Les Français juifs vont bientôt se retrouver prisonniers d’une curieuse schizophrénie. Celle de l’Etat.

Cette pathologie peut se résumer en quelques mots : tout pour les Français juifs, rien pour les juifs d’Israël.

Concernant les Français juifs, le gouvernement socialiste a clairement fait savoir qu’il ne laisserait pas la violence – notamment islamiste – se déployer à leur encontre sur le territoire français.

Depuis les attentats qui ont eu lieu les 7 et 9 janvier, à Paris, contre Charlie Hebdo et l’Hypercacher de Vincennes, le gouvernement français a tenu parole : des soldats en armes ont été déployés auprès de tous les lieux culturels et cultuels juifs, principalement à Paris et en Région parisienne. Chaque manifestation religieuse ou culturelle juive fait l’objet de mesures de protection exceptionnelles.

Les déclarations de solidarité de l’Etat avec les Français juifs ont également été nombreuses et multiples. A la mi février, Manuel Valls, premier ministre, déclarait encore solennellement : «mon message aux Français juifs est le suivant: « la France est blessée comme vous, et la France ne veut pas votre départ. Elle vous dit une nouvelle fois son amour, son soutien et sa solidarité. Cet amour est bien plus fort que les actes de haine, fussent-ils répétés ».

Cet amour d’Etat n’est entaché d’aucune réticence, ni aucune arrière pensée. En revanche, il a une contrepartie élevée : une « fermeté » accrue envers l’Etat d’Israël. Le gouvernement socialiste doit en effet tenir compte qu’une importante communauté de Français musulmans vit sur le territoire national.

Chaque geste de tendresse de l’Etat envers les Français juifs devra donc être « équilibré » d’un geste de tendresse tout aussi significatif envers les Français musulmans.

Cette mise en équivalence ne peut avoir qu’une conséquence : une attitude plus offensive de la France vis-à-vis de l’Etat d’Israël, notamment quant à sa politique d’implantations en Cisjordanie et autour de Jérusalem.

Cette fermeté a commencé de se manifester sous la forme d’un projet de résolution comminatoire que la France envisage de déposer devant le conseil de sécurité de l’ONU.

Cette résolution – si l’on en croit les fuites déjà organisées – fixe les frontières du futur Etat Palestinien aux frontières de 1967 et exige le démantèlement des grandes et petites implantations avec une date butoir. Aucune marge de manœuvres ne serait laissée quant à une négociation sur des échanges de territoires.

Quant aux questions sécuritaires, elles sont bien entendu tenues pour nulles et non avenues. En d’autres termes, tout sera fait pour provoquer une réaction de rejet de la part de Jérusalem. Ce qui ouvrira la voie à des politiques d’embargo sur les importations et les exportations entre l’Europe et Israël.

Cette résolution aurait déjà été déposée sur le bureau de l’ONU si les Etats Unis et plusieurs Etats arabes n’avaient demandé à la France de patienter jusqu’à la fin des négociations sur le nucléaire iranien.

En affichant ainsi sa « fermeté » envers les juifs d’Israël, la France pense faire accepter aux Français musulmans sa sollicitude envers les Français juifs. Cet équilibre politicien est bien entendu purement imaginaire.

Il ne sera compris ni par les juifs, ni par les musulmans. Ces derniers refuseront d’assimiler la distinction juifs de France – juifs d’Israël et réclameront au contraire que la même fermeté soit appliquée aux « sionistes » de l’Hexagone.

Au besoin, ils s’en chargeront eux-même. Les Juifs de France de leur côté se sentiront une fois de plus floués dans un de leurs attachements les plus essentiels. Et tous ceux qui le pourront finiront par organiser leur départ vers Israël.