On attendait Orly Lévy-Abecassis, on a Moshé Feiglin comme surprise de la campagne. Le discours de la première « tout pour le social » ne fait plus recette, et son parti Gesher (Le Pont) ne devrait pas dépasser le seuil d’éligibilité (3,25%).

Autres temps, autres mœurs, c’est le discours libertarien du fondateur du parti Zéout (Identité) qui dans les derniers sondages bouscule les autres partis en étant crédité de 4 sièges. Il grapille des voix dans tous les partis de droite, et peut-être à gauche aussi, puisque la jeunesse fait bon accueil à l’une de ses propositions-phares : légaliser le cannabis.

Mais attention ! Une proposition peut en cacher beaucoup d’autres. Zéout a publié sa charte où deux thèmes dominent. D’abord celui de l’ultra-libéralisme. En voulant donner plus d’indépendance au citoyen face à l’Etat, Moshé Feiglin entend réduire ce dernier à la portion congrue, en diminuant de façon drastique les services publics et en privatisant à tout va.

Même les hôpitaux et les écoles n’échapperaient pas au mouvement. La police aussi serait sous le contrôle direct des citoyens qui pourraient la critiquer et même choisir ses chefs (comme dans certaines villes des Etats-Unis où on élit le shérif). Surtout, les citoyens pourraient se substituer aux policiers en acquérant librement des armes.

Le deuxième thème qui domine la charte du parti est lui de l’ultranationalisme. En cela, Moshé Feiglin reste fidèle à ses engagements. Le fondateur du mouvement Artsénou (C’est notre terre) s’opposa violement aux accords d’Oslo et a contribué à les délégitimer. Celui qui avait dirigé l’opposition de droite au sein du Likoud avec son courant Manigout ha Yéoudit (Direction juive) reprend sa défense forcenée du Grand Israël, en proposant la réoccupation des grandes villes palestiniennes et de la bande de Gaza pour mieux annexer l’ensemble des territoires.

Il veut aussi recouvrer l’entière souveraineté sur le Mont du Temple. Il entend en effet y construire le troisième temple, rien de moins ! A ceux qui pourraient s’étonner de ce curieux mélange idéologique, Moshé Feiglin répond qu’il entend réconcilier identité juive et liberté. Car pour lui, la liberté en Israël est d’abord réservée aux Juifs, et, se rapprochant des thèses kahanistes, il s’interroge sur le droit pour les non-Juifs de décider du sort du pays.

En un mot, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Ou plutôt la feuille verte ne doit pas cacher le terreau d’extrême droite sur lequel Moshé Feiglin entend bien prospérer. Les jeunes Tel-Aviviens qui pourraient faire pencher la balance en faveur de Zéout ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas été prévenus : derrière les bouffées soufflées au nom de la liberté, d’autres effluves pourraient les asphyxier.