Le développement économique de la Syrie débute avec le boom économique du coton servant de point d’entrée sur l’économie mondiale. L’entrepreneuriat se développe dans cette région fertile qu’est Djézireh (Souiah 2007). Lors de la guerre de Corée, le prix du coton s’envole avec la baisse de l’offre et la hausse des prix (Picard 1980).

Des investisseurs y trouvent un moyen d’augmenter leur profit. Ces derniers achètent des motopompes pour que les terres où l’accès à l’eau est difficile soient facilitées. Toutefois leur souci d’augmentation du profit aura un impact négatif sur les terres exploitées. Ces dernières ne subissent aucune rotation ni aucun drainage et auront pour effet la salinisation des terres. Après le pillage de cette région fertile et les fortunes réalisées par ces investisseurs, ces derniers laissent ces terres dans un état lamentable.

C’est dans ce contexte qu’a lieu la réforme agraire de 1958 par Nasser. Cette réforme comporte six articles dont l’un stipule : « les terres acquises par le gouvernement seront distribuées aux paysans dans la limite maximum de 300 hectares dans les terres non irriguées et 80 hectares dans les terres irriguées et les verges» (Souiah 2007). Cette réforme a permis au cultivateur de la terre d’obtenir une part plus importante des récoltes, jusque là détenue par les propriétaires.

Elle a également permis l’augmentation du revenu des paysans, jusque-là opprimés par les riches propriétaires. Tous ces changements ont bouleversé les rapports dans les campagnes et la sociologie syriennes. En somme, la réforme agraire de 1958 a eu pour but une réglementation afin d’empêcher l’exploitation irrationnelle tant de la terre que de l’individu. Néanmoins les avancées de cette réforme seront stoppées par le nouveau gouvernement sous la pression de l’aristocratie.

Avec la réforme vaste et agraire, le Ba’ath, parti nationaliste et socialiste, met son empreinte sur l’économie sur bilad cham (Syrie). Du point de vue économique, le Ba’ath lance une réforme vaste et agraire. Si on observe la situation géographique de la Syrie, on peut voir que « la superficie totale de la Syrie est de 18 517 971 ha (hectare) dont 8 millions d’hectares environ représentent de terres de culture, le reste du désert et des montagnes. » (El-Zaim, 1968 p.508)

Compte tenu de cette situation géographique et sachant que la majorité de la population syrienne était analphabète, cette réforme agraire sera la roue principale de l’économie. L’agriculture syrienne n’était pas exploitée à son plein potentiel.En ce qui concerne le Ba’ath, la transformation ou l’industrialisation des matières premières agricoles présente la grande portion du gâteau économique syrienne. Cette réforme avait pour but de baisser le maximum de la propriété agricole, avec une différenciation systématique selon les régions agricoles, de dispenser les paysans du paiement du prix de la terre, d’imposer au paysan bénéficiaire certaines obligations en vue d’améliorer l’exploitation de la terre et augmenter sa production, de permettre à l’Institution de la Réforme agraire de garantir des coopératives et d’appliquer le système des fermes collectives ou d’État. (El-Zaim, 1968 p.514-515)

Cette réforme sera couronnée par un très grand succès d’où : « […] 1372 nouveaux propriétaires y furent touchés; 4536 ha de superficies irriguées ou des verges et 44231ha de superficies arables récupérées par l’État au profit des paysans. » (El-Zaim, 1968 p.515) La réforme a augmenté visiblement le revenu national qui était en baisse dans ce secteur.

Après la réforme agraire, l’idéologie socialiste s’attaque à la nationalisation des secteurs industriels.
L’agriculture n’était pas le seul secteur que le Ba’ath cherchait à influencer positivement. La mission de ce parti politique, du point de vue économique, est basée sur la réduction des inégalités en utilisant l’économie socialiste. Leur but était de nationaliser des secteurs entiers de l’économie syrienne.

Ainsi, le secteur financier (banques, assurances…) et celui de la logistique de transports se sont fait nationaliser. Seuls les secteurs du commerce de détail et de l’artisanat échappent à la vague de nationalisation. La quasi-totalité du marché économique était dans les mains du gouvernement. Ce dernier est l’artère principale de la vie économique en étant responsable de la masse des investissements, des flux de crédit et de la fixation des prix, et même des salaires dans certains secteurs. Il faut mentionner que le gouvernement n’est pas à lui seul l’acteur principal de cette économie, mais il y a aussi la classe supérieure syrienne. Cette classe s’enrichit avec l’exportation de matières premières agricoles comme le d’égrenage du coton, les usines de textiles, les usines de filatures et minérales.

  • L’économie socialiste syrienne ne commence qu’en 1970

La constitution de 1973 marque les nouveaux principes économiques de l’économie syrienne (Abdulraouf 2006). Ces principes économiques, tournant autour d’une économie socialiste planifiée, ont pour objectif l’élimination de toutes formes d’exploitation.
Cette constitution marque trois types de propriétés qui seront sous le contrôle de l’état dans l’intérêt du peuple:

    1. La propriété du peuple: c’est-à-dire les ressources, les services publics, les entreprises d’État.

 

    1. La propriété collective: qui englobe les organisations populaires et professionnelles.

 

    1. La propriété individuelle: Elle a pour objectif l’intérêt de l’économie national et donc, l’intérêt du peuple.

On peut également y ajouter la propriété agricole dont un maximum est fixé pour s’assurer de la protection du paysan contre l’exploitation tout en assurant de l’augmentation de la production.

C’est dans cet esprit, entre 1980 et 1990, qu’un contrat social est entamé, garantissant à la fois un emploi pour les jeunes diplômés et la gratuité des services publics ainsi que le bon marché des produits alimentaires.

Cependant, le contre-choc pétrolier qui s’est produit dans les années 1980 a provoqué une crise financière, dont la sortie ne s’est faite que par la découverte d’importants gisements de pétrole (Abdulraouf 2006). Bien qu’avec le soutien des pays du Golfe, la Syrie des années 1970 allant à 1980 est marquée par les difficultés dans le volet économique. Durant cette période, les professions libérales n’ont pas pu se développer. D’une part à cause du contrôle de l’économie par l’État et, d’autre part, du fait que l’apport du secteur privé est très modeste.

Ce n’est qu’à partir de 1990 que des mesures ont été prises pour rendre l’économie syrienne plus dynamique avec l’instauration de nouvelles lois sur l’investissement privé . Et, il faut attendre l’arrivée de Bachar al-Assad au pouvoir pour voir une libéralisation des secteurs économiques vitaux, tels que les télécommunications, la finance, le commerce international, etc. Malgré le fait que les réformes économiques aient été jugées peu satisfaisantes par les Occidentaux, elles ont toutefois permis un bond de la croissance économique passant de 2% à 5% en 2009 (CIA World Factbook – version du 1er janvier 2011.).

Cette libéralisation amènera une ouverture sur le monde et une renaissance tant économique que sociale. Elle fera émerger une nouvelle clique de riches et une classe moyenne supérieure (majoritairement sunnites d’Alep et de Damas). Bien sûr, l’activité économique servira à extirper les familles à faible revenu vers une classe moyenne capable de jouir des bienfaits de la société consommation.

La libéralisation économique et l’ouverture vers le modèle de société de consommation seraient-elles la cause de la guerre civile actuelle?

Avant de répondre à cette théorie en conclusion, le prochain billet nous dévoilera la politique étrangère, menée par la République arabe syrienne et sa politique de guerre vis-à-vis de l’état hébreu, qui occupe le Golan syrien et les terres palestiniennes.

Merci à l’équipe économique syrienne pour son travail… Notamment, Ahmad Avin, Berisha Trim, Mohamed Iman et Mounaji Mehdi