Même si la section de cette semaine concerne presque exclusivement les Cohanim, il m’a semblé intéressant de m’arrêter sur le premier verset de « Tetsaveh » qui non seulement nous apprend un peu plus sur Moïse mais surtout nous explique les règles de la séparation des pouvoirs à l’intérieur d’un État.

Chap. 27, V. 20 : « Et toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël de te choisir une huile pure d’olives pilées, pour le luminaire, afin d’alimenter les lampes en permanence. »

Le Zohar relève que la forme du commandement adoptée dans ce verset est quelque peu spéciale.

Ainsi, nous remarquons que le texte insiste sur la personne de Moïse en employant la formule « veata tetsaveh » au lieu d’écrire « tetsaveh ». Pour les non hébraïsants, le mot « tetsaveh » aurait suffi car il se traduit par « tu ordonneras ». Le mot « veata » qui signifie « et toi » ou « et tu » est don redondant.

la Bible instaure un système de séparation des pouvoirs

Le Rav Munk nous explique que « par cet appel direct et solennel à la personnalité de Moïse, l’Eternel l’investit d’une autorité sans partage sur Aaron et ses fils et sur les enfants d’Israël. Et cette autorité lui confère, selon la remarque des Midrachim, des pouvoirs quasi royaux. »

Ceux qui liront cette section verront que Moïse va « investir » son frère Aaron Grand prêtre. Nous pouvons comprendre que la destitution des fonctions sacerdotales s’accompagne pour Moïse d’une nouvelle investiture de pouvoirs empreints de « l’autorité royale ». Il y a donc une séparation des pouvoirs à l’intérieur de l’État.

Le Rav Munk nous enseigne au sujet de la séparation des pouvoirs que « la loi d’Israël a institué dès ses origines la séparation des pouvoirs à l’intérieur de l’État. La fonction sacerdotale est strictement distincte de l’autorité suprême dans le cadre de la législation dont les limites sont déterminées par la Révélation. Si le Grand prêtre Aaron est l’incarnation de la fonction sacerdotale, l’autorité législative est représentée par Moïse, qui se voit attribuer le titre de législateur. C’est en cette qualité qu’il lui incombe d’investir le Grand prêtre dans ses fonctions, tout comme, postérieurement, cette attribution fera partie des compétences du président du Sanhedrin. »

Nous voyons donc que la Bible instaure un système de séparation des pouvoirs. Le récit fondateur refuse d’instaurer une seule source de pouvoir suprême. Bernard Laferrère dans son excellent ouvrage « La liberté des hommes, lecture politique de la Bible » nous apprend que « la grande caractéristique des textes bibliques et que la seule et unique question qu’ils abordent lorsque qu’ils décrivent la monarchie est celle des mesures qui permettront de limiter le risque d’abus de pouvoir des rois »

Un peu plus loin il décrit les pouvoirs des prêtres : « Les pouvoirs des prêtres sont limités à la bonne exécution des obligations religieuses du peuple hébreu : service du temple, sacrifices, prières, respect du calendrier des fêtes, exécution des cérémonies sacrées. Il ne doit pas se mêler en principe du gouvernement, ni de la guerre. »

Par ces différentes explications, nous comprenons qu’un État juif ne peut être un État théocratique. Malheureusement nous remarquons que le religieux prend de plus en plus le pas sur le politique en Israël. L’État d’Israël doit être l’État des juifs et non un État juif. Le rôle du rabbin n’est pas de diriger un pays en imposant des dogmes religieux.

Etait-il opportun que le Grand Rabbin de France de l’époque s’exprime au nom des juifs de France ?

Nous avons pu remarquer en France, lors des manifestations contre le mariage pour tous, la montée en puissance des différents courants religieux. Ces courants n’ont pas accepté qu’une loi votée démocratiquement par l’Assemblée nationale et par le Sénat soit appliquée dans notre pays.

À cette époque, le Grand Rabbin de France a écrit un texte contre le mariage pour tous. Je ne veux pas discuter des arguments de ce texte mais nous devons nous demander s’il était opportun que le Grand Rabbin de France s’exprime au nom des juifs de France. En effet, d’une part, certains juifs, même consistoriaux approuvaient cette loi ; d’autre part, la loi était une loi qui régissait le Code civil et n’imposait pas aux religions le mariage pour tous.

Si le corps religieux donne son avis sur la loi civile, cette dernière pourrait aussi juger les lois religieuses. Dans ce cas, certaines dispositions comme le guett seraient mises à mal par les tribunaux français qui appliquent la loi civile.

Chabbat chalom

Eric Gozlan