Le scénario n’avait pas été prévu ainsi après l’élection d’Emmanuel Macron qui, cela étant dit, démontre qu’il est bon stratège. Les observateurs pensaient qu’il prendrait le temps pour préparer le rassemblement politique, toutes étiquettes politiques confondues.

Mais il a voulu battre le fer tant qu’il était chaud pour ne pas permettre à la droite de se réorganiser en formation de combat. Il a surtout compris qu’on avait volé la victoire à Alain Juppé après un vote pour le moins étonnant aux primaires puisque le grand favori pendant un an a été éliminé.

Les problèmes judiciaires de François Fillon avaient donné une chance de repêchage pour permettre à Alain Juppé d’être le candidat du plan B. Mais c’était compter sans les caciques des Républicains guidés par Nicolas Sarkozy dont la rancune était tenace face à celui qui l’avait défié en posant sa candidature aux primaires. La sanction du chef suprême était tombée : Juppé ne sera pas président même si les Républicains devaient en pâtir. Exit Juppé le sauveur.

L’élection d’Emmanuel Macron a permis à Alain Juppé de revenir discrètement sur le devant de la scène politique en réel ordonnateur d’un élan d’élus LR vers Macron. Tous ceux qui l’avaient appuyé à la primaire et qui en sont sortis aigris face à l’incompréhension du suicide de la droite républicaine, ne l’ont jamais abandonné.

Ils ont fait corps autour de lui, son porte-parole Edouard Philippe en particulier, pour l’aider à surmonter sa colère et sa déception. Il leur avait enjoint de rejoindre, même sans conviction, François Fillon candidat du parti. Mais ils ont vite déchanté lorsqu’ils ont analysé que son maintien était suicidaire.

Alors, discrètement, ils ont quitté le comité de soutien Fillon pour prendre leur distance, en pleine campagne électorale jugée biaisée. Ils ont attendu des jours meilleurs qui se sont présentés plus tôt que prévu.

Macron a immédiatement sollicité en secret celui avec qui il partage la même idéologie centriste et gaulliste. Même s’il s’en défend par souci de discipline vis-à-vis de son parti, Alain Juppé est leur réel inspirateur, en adoptant une position non partisane. Il a d’abord refusé l’opposition systématique à Macron puis a conseillé à ses partisans d’offrir un soutien réel à la nouvelle équipe Macron.

Il a enfin donné son imprimatur à leur participation au gouvernement tout en désignant son poulain Edouard Philippe au poste de Premier ministre. Cette décision a été murie depuis longtemps. Cela faisait trois semaines que Macron, dans le secret absolu, dialoguait avec son futur Premier ministre. Rien n’a transpiré.

La revanche d’Alain Juppé est totale. Sa stature de gaulliste le guidait et l’inspirait. Le Général de Gaulle avait quitté le pouvoir en 1946, dignement sur un malendu avec les partis, mais il était resté jusqu’en 1958 le dirigeant qui tirait les ficelles depuis Colombey-les-deux Églises.

Cette recomposition de la droite et de la gauche est certainement une bonne opération pour la France pour au moins une raison : la haine disparaît des relations entre les tenants de la politique ; seule l’union des forces vives pourrait sortir le pays de la crise.

Certes, le nouvel attelage gauche-droite fait exploser les frontières habituelles politiques mais la situation est claire à présent. Les populismes continueront à prospérer si la situation économique n’évolue pas. L’extrême-droite cherchera à se renforcer sur le terreau de l’islamisme tandis que l’extrême-gauche, fidèle à ses illusions, rêvera à un retour nostalgique et anachronique à la révolution bolivienne.

Hormis ces deux pôles rivaux et irréconciliables qui ne prospèrent qu’avec le chaos, les hommes politiques pourront inventer des solutions modernes, sans esprit de clan et sans volonté de chercher à tout prix à faire tomber le gouvernement.

Le nombre de ministres LR importe peu ; seule compte la vague de ralliements à la politique du Premier ministre au lendemain des élections législatives. Ceux qui fuiront le parti de droite pourraient constituer un groupe charnière, comme l’UDI, pour soutenir le gouvernement sans perdre leur propre identité. Le sage Juppé a donné le ton et, à défaut d’être lui-même aux commandes du pays, il en inspirera la plupart des décisions.

Bien sûr, il n’obtiendra rien de Macron pour lui-même mais il aura la satisfaction d’avoir fait éclater le parti qui l’a renié. C’est sa seule vengeance. Une nouvelle ère politique s’installe.

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