En cette fin d’année 2015, lorsque la majorité un peu partout fête le Nouvel An, il y a une minorité qui se souvient, voire commémore, un événement ayant marqué, déjà, les relations tumultueuses entre la France et Israël. C’est l’affaire dite « des vedettes de Cherbourg ».

Noël 1969, la France ayant imposé, à la suite de la guerre des six jours, un embargo sur la vente d’armes à Israël, une importante quantité de matériel de guerre reste bloquèe sur place, et notamment plusieurs avions « mirage », à l’époque fer de lance de Tsahal, ainsi que des vedettes rapides, ancrées au port de Cherbourg. Bien qu’ayant payé pour tout ce materiel, Israël ne parvient pas à faire changer d’avis De Gaulle, ni son successeur depuis la mi-1969, Georges Pompidou.

Petite confidence personnelle: j’étais à cette époque en mission en France pour un journal israélien, et me trouvais en amitié avec l’amiral Mordehay (Moka) Limon, chef de la mission d’achat du ministère de la défense d’Israël. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’être au courant de toute une trame qui se préparait dans le plus grand secret, après m’être engagé à garder le secret, en dépit de ma vocation professionnelle. En fin de compte j’ai été récompensé puisque renseigné et averti en dû temps de ce qui se passait et allait se passer.

Avec le temps bien sûr cette affaire est devenue de notoriété publique.

Donc, tandis que les habitants de Cherbourg, comme tout le monde, étaient à table pour le repas de Noël, les équipes de 5 vedettes, amarrées à la vue de tout le monde, ont embarqué discrètement, et en route vers « l’inconnu ».

En réalité ce ne fut pas une véritable escapade puisque Paris était au courant d’une vente – factice- des vedettes à une compagnie maritime norvégienne, factice elle aussi. Il semble que certains milieux français préféraient tourner le dos afin d’ignorer la trame.

Ce n’est qu’au bout de quelques jours, lorsque les vedettes avaient traversé le détroit de Gibraltar, que la vérité fut connue. Immenses joie et fierté en Israël, où une réception triomphale attendait les vedettes au port de Haïfa. Grand scandale aussi à l’Elysée et à Matignon, ayant en guise de représailles déclaré l’Amiral Moka Limon Personna Non Grata et expulsé de France.

Moka Limon, grand héros de cette affaire, est décédé depuis, mais il reste inscrit dans les annales, après avoir marqué déjà des pages héroïques dans l’histoire d’Israël lorsqu’il avait servi comme chef de la navire naissante d’Israël.

Puisse ce rappel historique lui servir d’hommage.

Mais le dossier embargo n’était pas fermé pour autant, car les “Mirages“ commandés et payés par Israël restaient toujours bloqués en France. Là aussi je me suis trouvé mêlé à un débat avec la Présidence en la personne de Georges Pompidou, lequel n’enviait rien au Général par son hostilité envers Israël. Lors d’une conférence de presse à l’Elysée j’ai eu l’occasion de poser une question:

“Selon certaines informations Paris aurait l’intention de vendre à la Libye les “Mirages“ destinés au départ à Israël. Qu’en est-il“.

Pompidou: “Il ne passe pas un jour, une semaine, sans que cette question soit posée. Cela me rappelle l’homme qui insiste à demander un numéro en dépit de la réponse répétée: “Le numéro que vous demandez n’est pas attribué. Eh bien Monsieur le journaliste israélien, le numéro que vous demandez n’est pas attribué“.

Cette réponse présidentielle, quelque peu hargneuse, n’a pas manqué d’attirer les critiques de la presse, évoquant l’attitude provocante du Président.

D’ailleurs, les “Mirages“ ont effectivement été livrés à la Libye, et transférés par la suite à l’Egypte, puis tournés contre Israël lors de la guerre de Kippour.