Quelle mouche a piqué la Tunisie depuis la chute de Ben Ali ? Les Tunisiens ont l’air de reporter les ressentiments de leurs échecs du Printemps arabe sur Israël, pour ne pas dire sur les Juifs qui ont quitté le pays.

Sous le régime de Bourguiba, la Tunisie se classait parmi les pays arabes « modérés » tandis que Ben Ali avait suivi la même voie en restant à l’écart du conflit au Moyen-Orient préférant soutenir les Palestiniens, par obligation, du bout des lèvres. La notion de modération n’a plus cours dans un pays qui donne l’impression de ne pas avoir trouvé sa voie politique.

En fait, les islamistes ont noyauté le gouvernement et le Parlement, et dirigent réellement le pays en faisant croire que Nidaa Tounès détient les clefs du pouvoir. Ils sont volontairement restés à l’écart pour ne pas effrayer l’Occident et bien sûr les investisseurs qui, malgré cela, tardent à venir en raison de l’instabilité du pays.

Sans l’intervention courageuse de quelques députés, de nombreuses décisions anti-israéliennes auraient été prises dans la foulée du lendemain d’une révolution ratée. La Tunisie aurait pu être le meneur d’un Printemps arabe qui avait vocation à s’exprimer au sein de plusieurs pays arabes.

Mais le radicalisme a repris le dessus avec une première ébauche de la Constitution de juillet 2013 qui prévoyait un article pour criminaliser les rapports avec « l’entité sioniste ».

Pourquoi la Tunisie veut-elle être plus royaliste que le roi et plus palestinienne que les Palestiniens, plus islamiste que les djihadistes ? En fait le parti au pouvoir, Nidaa Tounès, a perdu sa majorité parlementaire laissant le champ libre au parti islamiste Ennahda qui, lui, règne en maître dans le pays.

Le président Caïd Essebsi, trop âgé, veut éviter les vagues pour durer le plus longtemps, accroché à son fauteuil tandis qu’une guerre fratricide sévit au sein de son parti Nidaa Tounès qui se voulait progressiste.

La première force politique de Tunisie voit son pouvoir rabioté au profit des islamistes. Le parti n’a pu imposer ni sa ligne politique ni son programme électoral parce qu’il est tiraillé entre ceux qui veulent l’islamiser à outrance et ceux qui veulent le rendre plus progressiste.

En voulant singer les islamistes, ils ont poussé leurs militants dans les bras d’Ennahda. Les petites fourmis du parti islamiste sont habituées à travailler en silence, tissant tranquillement la toile qui enferme progressivement le pays vers l’intégrisme.

Alors, la Tunisie modérée d’hier adopte ouvertement les thèses islamistes en choisissant le clan du Hezbollah et de ses alliés en Syrie. Alors que Bourguiba était favorable à un dialogue avec Israël, le syndicat tunisien UGTT (Union générale tunisienne du travail), qui avait obtenu le prix Nobel de la paix en 2015 a appelé à soutenir le président syrien dans sa « guerre contre le terrorisme ».

Une délégation de 21 dirigeants syndicaux, menée par le secrétaire général Bouali M’Barki, a rencontré le président Bachar Al Assad. C’est ainsi qu’un syndicat d’ouvrier s’éloigne de sa vocation en s’enfonçant à fond dans la politique étrangère.

Le paradoxe veut que les Tunisiens aient déjà payé leur politique désastreuse à l’égard de leurs jeunes, considérés comme des dissidents, les conduisant à quitter le pays et à rejoindre Daesh en Irak et en Syrie. Avec 3.000 engagés, les Tunisiens représentent le plus fort contingent étranger de l’État islamique.

L’UGTT sort de son rôle social en prenant position contre l’intervention étrangère en Syrie expliquant doctement que « la guerre civile syrienne est un conflit interne qui ne peut être résolu que par des moyens politiques ». Ce syndicat abuse de son prix Nobel de la paix en repoussant les limites de la honte avec cette délégation qui a rencontré Bachar al Assad.

Le Parlement tunisien a fait écho à cette visite, le 20 juillet, en se prononçant sur une motion visant à rétablir les liens de la Tunisie avec la Syrie en réaffirmant « l’appartenance culturelle et civilisationnelle de la Tunisie à la nation arabe et musulmane ».

Il s’agit en fait de forcer la main du président atone Béji Caïd Essebsi pour qu’il rétablisse les liens diplomatiques avec la Syrie, rompus en 2012.

Le secrétaire général adjoint de l’UGTT, Bouali Mbarki, a trouvé l’alibi pour justifier son voyage et la reprise des relations : « Il est impératif de redémarrer les rapports diplomatiques avec l’État syrien car les groupes terroristes sont maintenant coincés et tôt ou tard, ils reviendront d’où ils étaient partis.

Selon les informations fournies par les Syriens, 3.000 Tunisiens vivraient actuellement en Syrie, ils ont tous des passeports tunisiens qui ont expiré. Ils ne peuvent donc pas sortir de Syrie ! »

Par ailleurs, la Tunisie a une attitude paradoxale avec ses Juifs exilés avec qui elle cherche à rétablir des liens distandus. Au lieu de les amadouer, elle les braque puisque les Juifs tunisiens continuent à la bouder.

Ils n’étaient pas en nombre au pèlerinage de la Ghriba de Djerba parce que leur sentiment pro-israélien prime sur tout autre sentiment national. Ils peuvent difficilement admettre ce virage vers un islamisme pur et dur qui voue aux gémonies l’Etat d’Israël. Alors la Tunisie n’a pas l’air de s’inquiéter d’être toujours boudée par les touristes occidentaux par crainte des attentats.

Mais ce n’est pas en s’alignant sur les thèses d’Assad, allié du Hezbollah et de l’Iran, que la confiance reviendra. L’UGTT a choisi le suicide économique par opportunisme islamique.

Les dirigeants tunisiens sont pourtant conscients que le régime syrien et son protecteur russe ne luttent pas contre Daesh mais plutôt contre les lambeaux d’une opposition défaite. Assad s’est appuyé sur les islamistes pour éliminer ses opposants.

La journaliste tunisienne Synda Tajine a exprimé son diagnostic en anticipant le retour au-devant de la scène du chef des islamistes, Rached Ghannouchi, : « Le président d’Ennahda se devait aujourd’hui, plus que jamais, de sortir sous un nouveau jour, de se démarquer de l’image du « gourou islamiste », à l’apparence austère et dépouillée et de faire peau neuve.

Celui dont l’image est associée, dans l’imaginaire collectif, à la face sombre du parti, celui qui tire les ficelles et celui qui est, naturellement, responsable, des années noires que la Tunisie a vécues ». On ne peut être plus réaliste.

La Tunisie a choisi de s’écarter de la voie occidentale quitte à aggraver son économie, déjà en lambeaux. Au lieu de chercher à résoudre les problèmes économiques, les Tunisiens préfèrent s’activer dans la politique politicienne sans se rendre compte que le Fonds monétaire international (FMI) a livré un avis nuancé sur les performances de l’économie tunisienne, estimant notamment que des « défis subsistent » et appelant à davantage d’efforts contre la corruption.

La croissance en 2017 atteindra à peine 2,3 % alors que le tourisme n’arrive pas à décoller. Si l’UGTT voulait plomber la reprise économique, elle ne s’en serait pas prise autrement. L’idéologie islamique est devenue le moteur de la Tunisie.

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