C’est du jamais vu. Deux organisations assurant la sécurité d’Israël se chamaillent comme des gamins à la crèche, s’accusant réciproquement de mensonge et bavure. Tsahal et le Département chargé de la sécurité intérieure viennent d’étaler au grand public une controverse qui n’aurait pas dû éclater, mais qui est devenue une affaire d’Etat.

Tout a commencé par une émission à la télé pendant laquelle deux responsables du Shin Beth (Département de la sécurité intérieure) affirmaient avec véhémence que leur organisation avait prévenu le gouvernement israélien ainsi que Tsahal d’une attaque éventuelle par le Hamas, et ceci plusieurs mois avant le déclenchement de la guerre de Gaza. Sous-entendu : prévenus, ni les dirigeants ni Tsahal n’ont pris les précautions nécessaires.

Les réactions outrées criaient au scandale. « C’est une nouvelle bavure qui rappelle celle de la guerre de Kippour » clamaient les uns, alors que les autres s’offusquaient devant l’initiative d’étaler ouvertement un tel secret. Au point que le chef d’Etat-major de Tsahal, le Général Benny Gantz, censé et habitué à manifester de la retenue, s’est adressé en personne au Premier ministre Netanyahu pour protester:

« Le Shin Beth a franchi toutes les « lignes rouges ». C’est un scandale, une présentation mensongère, une crise morale et éthique. Je n’aurais jamais imaginé d’en arriver là » écrit le chef de Tsahal dans son message. Et d’ajouter : « Cette indiscrétion est accompagnée d’un comportement anti fraternel. Le tout afin de se flatter et de se donner des compliments. J’affirme solennellement que l’armée n’avait pas reçu les dits-renseignements ».

Netanyahu a aussitôt convoqué Gantz ainsi que le chef du « Shin Beth » Yoram Cohen pour réprimander toute divulgation de sujets secrets, et de souligner « notre responsabilité commune pour assurer la sécurité d’Israël et de poursuivre la collaboration entre toutes les branches ».

Le Shin Beth a encaissé, et n’a pas mis longtemps à diffuser une précision : « On n’a jamais affirmé que le Hamas préparait une guerre imminente, mais seulement qu’il envisageait un grand attentat qui pourrait engendrer un conflit ». Ceci dit, le même communiqué reconnaît avoir manqué de renseignements concernant la quantité et l’emplacement des tunnels d’attaque du Hamas.

Cette affaire a quelque peu détourné l’intention des événements et des affrontements à Jérusalem, continuant pourtant à alimenter la tension autour du problème des prières sur le mont du Temple. Même s’il ne s’agit pas pour l’instant d’une nouvelle Intifada, il n’en reste pas moins qu’au cours d’un seul mois 11 juifs sont victimes d’attentats, plus qu’au cours des deux dernières années réunies.

Cette tension est ressentie également sur la scène diplomatique, menaçant la paix déjà fragile entre Israël et la Jordanie, ayant rappelé « pour consultation » l’ambassadeur à Tel Aviv.

Conscients de l’importance des relations, face aux évènements de la région, le Roi Abdallah de Jordanie et le Premier Ministre Netanyahu se sont rencontré ce jeudi à Amman en présence du Secrétaire d’Etat Américain John Kerry – toujours infatigable – pour essayer de mettre en sourdine les déclarations belliqueuses.

Alors que Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité Palestinienne, pourtant présent lui aussi à Amman, était absent de la réunion, préférant probablement de voir son boulot fait par les autres.

Les prochains jours nous diront si quelque chose va changer, ou bien plus ça changera plus ce sera la même chose.