Des titres d’articles publiés dans certains sites dérangent car non seulement ils sont trompeurs mais ils correspondent à des faits qui entrent plutôt dans le domaine de l’illusion ou de la désinformation.

Ils répondent en fait à une volonté déplacée de dramatisation. Dans une sorte de jalousie morbide, certains séfarades de Tunisie cherchent à présent à mettre sur un même plan la Shoah des pays de l’Est et les exactions subies par les Juifs tunisiens durant six mois de novembre 1942 au 7 mai 1943. Ils s’invitent à Yad Vashem, le haut lieu de la Shoah, alors que les raisons de leur présence sont un peu exagérées.

Solution finale

Certes la Tunisie et la Libye sont les deux seuls pays d’Afrique du Nord à avoir subi la présence nazie mais la «solution finale» n’a jamais eu le moindre début de réalisation et l’horreur nazie à son paroxysme n’avait pas encore atteint ces deux pays. A de rares exceptions dues au zèle de fonctionnaires français, les Juifs n’étaient pas tenus de porter un signe distinctif ou une étoile comme en Europe. Dans certains villages lointains, certains fascistes français avaient voulu forcer les Juifs à la porter mais ce fut une minorité en Tunisie.

Certains camions d’extermination avaient certes été débarqués mais leur fonctionnement n’a jamais commencé. Comparer ce qui n’est pas comparable est une atteinte à la mémoire des six millions de Juifs assassinés dans les camps d’extermination. Et certains continuent à diffuser des fausses informations, pensant ainsi multiplier la souffrance juive tunisienne.

Alors des rêveurs peu attachés à la réalité de l’Histoire tentent de nous démontrer, sans base historique sérieuse, que la Tunisie a subi une situation comparable à celle des Juifs européens alors qu’il y a des degrés d’horreur qu’il faut éviter de dépasser. Ils parlent de «4.000 Juifs tunisiens déportés par les Nazis» alors que la notion de déportation n’a pas été la même.

Le 8 décembre 2013 au mémorial de la Shoah à Paris et à Jérusalem, puis à Yad Vashem, une partie de la communauté juive de Tunisie a en effet décidé de rendre un hommage, dans le silence, aux 4.000 Juifs Tunisiens déportés par les Nazis. Il s’agit d’une escroquerie intellectuelle car la notion de déportation ne doit concerner que celle qui envoyait les victimes dans les camps d’extermination. La vérité est toute autre, elle a été racontée par des témoins qui ont vécu les évènements.

L’armée nazie a occupé la Tunisie après avoir importé avec elle toutes ses méthodes coercitives et ses experts pour la construction de fours crématoires qui devaient fonctionner comme en Europe ; mais les alliés, arrivés fort heureusement à temps, ont réduit à néant ce projet d’extermination. En revanche, les menaces, le racket, la prise d’otages et les intimidations étaient devenus les attributs de la domination quotidienne. Les Juifs constituaient la cible principale des exactions parce qu’ils symbolisaient le Peuple Élu et ils devaient donc en assumer les conséquences.

Main-d’œuvre gratuite

Ils avaient reçu l’ordre non négociable de fournir une main d’œuvre gratuite à une armée d’occupation agissant en toute impunité. Les Maltais, les Italiens et les Arabes bénéficiaient d’une totale immunité qui leur donnait l’assurance d’une fierté déplacée et leur égoïsme leur interdisait de manifester une quelconque solidarité envers leurs amis d’hier. Les plus lâches se glorifiaient dans l’insulte en invectivant de vieux otages apeurés, défilant encadrés de soldats allemands qui les menaient vers l’inconnu. Fort heureusement les otages n’eurent pas à subir la mort.

La population juive de Tunisie avait reçu le choc de l’occupation comme une punition divine. Elle vivait jusqu’alors paisiblement et elle ne pouvait imaginer un jour être soumise à un malheur de cette envergure. Les armées allemandes, avec l’aide d’officiers S.S peu scrupuleux cherchant à s’enrichir au prétexte de la guerre, avaient exigé le financement de leur occupation par la seule population juive. Une minorité de civils devaient ainsi payer les frais de séjour et les dépenses personnelles d’invités non sollicités.

Les dirigeants de la communauté juive, réunis à l’école de l’Alliance israélite, s’étaient vus sommés, sous la menace de représailles ou d’exécution d’otages, de verser des rançons de plus en plus élevées. Le montant des amendes collectives disproportionnées augmentait à chaque versement. Le sinistre colonel S.S Rauff, qui avait fait ses premières armes dans le combat contre le Ghetto de Varsovie, avait exigé des responsables juifs qu’ils équipent en pelles, pioches et tenues de travail deux mille jeunes juifs pour être mobilisés dans les chantiers militaires.

Amendes collectives

Les responsables de la communauté de l’époque, dénués de charisme et d’autorité, ne disposaient d’aucune liste nominative. Aucun recensement communautaire n’avait été établi et ils ne pouvaient compter que sur la persuasion individuelle pour les sortir du mauvais pas. Peu de jeunes s’étaient portés volontaires pour manier la pelle et la pioche ; le quota de jeunes imposé par les nazis ne pouvait pas être atteint en si peu de temps. La solidarité juive restait un vain mot de littérature puisque chaque foyer défendait d’abord ses propres intérêts quand il n’essayait pas de soudoyer les responsables.

Les dirigeants juifs espéraient inciter la majorité des jeunes, oisifs depuis leur exclusion des lycées français en raison des lois pétainistes, à se présenter en leur proposant un salaire attractif. Mais malgré leur désœuvrement, les jeunes ne se faisaient pas à l’idée d’un travail forcé peu motivant et ils n’hésitèrent pas à user de tous les stratagèmes, corruption comprise, pour se soustraire à ce volontariat en mettant en danger la vie des notables emprisonnés.

Les femmes acceptèrent en revanche de se défaire de ce qu’elles considéraient comme une assurance-vie, un pactole pour la retraite ou tout simplement une réserve pour les mauvais moments. Elles abandonnèrent, au titre de la rançon, le petit bijou en or fêtant la naissance de chaque enfant dont la valeur dépendait du capital amour investi par le couple.

Pour concrétiser les exigences allemandes, les bagues, les colliers et tous les bijoux en or étaient collectés pour répondre au chantage des représailles collectives. Ces rançons calmaient la mauvaise humeur des Allemands et protégeaient tous les jeunes garçons réquisitionnés pour servir de travailleurs esclaves.

Pendant que les hommes de 18 à 45 ans étaient envoyés dans les ports pour aménager les quais, à la campagne pour consolider les bâtisses militaires, dans les aéroports pour colmater les trous des pistes d’atterrissage endommagés par les bombes et en périphérie pour creuser et bâtir des tranchées et des ouvrages défensifs, les rabbins se mobilisaient pour invoquer la clémence divine qui refusait de se manifester. Mais jamais les enfants, les femmes et les vieillards n’ont été envoyés dans ces camps comme à l’occasion de la rafle de Paris durant laquelle les policiers français investirent maison par maison, sans faire d’exception.

Les travailleurs forcés étaient convoqués près de l’école de l’Alliance comme le montrent les quelques photos d’époque. La liste était établie par les autorités juives elles-mêmes qui faisaient leur propre sélection. Les jeunes, qui travaillaient dur mais vivaient à quelques kilomètres de leurs familles, bénéficiaient de réseaux organisés pour leur venir en aide matérielle. C’est pourquoi les chiffres officiels citent, seulement, la mort de dix-sept travailleurs, chiffre beaucoup trop élevé aux yeux des familles, mais infime par rapport aux chiffres européens.

Bien que cela soit déjà trop, nous sommes loin de l’hécatombe de la rafle du Vel d’hiv ou des pays de l’Est. Les travailleurs n’ont jamais quitté la Tunisie comme pourrait le faire croire leur qualification de déportés et ils ont retrouvé leur liberté à l’arrivée des alliés. Les seuls Tunisiens qui ont fini dans un camp de concentration en Europe ont été ceux qui vivaient en France, à l’instar du champion du monde de boxe Young Pérez, et qui ont été raflés comme les autres Juifs français.

C’est pourquoi il y a une certaine indécence à vouloir grossir les faits des exactions tunisiennes, déplorables certes, parce que cela minimise d’autant l’horreur qu’ont subie nos frères des pays de l’Est. Il ne s’agit pas de minimiser les souffrances des Juifs de Tunisie pendant la guerre mais de les relativiser. Les notions de Shoah, de camps et de déportés ne doivent être utilisés qu’à bon escient. Il n’y a pas eu de Shoah en Tunisie contrairement à ceux qui se réunissent tous les ans à Yad Vachem.

Lien sur l’article original : https://benillouche.blogspot.com/2013/12/la-shoah-en-tunisie.html