Gilad Erdan, le ministre de la Sécurité intérieure, n’est pas le pire, tant s’en faut, parmi les membres de ce gouvernement. Au contraire, c’est même celui à qui je décernerais la note la plus élevée en termes d’intégrité.

Intégrité, certes, mais déficience profonde pour ce qui concerne sa capacité de jugement et de prise de décision : comment un ministre a-t-il pu se laisser enferrer dans une telle situation sans prévoir ce qui était, a priori, hautement prévisible?

A partir d’une volonté louable de remettre de l’ordre dans le haut état-major de la police, Erdan, probablement encouragé par Netanyahu (lui-même grand innovateur en matière de nominations, notamment diplomatiques), a décidé de frapper un grand coup en nommant le général de brigade de réserve Gal Hirsch au poste de commandant en chef de la police.

Ce que Erdan (et Netanyahu) auraient dû prévoir, c’est qu’en nommant un simple général de brigade, qui plus est une personnalité controversée démise de son commandement pour faute grave suite à la Seconde Guerre du Liban, il allait déclencher l’ire, voire la révolte, des 16 officiers généraux (nitsavim) qui sont les supérieurs en grade de son « poulain » au sein de l’état-major de la police. Ceux-ci n’ont pas tardé à manifester bruyamment, par leurs retraités interposés afin de ne pas enfreindre les lois, leur opposition farouche à la nomination de Hirsch.

Parallèlement, des informations publiées dans la presse nous dévoilent la face cachée du « candidat idéal » Gal Hirsch depuis sa reconversion dans la vie civile : affairiste, « marchand de canons » impliqué dans de sombres affaires internationales de vente d’armes et de « know how », procédurier qui vient d’intenter un procès à Teva lui réclamant 19 millions de shekels (4,5 millions d’euros) en commissions de courtage pour ce qui n’aurait été qu’une simple histoire de copinage …

Quelle que soit l’issue de cette crise, le statut de la police, déjà bien érodé aux yeux de l’opinion publique, n’en sortira pas renforcé. Netanyahu et ses proches n’ont pas encore intégré que la police, tout comme la justice, la diplomatie, etc. sont des outils essentiels mais fragiles de l’Etat démocratique et de l’Etat de droit et qu’il convient de les utiliser avec respect.

Mais c’est, hélas, une leçon qui a toutes les chances d’être ignorée dans les accès de l’ivresse du pouvoir.