צִיּוֹן בְּמִשְׁפָּט תִּפָּדֶה וְשָׁבֶיהָ בִּצְדָקָה

Le verdict rendu par la cour d’appel militaire dans l’affaire Elor Azaria est l’occasion de réfléchir sur un des sujets les plus importants pour l’avenir de l’Etat d’Israël : celui des normes juridiques auxquelles doivent obéir les soldats de Tsahal, et plus généralement de l’état actuel du système judiciaire israélien.

Les réactions de nombreux hommes politiques, qui ont appelé à gracier Azaria, et le sentiment général exprimé par de vastes secteurs du public, au lendemain du rejet de l’appel formé par le jeune soldat contre sa condamnation en première instance, montrent que la population israélienne a largement conscience qu’il existe un problème, ou pour dire les choses plus crûment, qu’il y a “quelque chose de pourri” dans le système judiciaire israélien.

Ce sentiment général, qui s’était exprimé lors des manifestations violentes après la première condamnation d’Elor Azaria (manifestations que les médias avaient utilisées pour tenter de dépeindre ceux qui le soutiennent comme des “extrémistes”), traduit l’écart grandissant entre les normes existantes, telles qu’elles sont appliquées par les tribunaux israéliens, et le grand public, écart qui est en soi problématique.

Dans une démocratie, en effet, la justice est censée exprimer la volonté générale (elle est “rendue au nom du peuple” selon l’expression française). Lorsque les décisions de justice ne sont même plus comprises par le peuple, c’est un des fondements de la démocratie qui est menacé. Or c’est bien de cela qu’il s’agit aujourd’hui ; nous avons affaire, dans le cas Azaria, à un verdict incompréhensible pour le commun des citoyens israéliens.

En effet, au-delà de la frange restreinte des représentants des “élites” judiciaire, médiatique ou académique, qui se sont félicités de cette “victoire de l’Etat de droit”, une grande partie – sinon la majorité – du peuple israélien a ressenti, de manière plus ou moins explicite, que ce jugement était une absurdité, voire une monstruosité, tant sur le plan moral que politique.

La condamnation d’Elor Azaria représente en effet un danger pour la sécurité d’Israël et pour la capacité de dissuasion de son armée, dont les soldats sont aujourd’hui menacés par l’épée de Damoclès de procès reposant sur les images tronquées et les accusations fallacieuses de B’tselem et des autres organisations d’extrême-gauche financées par les ennemis d’Israël.

Comme l’a expliqué le Professeur Israël Aumann, qui a obtenu le Prix Nobel pour ses travaux en matière de théorie des jeux, au lendemain de la condamnation d’Elor Azaria, celle-ci risque de mettre en danger la sécurité la sécurité nationale.

« Le point crucial de la théorie des Jeux, ce sont les incitations que vous générez par vos mouvements, et quand les juges prennent ce type de décisions, ils s’adressent aux soldats et aux civils de la nation, [mais] cela raconte aussi quelque chose à l’oreille de l’ennemi. Ce que vous dites au soldat c’est « Ne fonces pas droit dans les problèmes. Si tu te trouves à un endroit où il y a une attaque, tu ferais mieux de te mettre à courir. Pas à cause de l’attaque terroriste de l’ennemi, mais à cause [des juges] qui sont assis dans un tribunal ».

Aux yeux de nombreux Israéliens, Azaria a été la victime d’un procès-spectacle. Sa condamnation était courue d’avance, ayant été prononcée par l’ancien chef d’état-major Moshé “Boogy” Ayalon avant même le début du procès, et elle repose entièrement sur des arguments juridiques, qui n’ont pas pris en compte toutes les dimensions – politique, militaire et morale – de cette affaire pour Israël.

Or, lorsqu’elle applique exclusivement le droit, l’institution judiciaire, censée rechercher la justice, se transforme rapidement en “machine judiciaire” qui applique des normes abstraites, coupées des réalités concrètes dans lesquelles vivent les citoyens de l’Etat d’Israël, et prononce des verdicts de condamnation reposant sur des considérations apparemment fondées sur le strict plan du droit, mais absurdes du point de vue de la morale et du sens commun.

Comme dit l’adage latin, Summum jus, summa injuria : l’application stricte du droit est souvent synonyme d’injustice. Pour reprendre les catégories de la pensée hébraïque, il s’agit d’un jugement qui relève de la “justice de Sodome” et pas du Tsedek véritable. Il est significatif à cet égard que l’avis minoritaire, au sein du panel élargi qui a condamné Azaria, était favorable à une peine encore plus lourde… Il ne s’est donc pas trouvé un seul juge pour réclamer que le soldat soit innocenté, ce qui pose problème du point de vue du droit hébraïque, où une condamnation ne saurait être prononcée à l’unanimité.

Ce procès et cette condamnation illustrent ainsi un phénomène lourd de conséquences pour l’avenir d’Israël : à savoir, un écart grandissant entre les normes du droit israélien et le Tsedek, la justice authentique telle qu’elle s’exprime dans les textes de la Tradition et dans leur interprétation. Il suffisait d’écouter l’auteur du “Code éthique de Tsahal”, le professeur Asa Kasher, déplorer le soutien du public envers Elor Azaria et affirmer que la peine prononcée à son encontre était trop clémente (!), pour réaliser à quel point les normes en cours dans l’Etat d’Israël contemporain sont éloignées de la justice et de la morale juive authentiques, celles de la Torah et des Prophètes, développées par le droit juif au cours des siècles.

Dans mon livre La trahison des clercs d’Israël, je montre comment une poignée d’intellectuels juifs pacifistes, réunis au sein de Brith Shalom dans les années 1920, ont réussi à influer de manière décisive sur le débat politique et intellectuel, en imposant leurs conceptions radicales au sein de l’université hébraïque de Jérusalem, puis d’une large partie des élites israéliennes.

Ces intellectuels, qu’on pourrait qualifier de “post-sionistes” avant l’heure, ont notamment assis l’idée que la réussite du projet sioniste devait être mesurée exclusivement à l’aune de son attitude envers ses ennemis Arabes (qualifiés de “voisins” ou de “proches”, selon une terminologie fallacieuse qui évacue la notion même d’ennemi). En d’autres termes, ils ont fondé la conception devenue aujourd’hui dominante en Israël et en Occident, selon laquelle les droits de l’autre (l’ennemi) passeraient avant ceux du proche véritable (le concitoyen). Cette morale pseudo juive d’inspiration néo-kantienne et chrétienne est aujourd’hui tellement répandue en Israël qu’il paraît évident qu’un terroriste à terre ne doit pas être neutralisé et empêché de nuire définitivement, mais qu’il a le droit d’être soigné, détenu dans des conditions luxueuses et remis en liberté au bout de quelques années pour reprendre ses activités meurtrières…

A suivre.