Il faut en convenir : soixante-dix, soixante-quinze ans après la catastrophe nazie et son empreinte sur une Europe fière de son passé, sûre de ses valeurs spirituelles et culturelles, intellectuelles, la mémoire et la volonté destructrice de la deuxième guerre mondiale ne cesse de vampiriser les esprits.

Une Europe dominatrice dont les pavillons transnationaux ont été plantés sous toutes les latitudes rumine, par parcellisations étatiques et tribales, au gré de culpabilités d’intérêts particuliers.

Autant le dire de manière impavide : Auschwitz est mort. Auschwitz et tous les camps d’extermination nazis doivent être préservés en tant que bâtiments de mémoire, lieux d’atrocités indicibles. Une fois que l’on a dit cela et qu’on l’a redit, répété et que cela roule dans tous les esprits de manière (trop) redondante, il faut en faire le constat indispensable : il n’y a plus aucune âme vivante dans ces camps décharnés. Les dybbukim/דיבוקים (esprits fantômatiques qui migrent d’âme en âme en quête de paix) ont fait place à un silence qui, lui, a les tonalités muettes, sourdes, du siècle nouveau et de la tentation oublieuse.

Il n’y a pas qu’Auschwitz. Il y a Birkenau et tant d’autres noms aux sonorités alémaniques qui marquent d’un sceau apparemment indélébile une terre, des régions entières, des peuples mêlés et divers, des esprits aux cultures enchevêtrées qui crient maintenant à l’originalité centrifuge et souvent exclusive.

Rien n’est plus commode que d’accuser linguistiquement une personne, des nations, des mémoires. C’est le principe du « shibolet/שבלת » hébraïque où du particularisme singulier d’un lieu, d’une région dont les sons résonnent de manière « autre » et étrange, étrangère. Y aurait-il beaucoup de choses neuves depuis que les habitants de Gilaad interrogeaient les Ephraïmites sur leur identité puisqu’ils ne prononçaient pas le mot selon le « shin » phonématique d’alors (Livre des Juges, ch. 12, 5-6) ? Durant la guerre, on vérifiait ainsi les identités peu sûres en faisant parlr les Viennois, les Danois et les Flamands…

La guerre est ouverte, en Europe, sur l’identité linguistique, nationale, l’altérité confessionnelle. Chacun y va de son droit, de la protection de ses biens, de ses héritages mentaux… sinon même de ses fantasmes. Du coup, les camps d’extermination ne sauraient être qu‘allemands. Au bout de soixante-dix ans, le nazisme vivace s’est muté en des haines et des opacités. Ces idéologies masquent d’autres pulsions d’anéantissement envers des ennemis qui ne changent pas.

Rien n’y fera : Auschwitz ne perdra pas sa force sémantique indestructible qui, sur les sangs de millions d’âmes et de corps arrachés à la vitalité humaine, scellerait comme au fer diabolique la langue allemande et son rayonnement. Elle conserve aussi, de manière indélébile, la richesse et la fécondité de sa pensée et de ses oeuvres.

L’Eglise orthodoxe de Jérusalem – comme toutes celles qui se trouvent dans le monde entier – entre ce dimanche soir dans le temps de « Grand Jeûne ». Un temps de quarante jours suivis de la Semaine sainte. Il commence par une demande de pardon et trouve son point d’attache à la joie de la résurrection. Il est indéniable que la structure de l’office de « Pardon » est calqué sur celui du Jour du Grand Pardon ou Yom HaKippurim/יום הכיפורים du judaïsme.

Dans l’usage mosaïque, il est certain que ce jour correspond à une prise de conscience vive. Il s’agit d’une invitation à considérer avec acuité les raisons et la meurtrissure des péchés et des transgressions commis. Il y va de la certitude que chacun peut approcher son prochain et demander pardon. Chacun peut recevoir un pardon authentique en retour. Ceci est particulièrement délicat quand il s’agit d’individus qui, ensuite, se présentent ensemble pour recevoir le pardon divin.

Le 24 février 1948 mourait, à Paris, l’abbé Franz Stock. A 43 ans, épuisé par les terribles années de la guerre où il fut l’aumônier de la Mission catholique allemande dans la capitale française. Ses funérailles eurent lieu le 28 février 1948 à l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas située au coeur du Quartier latin, non loin de la Sorbonne et du Panthéon. La cérémonie fut présidée par Mgr Angelo Roncalli, nonce apostolique qui devînt le Pape Jean XXIII.

Or, ce dimanche 18 février 2018, une messe fut célébrée à la Mission catholique allemande à la mémoire de l’abbé Franz Stock. Elle le fut en raison de sa qualité de recteur de cette mission, mais surtout pour commémorer l’itinéraire surhumain de cet homme d’exception. Il peut aider nos contemporains issus de la tragédie nazie à susciter et réanimer un esprit de dialogue, de réconciliation et de véritable respect de chacun, voire d’appréhender les ennemis avec le regard d’une compassion réelle.

Le prêtre allemand, aumônier des prisons, de Fresnes et du Mont Valérien où il accompagna aux lieux de leur exécution plus de trois milles condamnés à mort par les militaires allemands – souvent sous dénonciation de nationaux français ou affiliés. Puis il devînt le recteur du « Séminaire des Barbelés/Stacheldrahtseminar » conçu pour que, parmi les nombreux prisonniers de guerre allemands internés en France, il soit possible de former une nouvelle génération de prêtres pour une Allemagne alors démembrée.

Le 28 février 1948, Mgr Angelo Roncalli déclara devant sa dépouille : « Franz Stock mérite l’admiration glorieuse qu’on lui porte. Il est dit de lui avec raison que, sans aucune réserve et porté par l’esprit de sacrifice, il s’est totalement donné à Dieu et aux hommes. » Il ajouta :

Le prêtre Franz Stock, ce n’est pas seulement un nom, c’est un programme ».

Comment comprendre ce que fut la vie de l’abbé Franz Stock dont le ministère sacerdotal fut étrange, paradoxal, du moins en apparence ? A la Mission, ses paroissiens étaient ses frères allemands, composés de membres de l’ambassade et de fidèles souvent acquis aux idées nazies. Et, comme en miroir, il y avait de nombreux exilés, des fugitifs qui avaient été contraints de quitter l’Allemagne pour des raisons politiques, morales, religieuses. Les camps se peuplaient de juifs et aussi de chrétiens résistants ou de communistes.

A tous ils réservaient un accueil plein d’humanité et de totale discrétion. On mesure la loi du silence qui est une règle d’or dans le monde de la foi. D’autant que la plupart de ces réfugiés à Paris appréhendaient le prêtre de manière soupçonneuse : il était obligé, par son ministère, d’être en contact avec des êtres et des institutions antagonistes.

L’abbé Franz Stock est né le 21 septembre 1904 en Westphalie, à Neheim. Il vit le jour dans une famille d’ouvriers ; neuf frères et soeurs éduqués dans le respect de tous, une vie imprégnée de christianisme généreux. Son père était taciturne et effacé tandis que sa mère dirigeait la maisonnée. Comme souvent à cette époque antérieure à la première guerre mondiale, il exprima son désir d’être prêtre dès l’âge de douze ans. Il obtînt son baccalauréat en 1926.

Il s’inscrivit la même année à l’académie théologique de Paderborn où il sera ordonné prêtre le 12 mars 1932. Son parcours est pourtant particulier : après son baccalauréat (Abitur), il participe au sixième Congrès démocratique international pour la Paix à Bierville dans l’Essonne.

Ceci fut une année charnière, décisive pour le jeune homme épris de paix et d’un idéal charismatique fort. Le Congrès le mit en contact avec l’un des principaux acteurs du christianisme libéral français, Marc Sangnier. Journaliste et polytechnicien, il fonda la revue Le Sillon. Sa personnalité mérite d’être rappelée alors que la France actuelle discute, cherche, palabre sur son identité religieuse à la mode laïcité dans des débats qui l’isole au sein de la Communauté Européenne.

Marc Sangnier se disait « chrétien de gauche », ce qui le singularisa lors de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en1905. Il fut autant décrié par Charles Péguy que par Charles Maurras. Décoré lors de la Première Guerre mondiale, il créa des journaux et devînt homme politique. C’est lui, qui, influencé par le mouvement lancé en Allemagne, ouvrit les « auberges de jeunesse » en France.

Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut arrêté par la Gestapo et incarcéré à Fresnes où il retrouva l’abbé Franz Stock.

Dans les années trente, leur rencontre souligne la voie pacifiste qui marqua le chemin du jeune ecclésiastique allemand. D’emblée, il privilégiait le dialogue la reconnaissance mutuelle. Il apprit le français qu’il maniait à la perfection. Il fut ainsi le premier allemand autorisé, depuis le Moyen-Âge, à s’inscrire comme étudiant à l’Université catholique de Paris

On sait moins que le Père Stock fit aussi un séjour en Pologne et qu’il tînt à apprendre un peu de polonais.

Sa vocation s’inscrivait dans un mouvement de paix international et d’un christianisme moderne. Son chemin le conduisit, jusqu’à l’héroïsme, à être un passeur de paix alors que l’Europe s’enlisait dans l’irrationalité, la confusion des sentiments et des haines insensées.

Ceci se concrétisa, dès 1930, par son adhésion aux Compagnons de Saint François dont les « routes pacifiques » permettaient de participer à des marches longues et conviviales, marquées par une spiritualité franciscaine attentive à la vraie fraternité et au respect de la nature, de l’environnement, dira-t-on aujourd’hui.

En 1934, il devînt recteur de la Mission catholique allemande à Paris où il resta jusqu’en août 1939 quand les autorités allemandes l’obligèrent à retourner en Allemagne. Pourtant, il revînt à Paris un an plus tard, inaugurant son ministère de visiteurs des prisons de la capitale (Fresnes, La Santé, Le Cherche-Midi).

De retour en France en octobre 1940, l’abbé Franz Stock découvrit un Paris où le drapeau à croix gammée flottait sur l’arc de triomphe. La Mission catholique allemande avait changé de visage : les fidèles « ordinaires » étaient alors remplacés par des militaires de tous rangs, des gestapistes et toute une faune indéterminée. A compter du 10 juin 1941, il est chargé d’accompagner les condamnés à mort et de les assister jusques dans leur supplice.

Il se donna totalement à cette tâche qui le laissait dans une solitude effroyable. Durant ces années qui s’achèveront en août 1944, il consigna dans son journal, écrit dans sa chambre de la Rue Lhomond dans le cinquième arrondissement de Paris, les actes de son service auprès de ceux qui s’apprêtaient à mourir. Des hommes et des femmes de toutes conditions et origines, des croyants, des chrétiens, des communistes, des athées, des résistants juifs ou apatrides, arméniens et autres.

Comment l’abbé Stock devînt-il aumônier en titre des prisons ? Les autorités allemandes d’occupation avaient arrêté de nombreux compatriotes opposants au nazisme. Ils s’étaient réfugiés en France et furent incarcérés au Cherche-Midi. En prison, ils demandèrent à ce que le prêtre leur rende visite en sa qualité d’aumônier allemand.

Par ailleurs, parmi les prisonniers capturés par les Allemands, il y avait aussi des Français qui avaient été en contact avec l’abbé Stock. L’ambassadeur du Reich, Otto Abetz, qui l’avait connu lors des réunions pacifistes d’avant-guerre et le prêtre Hofer, aumônier général des troupes allemandes l’incitèrent à visiter les prisons de manière régulière.

Le Père Hofer, Autrichien, était resté aumônier militaire allemand après l’Anschluss. Eduqué dans un collège français, il fut envoyé à Paris après un séjour au Vatican. Il aida à de nombreuses reprises le Père Stock avant d’être envoyé à Dantzig par représailles.

Le Général de Cossé-Brissac a raconté comment, le jour de son anniversaire, le 5 juin, l’abbé était venu le voir en prison. C’était la fête de Saint Boniface, moine irlandais et apôtre de la Germanie. Le général lui dit : « Je me suis surpris aujourd’hui à prier pour votre pays, mais je note qu’il a été converti par un Anglais. » Le prêtre de répondre : « … aux yeux de Dieu, il n’y a ni Anglais, ni Allemands, ni Français. Il n’y a que des chrétiens – ou tout simplement des hommes… et moi qui vous parle je ne suis qu’un prêtre de l’évêque de Paris. »

L’abbé Stock put aussi compter sur l’aide efficace de sa soeur, Franziska, qui résida à Paris pendant la plus grande partie de la guerre. Elle servait surtout de contact avec les femmes prisonnières. Elle lui permettait aussi de distribuer du chocolat aux condamnés, y compris à ceux qui étaient désignés comme « les trois croix » et étaient tenus au secret.

A la Mission allemande, le prêtre organisait des messes mais aussi des conférences, des visites de Paris avec des soldats, des officiers, des hommes et des femmes qui se confiaient à lui et exprimaient leurs frayeurs. Le temps passant, l’armée du Reich perdait de nombreux militaires. Les familles étaient défaites, les nouvelles étaient rares ou inquiétantes.

C’est le lot de tous les bords idéologiques qui ne peuvent s’extraire de sentiments « normaux ». Cela lui permit surtout de scruter ceux sur qui il pouvait compter pour soutenir ou ne pas s’opposer à ses actions de contact.

On reste alors stupéfait par les réseaux tissés dans ces couloirs de l’enfer. Outre les SS et la milice, il y avait, dans tous les camps, des êtres capables d’agir pour sauver des prisonniers ou d’avertir quand certains dangers se précisaient.

L’abbé Stock a assisté des centaines de condamnés lors de leur exécution au Mont Valérien. Il y a ceux qui furent tués dans les prisons, à la va-vite. Il était soudain appelé à l’aube. Une situation que l’on mesure difficilement en Europe occidentale au bout de soixante-dix années de paix réelle ou relative.

L’abbé Stock fut un témoin et, en ce sens, un « martyr » par son témoignage d’un enfer, celui des geôles nazies dans une capitale française alors traversée par toutes les ambiguïtés. On le vit souvent pleurer pendant les messes qu’il célébraient. Le 19 août 1944, il assista à la dernière exécution : un gamin français de 18 ans et un commerçant allemand.

En septembre 1944, Franz Stock devînt prisonnier volontaire, interné à Cherbourg dans un camp sous l’autorité américaine. Après la capitulation, le 25 août 1944, le prêtre considèra qu’il doit porter assistance spirituelle aux prisonniers allemands. A Cherbourg, il y avait aussi des soldats de toutes les nationalités européennes qui avaient été happés par la folie du Reich. Des Alsaciens, des Flamands, des Néerlandais ou des Slaves anti-communistes…

Le Père Stock se souvînt de l’abbé Rodhain qui s’était occupé des prisonniers de guerre en Allemagne. Il fut, assisté par Mgr Georges Rochcau, le fondateur du Secours Catholique qui prit le relais de l’assistance aux prisonniers et internés de guerre.

Franz Stock arriva à Paris, eut des contact chaleureux avec les autorités catholiques et le 12 novembre 1944, il inaugurait, à Chartres la tente-chapelle, en présence de nombreux internés. Il pouvait lancer le « Séminaire des Barbelés » que Mgr Roncalli, alors nonce apostolique, visita plusieurs fois.

L’abbé Franz Stock apprit peu à peu les horreurs perpétrées par les nazis et les troupes allemandes à travers l’Europe. Muré dans le silence de son ministère il n’avait pu mesurer les horreurs d’un conflit mondial qui avait tétanisé l’Europe. Il découvrait – comme nous continuons d’en prendre conscience petit-à-petit et de manières contrastées – le caractère bestial et meurtrier qui enferra les nations dans un aveuglement guerrier et assassin.

On ne peut douter que ceci l’a profondément affecté. Le Séminaire des Barbelés/Stacheldrahtseminar [curieusement « S.S. » en allemand]  était situé dans le camp 501 au Coudray ou « église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres, à Chartres. Ce séminaire a eu pour vocation de former, au sein des prisonniers allemands, une génération capable de porter le message évangélique avec droiture et véracité. Une tâche dont il est difficile de mesurer le coût, au plan intellectuel, humain, théologique-même. Car la bête immonde du Troisième Reich a dû céder la place à une véritable « Entnazifierung/dénazification ».

Ce ne fut pas évident. L’Allemagne avait aussi ses héros de la résistance. Il y eut ceux qui, jamais plus, ne retourneraient en terre germanique. En Autriche, mais aussi en République démocratique allemande, la dénazification n’avait pas eu lieu. Kurt Lewyn, le fils du Grand-Rabbin de Lvov-Lemberg, sauvé pendant la Shoah par le Métropolite André Sheptytskyi, en fit le récit lorsqu’il expliqua les interventions hors-normes en faveur des Juifs et des autres habitants de l’Ukraine aux moines ukrainiens qu’il rencontra à Innsbrück en 1945.

Le 18 octobre 1945, l’abbé Franz Stock inaugurait l’année de formation théologique au séminaire des Barbelés par une conférence sur « La renaissance catholique dans la littérature française : Péguy, Verlaine, Huysmans, Claudel. »

Mgr Roncalli, nonce apostolique, rendit visite au Séminaire des Barbelés à Noël 1946, soulignant que « le Séminaire de Chartres fait honneur aussi bien à la France qu´à l´Allemagne, et qu´il est bien apte à devenir un symbole de l´entente et de la réconciliation ».

Le séminaire fut dissout deux ans plus tard, le 5 juin 1947. Il avait acquis une réputation internationale plutôt méconnue dans la Beauce. Le prêtre pouvait écrire : « 949 étudiants en théologie avaient pu reprendre leurs études interrompues par la guerre, certes en captivité, mais dans un contexte qui leur permit de retrouver leur équilibre personnel ».

Epuisé, l’abbé Franz Stock mourut à l’hôpital Cochin le 24 février 1948. Il fut porté en terre au cimetière de Thiais… seule une dizaine de personnes s’étaient déplacées. Les « Amis de Franz Stock » (association fondée pour sa mémoire et son oeuvre) soulignent l’aspect pitoyable de cet ensevelissement trop discret et solitaire.

Soixante-dix ans ont passé. Il ne fut pas le seul à être accompagné en terre dans une telle solitude, un tel abandon. A New-York, Raphaël Lemkin mourut à 59 ans, le 28 août 1959. Il fut accompagné par quelques rares amis à sa dernière demeure. Il avait passé sa vie à définir la notion de « génocide » et de « crimes contre l’humanité », participant de manière significative au procès de Nuremberg.

Otto Abetz, ambassadeur du Reich à Paris cita un jour le livre de Romain Rolland « Jean-Christophe à Paris » à Franz Stock : « L’Allemagne et la France sont les deux ailes de l’Occident : qui paralyse l’une porte atteinte au vol de l’autre ».

L’ambassadeur avait su aider l’aumônier de l’enfer carcéral. Leur génération avait profondément été marquée par la personnalité de Gandhi et la découverte d’un Orient « non-violent ». Il inspira aussi Romain Rolland, Stefan Zweig et tant d’autres. En cette année centenaire de la Grande Guerre d’Août 14, la chimère « namasté » s’est planétarisée dans de nouvelles confusions et des conflits persistants qui prolongent la Seconde Guerre mondiale de manière brutale.

Au soir de ce « Dimanche de Pardon » selon la tradition de l’Eglise orthodoxe de Jérusalem et de toutes celles qui entrent dans le temps de pénitence, de retour à Dieu, de générosité et de recherche spirituelle, je crois utile de publier ce texte dans un journal en ligne israélien et en français. Je le fais aussi en tant que membre du « Franz-Stock-Komitee für Deutschland » basé en Allemagne (« Les Amis de Franz Stock » en France).

Trop de dangers menacent les sociétés européennes. Il y a les réfugiés, les migrants, les personnes échouées dans des camps pour avoir vogué contre la mort sur la Méditerranée. Il y a la guerre vécue par plusieurs générations d’Israéliens, d’Arabes. Il y a l’émiettement du Croissant Fertile, l’antisémitisme et les peurs générées par le Djihad. Il y a ces frontières et pourtant…!

Le pardon reste le feu ardent de la conscience humaine. Il touche à l’immatériel. Il est au-delà de toute appréhension et nul ne peut en saisir les contours. Il est au coeur de la vocation juive. Il est perceptible dans les Sacrements du christianisme. Il faut alors des « passe-murailles » pour frayer, au prix de leur vie, la voie d’une réconciliation authentique.

En ce qui concerne la France, le Président Emmanuel Macron évoqua la personnalité de l’abbé Franz Stock le 4 janvier 2018 en recevant les représentants des Cultes :

« Et cette année 1948, ce fut aussi celle de la mort du père Franz STOCK qui fit tant pour le rapprochement entre Français et Allemands, comme celle de l’élection du patriarche de Constantinople, Athénagoras, initiateur d’un processus de réconciliation entre catholiques et orthodoxes.

Tous les échos de 2018 seront ceux de la réconciliation et ils nous conduiront à éclairer le travail qui sera le nôtre, indispensable durant l’année qui vient. »

En juillet 1962, Mgr Roncalli, Nonce Apostolique en France et futur Pape Jean XXIII déclara devant un groupe international de pèlerins : « …le prêtre Franz Stock – Nous le disions le jour de son inhumation lors de l’absoute après la messe de Requiem – ce n’est pas seulement un nom, c’est un programme. Aujourd’hui, après 14 années, nous voudrions répéter ces mêmes mots. »

Il est temps, en faisant mémoire de l’abbé de l’enfer, que nous comprenions l’urgence de son programme.