Il y a deux semaines, je travaillais dans ma clinique à l’hôpital Hadassah, prenant soin de Juifs, d’Arabes, Erythréens, et de toute personne qui nécessitait mon aide.

Bien que j’étais débordé (comme d’habitude) par une très longue liste de patients, bien que je n’ai presque pas le temps de me rendre aux toilettes, ni jamais le temps de déjeuner, j’étais professionnellement et personnellement satisfait car je changeais en bien la vie des gens.

Puis il y a eu la grève. Pendant deux semaines, on a reproché aux médecins d’être la cause de l’extrême mauvaise gestion de l’Organisation médicale Hadassah. Le fait que nous soyons des fournisseurs de soins de santé et que nous n’ayons absolument rien à voir avec la gestion de l’hôpital ne semblait pas importer.

Accusons-nous les pilotes et le personnel de cabine d’être la cause du coût du voyage aérien ? Avons-nous diabolisé le personnel des guichets de banque pour l’effondrement des institutions financières lors de la récente crise financière ? Accusons-nous les vaches d’être la cause du haut coût des produits laitiers ?

La ministre de la Santé, Yael German, a été cité hier, affirmant que « les services privés médicaux à Hadassah ne couvrent que 14 % des revenus de l’hôpital, par contre 85 % ou plus » va aux médecins. C’est faux.

Au mieux, elle dissémine, sans le savoir, des fausses informations. Au pire, cela reflète une tentative délibérée de faire avancer le programme du gouvernement, qui veut contrôler le système hospitalier, et démonter notre institution pour de bon.

Hadassah est unique. C’est un endroit où les patients peuvent recevoir des consultations spécialisées et des traitements du plus haut niveau dans toutes les branches de la médecine. C’est un endroit qui met l’accent sur la recherche pointue, une infrastructure de qualité, et une éducation médicale de qualité.

Des centaines de médecins travaillent pour Hadassah. Plus d’un million de personnes y sont traitées annuellement dans plus de 120 cliniques et plus de 70 départements et unités spécialisées. Ce n’est pas une tâche facile, surtout lorsque beaucoup de ces patients viennent nous trouver avec des problèmes que personne d’autre ne peut résoudre.

La plupart de ces patients sont traités dans le cadre du système public largement submergé, et c’est pourquoi il faut attendre des mois avant d’obtenir un rendez-vous.

Mais il y a une autre option, appelée Sharap. Le but du service Sharap (le service privé) est de permettre aux patients intéressés de choisir eux-mêmes leur médecin traitant. Le médecin choisi est un membre du personnel supérieur de Hadassah, un spécialiste de sa branche et joue un rôle très important dans la formation d’autres médecins. Dans le cas d’une opération chirurgicale, le médecin choisi opérera lui-même le patient plutôt qu’une délégation d’internes en formation.

En tant que médecin à Hadassah, je gagne un salaire de base comme tout autre médecin israélien. La plupart de mon temps je le passe à prendre soin de mes patients dans le système public, mais je peux également recevoir des patients « Sharap » l’après-midi.

Lorsqu’un patient paye 1 200 shekels (250 euros) pour une consultation Sharap, je peux faire durer l’entretien, car je contrôle l’emploi du temps. J’assume une responsabilité personnelle de les guider à travers les procédures chirurgicales avant, pendant et après l’opération.

Pourquoi tant de patients paient pour le service Sharap ? Car, en premier lieu, beaucoup sont remboursés par leur assurance médicale. En second lieu, il est plus facile et rapide d’obtenir un rendez-vous dans le système privé.

Mais que devient cet argent ? Ça dépend à qui vous demandez. Environ 29 % vont directement à Hadassah. 15 % sont censés aller à des fonds pour le médecin afin de couvrir des frais liés à la médecine comme des conférences (Je dis « censés » car l’argent de ces fonds a disparu, après avoir été saisi par l’administration pour gérer la crise financière).

Des 56 % restants, 50 à 60 % vont au gouvernement sous forme de taxes, et le médecin, en fin de compte reçoit à peu près 24 % du montant original. J’insiste que je ne suis pas comptable, et je suis sûr que ces données peuvent être manipulées pour soutenir plusieurs versions, mais de mon point de vue du bout de la chaîne alimentaire, c’est ce que j’observe.

Que se passe-t-il si vous avez besoin d’être opéré ?

Une fois de plus, Haddassah reçoit environ 29 %. Le médecin en reçoit approximativement 24 %. Mais en plus de ça, l’hôpital reçoit un paiement de l’assurance médicale pour l’utilisation de son infrastructure. Ce revenu irait normalement à un hôpital privé ou une autre institution ailleurs dans le pays.

Je suis médecin. Pas un homme d’affaires. Je m’y connais très peu en finances, et encore moins en relations publiques. C’est peut-être pourquoi les médecins ont du mal à expliquer leur situation et à se défendre contre l’accusation selon laquelle l’argent est leur seule préoccupation.

Le public ne semble avoir aucun problème avec le fait que d’autres professions gagnent de l’argent. En effet, la culture de la poursuite après l’argent est vivement encouragée et est un phénomène répandu.

C’est normal que le jeune de 20 ans qui travaille pour une boîte de technologie gagne un million de dollars lorsque la compagnie est rendue publique, mais c’est un crime quand un docteur essaye de gagner sa vie après avoir investi 10 à 15 ans de sa vie à se préparer pour une carrière de service ?

Les médecins travaillent nuit et jour, au détriment de leur santé et de leur vie privée, et méritent chaque centime qu’ils gagnent.

En fin de compte, Sharap est un service incroyablement précieux. Il est bon pour l’hôpital, bon pour le patient, bon pour les médecins à Hadassah qui devraient autrement trouver du travail ailleurs afin de gagner un salaire qu’ils méritent. Le processus de réhabilitation qui nous attend à Hadassah sera long et difficile, mais il serait impossible sans les avantages de Sharap.

L’auteur est un chirurgien d’expérience à l’hôpital Hadassah qui préfère rester anonyme.