La sortie presque simultanée de deux récents films au cinéma – « Eperdument » et « Je compte sur vous » semble ouvrir la voie à un nouveau genre cinématographique obscène : la sublimation du crime et de l’arnaque crapuleuse.

Evidemment et sans rapport avec les récits qui nous sont rapportés plus haut, j’avais dans le passé déjà perçu ce même ressenti d’obscène et de dégoût lorsque le film allemand « La Chute » était sorti sur les écrans en 2004.

On y voyait les 10 derniers jours d’un Hitler retranché dans son bunker, assistant avec un sentiment pathétique à l’effondrement d’un Reich qui se destinait à un millénaire et une dégénérescence « parkinsonienne » du plus grand criminel engendré dans ce monde.

Hitler, tremblant et dans l’ombre de lui-même, nous faisait presque ressentir une sensation de pitié face à sa déchéance physique et mentale, si on omettait le début de l’histoire, début évidemment inexistant dans ce film. Rien ne laissait entrevoir l’immensité de ses crimes qui marqueront l’Humanité jusqu’à la fin des temps.

Rien à voir bien évidement avec la dimension des faits rapportés dans le film de Pascal Elbé, « Je compte sur vous », et le rôle joué par le brillant Guillaume Gallienne, dans le film « Eperdument ». Guillaume Gallienne et le réalisateur nous exposent à l’écran une histoire (vraie) d’amour entre un directeur de prison et celle qui servit « d’appât » pour attirer Ilan Halimi dans un piège mortel. Mais ces deux films nous inspirent la même nausée, le même dégoût.

Que ces personnages existent dans la réalité, personne ne pourrait le contester. Que des films et des documentaires leur soient consacrés, c’est tout à l’honneur de leurs auteurs, mais en faire d’une certaine façon leur apologie, de nous attirer dans un ressenti de compassion et d’admiration, c’est insulter les victimes de ces actes criminels, victimes qui dans le meilleur des cas, ont vu leur carrière s’effondrer et leur société mise en danger.

Non je ne pourrai jamais ressentir de compassion ou d’affinité pour Sorour Arbabzadeh (se faisant appeler Yalda ou Emma) qui a délibérément entrainé Ilan Halimi dans une mort atroce précédée de trois semaines de tortures effroyables.

Non je ne peux comprendre la fascination exercée par Gilbert Chikli sur Pascal Elbé au point d’en faire un film avec Julie Gayet et Vincent Elbaz.

Encore une œuvre cinématographique qui ne donne pas la meilleure image de ce que nous sommes et ni de ce qui se passe en Israël.

Ni les tortionnaires et leurs appâts, les escrocs et leurs crimes, ne pourront justifier une quelconque filmographie apologétique. Si Chikli a effectivement touché des droits du film rapportant ses escroqueries, je prie pour que « Yalda » ou « Emma » ne reçoive pas non plus des dividendes d’une œuvre cinématographique qui respire l’indécence.

Il est loin ce temps où les brigands s’incarnaient dans des personnages attachants, souvent imaginés par les metteurs en scène. Elle est lointaine cette période où les méchants étaient représentés par des acteurs dont on pouvait facilement tomber amoureux comme Jean Gabin ou Lino Ventura. Ces escrocs-là avaient de l’allure et un code d’honneur et de conduite… Aujourd’hui c’est une véritable pornographie de l’abject qui s’est installée. C’est aussi une gifle monumentale et une insulte à tous ceux qui, de près comme de loin, subissent encore les conséquences de ces infâmes antihéros.

Alors, à quand le prochain film décrivant l’enfance malheureuse de Mohamed Merah? Qui sera le prochain réalisateur qui nous amènera l’œuvre cinématographique géniale rapportant les difficultés d’intégration des frères Kouachi et d’Amedy Coulibali?