié (dans la mesure du possible) qui fasse concrètement avancer les choses autant à l’interne qu’a l’internationale?

Et maintenant, le dernier lien avec ce passé, se retire.

Même du côté des négociateurs américains, John Kerry et Hilary Clinton, n’ont pas le même poids que William Clinton, ou James Carter.

Le conflit Israélo-Palestinien plonge dans l’anonymat. Et ce surtout parce que aucune étape concrète n’a permis de définir de nouveaux champions, de donner une nouvelle direction aux négociations.

Avec le départ de cette avant garde, si des actions concrètes ne sont pas faites pour redonner vie au Processus de Paix, ce dernier continuera à s’embourber, a l’image des quinze dernières années ou un espèce de pingpong de rockets, contre-attaques, rivalités internes, de morts de civils palestiniens, et constructions de colonies, ne va mener qu’a une troisième intifada, ou techniquement une continuation de ce qui semble être une éternelle intifada d’une coté et une colonisation sans fin de l’autre, et dans l’anonymat il y’a l’oubli.

Ce conflit dure déjà depuis tellement longtemps que la statistique donne lieu au ras le bol, un ras le bol partisan, mais néanmoins, il faut de nouvelles voix, et de nouveaux visages au Processus de Paix.