La première fois que j’ai vu Haneen Zoabi, ce devait être mon troisième ou quatrième jour à Tel Aviv en 2012, je venais d’emménager dans une chambre sur Herzl à un pâté de maisons de Florentine.

Je regardais l’émission The Café sur Al Jazeera, et elle était là avec des compatriotes israéliens, le maire d’Efrat de l’époque, une jeune fille impliquée dans les mouvements sociaux, un type qui voulait faire enrôler les Hassidim dans Tsahal, Schlomo Zand et quelques autres.

J’ai demandé à un de mes colocataires qui était cette femme palestinienne qui interrompait tout le monde pour parler de la Palestine, d’elle en tant que femme palestinienne, disant que les juifs israéliens étaient des immigrés qui pouvaient partir s’ils n’aimaient pas son opinion.

Il m’a répondu qu’il s’agissait de Haneen Zoabi, membre de la Knesset, qui faisait son spectacle habituel.

Plus tard j’ai appris qu’Haneen Zoabi était à bord de la flottille Mavi Marmara en 2010.

Et plus récemment, elle a pris des positions très controversées sur le kidnapping des trois adolescents israéliens en Cisjordanie, reminiscent des commentaires de Malcolm X « The chickens coming home to roost. » au sujet de l’assassinat de Kennedy.

Je me souviens d’avoir pensé, et de le penser encore, que rien ne dit
« Démocratie ! » plus qu’un membre du congrès ou de l’assemblée disant à la majorité des citoyens d’un pays qu’ils étaient libres de le quitter, et d’avoir absolument le droit de le dire.

Mais avec le temps, je ne peux m’empêcher de réfléchir sur la tragédie, et l’ironie qu’est la vie de Haneen Zoabi.

Haneen Zoabi veut être une activiste, une fauteuse de trouble et politicienne palestinienne, alors qu’elle est une politicienne israélienne, une activiste anti-isralienne, et une fauteuse de trouble.

Israël est une démocratie, et elle est en appel contre la décision de la Knesset de la bannir sur la base de ses récents coups de gueule.

C’est une question de liberté d’expression, mais la vérité est que des remarques insensibles comme celles qu’elle a fait mettraient n’importe quel politicien à dos de ses collègues, et en cela Zoabi est une experte.

Ma position su le Mavi Marmara est très simple, ils n’auraient jamais du être la, et ils n’auraient jamais du attaquer les soldats (même avec des couteaux qui restent des armes pouvant tuer). Mais j’ai par la suite appris que Haneen Zoabi était la déléguée arabe de la Knesset présente sur la flottille.

Les leaders arabes alternent leur prises de position contre l’occupation, une position soutenue par presque la moitié des Israéliens juifs également, et je ne sais pas si Haneen Zoabi a encouragé les humanitaires à résister lorsque la flottille a été abordée, mais elle aurait du être la voix de la raison sur le bateau, et aurait du dire aux gens de rester calme et de ne pas faire de choix drastiques.

En tant que membre du gouvernement avec le plus d’ancienneté à bord, j’ai bien peur, à mon sens en tout cas, qu’elle partage la responsabilité pour les victimes. Elle aurait du calmer la situation, elle aurait pu être la porte parole, elle aurait pu éviter cette tragédie.

Mais la vie de Zoabi est une tragédie, la tragédie d’une personne qui pense être né du mauvais coté de la frontière, alors qu’ironiquement c’est le fait d’être Israélienne qui lui permet d’exister d’une manière qui n’aurait pas été possible si elle avait été, de nationalité palestinienne.

La Palestine a récemment mis en place des quotas pour accroitre la représentation des femmes en politique, mais cela reste un combat pour les Palestiniennes de se faire élire et d’avoir la voix qu’elles méritent une fois élues. Il y a peu de doute que si Zoabi avait été citoyenne Palestinienne elle aurait été dans cette catégorie, pas une des voix les plus fortes pour les Arabes et un modèle pour les femmes Arabes en politique.

Haneen Zoabi l’a dit elle même. Même en tant que députée Israélienne, on l’avait pressentie pour représenter les problèmes des femmes Arabes, quelque chose qu’elle n’appréciait pas en tant que féministe, préférant y impliquer les hommes d’avantage.

Sa ténacité et son courage personnel (même si je ne suis pas d’accord avec ses positions plus radicales), lui ont permis de prendre un rôle de leadership dans la communauté Arabo-Israélienne vis-à-vis du conflit et d’autres questions sociales d’importance pour la communauté Arabo-Israélienne, un rôle pour lequel elle serait en train de lutter de l’autre coté de la frontière.

Haneen Zoabi a raison sur plusieurs points, notamment l’égalité en pratique entre Arabes-Israéliens et Juifs-Israéliens.

Oded Ravivi, n’est pas quelqu’un qui est ouvert à un véritable dialogue et j’imagine très bien une conversation avec lui se terminant par des hurlements, et quelque chose doit être fait au sujet de l’occupation.

Et je ne peux pas partager, ni même imaginer, les défis faisant face a une femme palestinienne en politique, encore moins ceux d’une femme Arabe-Israélienne, les années de ressentiment et d’avoir a géré les attaques de votre communauté en tant que femme et celles de vos rivaux politiques à la Knesset parce que vous êtes Arabe.

Mais c’est en cela qu’est l’ironie, et dans un sens sa tragédie : Haneen Zoabi veut être une politicienne, activiste et fauteuse de trouble palestinienne.

Elle veut changer les choses pour les femmes arabes, leur montrer ce qu’elles peuvent accomplir, elle veut être une voix contre l’occupation, et un porte drapeau pour la Palestine.

Elle est toutes ces choses, et plus encore, mais seulement parce qu’elle est Israélienne.