Shimon Peres, qui vient de nous quitter à l’âge de 93 ans, a dédié toute sa vie au service d’Israël. Durant cette longue et remarquable carrière, la sécurité et le développement de l’Etat juif ont toujours été ses objectifs majeurs. Mais sa perception de l’ordre des priorités a nettement évolué au fil du temps : autant le jeune Peres passait pour un « faucon », autant le Peres de l’âge mûr était devenu un combattant pour la paix.

Cette évolution reflète une prise de conscience de l’impérieuse nécessité de la paix, et aussi une inquiétude croissante face aux phénomènes négatifs apparus au sein de la société israélienne, travaillée par les logiques perverses de l’occupation et de la répression – à telle enseigne que vers la fin de sa vie, selon le témoignage de l’ancien dirigeant travailliste Ouzi Baram (Haaretz, 28 septembre 2016), Peres en était venu à penser que « le gouvernement de la droite tourne le dos aux principes démocratiques d’Israël ».

Si Shimon Peres a passé la première partie de sa carrière dans le domaine de la défense nationale, c’est parce que David Ben Gourion lui avait très tôt confié des tâches de premier plan. Avant même la naissance de l’Etat, ce jeune homme de 24 ans, arrivé treize ans auparavant de sa Pologne natale, était responsable des achats d’armes pour la Hagana.

Quelques années plus tard, âgé de 30 ans à peine, il devint directeur général du ministère de la Défense. En 1959, à l’âge de 35 ans, il passa du statut de fonctionnaire à celui d’homme politique et entra au gouvernement comme ministre adjoint de la Défense. Il y resta jusqu’en 1965.

Durant cette longue période, Shimon Peres initia et géra des projets majeurs pour la sécurité du pays, notamment la diversification des contrats d’achat d’armements à l’étranger, la création des industries militaires et des industries aéronautiques, ainsi que le développement de la capacité nucléaire israélienne avec la centrale de Dimona.

Peres est ensuite ministre de la Défense dans le premier gouvernement d’Itzhak Rabin, entre 1974 et 1977. C’est dans ce cadre qu’en décembre 1975 il facilite la création de la première « implantation » israélienne en Cisjordanie, trente familles appartenant à la mouvance nationaliste religieuse s’installant dans une base militaire proche de la ville de Naplouse.

Ainsi naîtront les colonies d’Elon Moré et Kedoumim. Les colonies d’Ofra et Ariel bénéficieront, elles aussi, de l’aide de Shimon Pérès. Ce dernier dira par la suite son regret ; il avait sous-estimé, expliquera-t-il, la volonté des colons de faire de l’occupation des territoires un acte irréversible.

Il est vrai qu’à cette époque le phénomène de la «colonisation» israélienne en Cisjordanie est encore très marginal, et est souvent vu à travers le prisme du contrôle militaire qu’en l’absence d’un règlement politique global Israël veut exercer sur les territoires. La création d’implantations juives en Cisjordanie ne prendra réellement son essor qu’après la venue au pouvoir du Likoud, en 1977. La question de l’avenir politique de la Cisjordanie passera alors au premier plan des préoccupations des dirigeants travaillistes, y compris Shimon Peres.

C’est ainsi qu’en avril 1987, devenu ministre des affaires étrangères dans un gouvernement de coalition dont le Premier ministre est Itzhak Shamir (Likoud), Shimon Peres rencontre à Londres le roi Hussein de Jordanie avec qui il élabore un projet de conférence de paix. Si le processus était parvenu à son terme, la question palestinienne aurait pu trouver une solution dans un contexte jordano-palestinien. Mais Itzhak Shamir oppose son veto, et l’année suivante le roi Hussein déclare qu’il se désiste de toute responsabilité quant à l’avenir de la Cisjordanie. Le seul partenaire potentiel est donc désormais l’OLP de Yasser Arafat.

Après la victoire du Parti travailliste aux législatives de mai 1992, Shimon Peres revient au ministère des Affaires étrangères dans un gouvernement dirigé par Itzhak Rabin. Son ministre adjoint, Yossi Beilin, lance alors les négociations israélo-palestiniennes qui aboutiront aux accords d’Oslo de 1993. Nous sommes loin des passe-droits accordés jadis aux adeptes des implantations. D’ailleurs, ces derniers ne s’y trompent pas et, pour eux, Shimon Peres devient – comme Itzhak Rabin – un ennemi qu’il faut combattre sans relâche.

Peres déclarera par la suite que, s’il devait résumer en une formule sa biographie politique, il la présenterait ainsi : « De Dimona à Oslo ». En d’autres termes : la capacité nucléaire que l’on suppose à Israël a eu un effet dissuasif sur ceux qui espèrent détruire l’Etat juif, et a rendu possibles des accords de paix conformes aux intérêts fondamentaux d’Israël.

La puissance militaire n’est donc pas un objectif en soi mais un moyen d’assurer un avenir meilleur à tous les peuples de la région – à commencer, bien sûr, par le peuple israélien. Et, en retour, la conclusion de traités de bon voisinage avec les peuples de la région renforce la sécurité, car une paix fondée sur la seule dissuasion serait à terme illusoire.

On mesure le chemin accompli depuis les premiers engagements sécuritaires du jeune Peres. Au fil des années, avec le renforcement du projet sioniste par la défense nationale et le développement économique, Shimon Peres a compris que les conditions sont remplies pour une action plus ambitieuse encore : une intégration de l’État juif dans son environnement, par la conclusion d’accords de paix avec les pays voisins et la recherche d’une solution au conflit israélo-palestinien.

Récipiendaire en 1994, avec Itzhak Rabin et Yasser Arafat, du Prix Nobel de la Paix, Shimon Peres consacre ensuite une part croissante de son temps – à travers, notamment, le Centre Peres pour la Paix – au développement du dialogue et la coopération entre les peuples.

Son engagement pour la paix et pour le développement de la région, où il rêve de bâtir « un nouveau Proche-Orient », contribue à lui donner une stature d’homme d’Etat international respecté par tous. Élu en 2007 président de l’État d’Israël, il se gagne l’affection de toute la population, de droite comme de gauche, et l’écoute de sa jeunesse pour laquelle il est un vieux sage très moderne par sa connaissance des nouvelles technologies et sa présence sur les réseaux sociaux.

Le 5 mai 2014, alors qu’il achève son septennat à la présidence de l’État, Shimon Peres donne au quotidien “The Times of Israel” une longue interview où il expose sa conception du monde : «Il y a deux manières de parler de paix. Il y a l’approche négative : qu’adviendra-t-il en l’absence de paix ? Et il y a l’approche positive : que se passera-t-il s’il y a la paix ? Personnellement, je suis porté à soutenir l’approche positive : ce que la paix apportera aux Arabes, aux Juifs et au Proche-Orient. (…) Je crois que par la bonne volonté et la générosité – mais tout en demeurant fort – on peut parvenir à la paix, et que par de mauvaises politiques on peut l’éloigner. Et, afin d’atteindre à la paix, le premier camp qu’il faut convaincre est son propre camp.»

Son éternel optimisme, sa volonté de se battre pour mettre fin au conflit israélo-palestinien et trouver un accord de paix entre Israël et le monde arabe, vont nous manquer en cette période difficile faite d’instabilité et de menaces.

Nous nous associons au deuil qui frappe aujourd’hui la famille de Shimon Peres, et tout le peuple d’Israël. Et, en ce nouvel an juif, nous leur souhaitons, ainsi qu’à nos amis en France et dans le monde, que selon la formule juive traditionnelle « disparaisse cette année avec ses malédictions, et vienne l’année nouvelle avec ses bénédictions ».

À commencer par la bénédiction suprême pour tous les peuples : celle de la paix.

Rappel agenda :

Lundi 17 octobre, nous vous invitons à participer au cercle Bernard Lazare à une soirée de soutien à « La Marche de l’Espoir » organisée en Israël du 4 au 19 octobre par le mouvement israélien « Women Wage Peace » (Les Femmes pour la Paix), en présence :
– du rabbin Delphine Horvilleur,
– de la journaliste Annette Levy-Willard,
– de la comédienne et traductrice Laurence Sendrowicz,
– de l’écrivain Brigitte Stora
– et de l’avocate Schéhérazade Zerouala, membre de l’Amitié Judéo-musulmane de France.

* 10 rue St Claude Paris 75003 (métro St Sébastien Froissart).
Entrée gratuite pour les adhérents à jour de leur cotisation, PAF de 5 pour les autres
** Voir leur site : http://womenwagepeace.org.il/en/

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http://fr.jcall.eu/adhesion