Depuis l’Impressionnisme né la seconde moitié du XIXè siècle, une rupture avec l’art classique s’opère et une représentation nouvelle émerge pour ouvrir sur l’école dite de l’Art Moderne.

Chez Monet, on s’attache à la lumière, des impressions fugitives et évanescentes, Klimt est plus enclin au symbolisme d’une thématique romantique qu’il orne d’une dimension onirique.

C’est en 1911 qu’un changement de style plus radical a lieu avec Vassily Kandinsky, considéré comme le précurseur de l’art abstrait, et qui écrira dans son ouvrage « Du spirituel dans l’art » que « la dissonance picturale et musicale d’aujourd’hui n’est rien d’autre que la consonance de « demain » ».

Kandinsky aspire dans ses œuvres à couper ses images de la source d’influence visuelle et à se concentrer sur l’expression de valeurs artistiques telles que la texture, la composition et à placer l’émotion au premier plan. S’affranchissant des modèles de la réalité, qu’ils soient réels ou imaginaires, ces artistes ont cherché l’expression d’un langage artistique de formes et de couleurs, figurant ainsi une vérité cachée derrière les évidences, donnant place à une dimension spirituelle. 

Composition abstraite, Zahava Lupo

 Composition abstraite, Zahava Lupo

L’artiste israélienne Zahava Lupu a réussi à légitimer son travail dans l’évocation de sa réalité dans l’abstrait et, à la façon de Kandinsky, c’est la musique qui rythme ses pinceaux. Dès l’âge de cinq ans et demi elle commence l’apprentissage du piano, qui la conduira à étudier au Conservatoire de Tel Aviv.

Ce n’est qu’après la naissance de son troisième enfant qu’elle en vient à la peinture en suivant une formation à l’Avni Institute of Art and Design. Le conservateur et directeur du musée de Herzliya l’invitera quelques années plus tard à exposer au musée, et ce n’est qu’à cet instant qu’elle envisagera plus sérieusement une carrière dans l’art.

Zahava partage ses expériences, et la musique l’influence dans sa recherche de l’esthétique, entre passion et mélodie, harmonie et discorde, ligne et tache de couleur. Au travers de la composition de ses oeuvres picturales se profile la rigueur d’une partition.

Dans son travail sur grand format se superposent des couches de peinture à l’huile, des collages de papiers de riz, des notes manuscrites, des morceaux de magazines, des coups de crayon et de craie, autant d’éléments qui font voyager le spectateur dans les cheminements de la vie de l’artiste. Car chez elle, les routes se confondent entre vie et création, dans une interprétation de l’abstrait où toute vie est pure création.

Toucher l'interdit, Zahava Lupo

Toucher l’interdit, Zahava Lupo

Pour Zahava, la création nait de la réalité, dans une limite indéfinissable, la vie et la création se frôlent pour mieux s’entre-mêler, et lorsqu’elle rentre dans son atelier pour ordonner sa pensée sur la toile c’est qu’il est arrivé l’heure de franchir les dernières étapes de la création.

Elle se raconte comme un livre ouvert aux détours de chaque peinture, chaque touche de couleur, de coup de couteau, de superposition, de collage, sont ses douleurs, ses désirs, ses peurs, ses protestations, ses pardons, son instinct et un pêle-mêle de connaissances. Le résultat est un reflet précis de qui elle est et de ce qu’elle éprouve. 

Dans une élégance maîtrisée, le masque du silence tombe et les tempêtes-passions de son âme son mises à nue. « Créer, c’est accepter de partir dans un voyage dont le début est connu mais dont personne ne connaît la fin ». 

Son approche reconnaissable d’un dynamisme clair, aux expressions émotionnelles contrôlées, d’une logique méticuleuse, s’équilibre d’une spontanéité délicate. Son travail à la peinture à l’huile est composé de nombreuses couches jusqu’à ce qu’il y ait une impression presque tridimensionnelle et, d’autre part, une sensation de translucidité comme avec des aquarelles.

La peinture à l’huile demande beaucoup de maîtrise et de patience, comme pour un champ sur un sol rocheux que l’on labourerait, jusqu’au moment où la couleur devient comme matière dans la main du potier. Alors seulement, après des heures et même des jours, commence le vrai travail, le plaisir et la virtuosité de l’artiste. Lors de l’exécution d’œuvres musicales, l’empreinte digitale est dans le ton, dans le toucher.

C’est le toucher qui provoque un travail abstrait sur la toile, sur le papier. La même main qui a une force agressive et rapide est aussi la même main qui caresse sans toucher.

Impromptu, Zahava Lupo

 Impromptu, Zahava Lupo

Les oeuvres de Zahava Lupo sont aujourd’hui exposées dans d’importants musées et collections en Israël et à l’étranger.

Crédit : Zahava Lupo

 Crédit : Zahava Lupo