La Russie s’est impliquée militairement et en grande fanfare dans la guerre civile syrienne et se fraye une présence politique et militaire dans l’ensemble du Moyen-Orient pour policer l’ensemble de la région.

La Russie souffre de la baisse du prix du pétrole qui représente deux tiers de ses exportations ainsi que des sanctions imposées par l’Union européenne après l’annexion de la Crimée et le soutien apporté aux séparatistes ukrainiens.

La Russie cherche des moyens de développer de nouveaux marchés et notamment celui des ventes d’armes. Sur le plan interne, la population déçue par rapport aux attentes de l’ouverture à la démocratie et par le recul économique, se replie sur le nationalisme, ou encore l’Eurasianisme : le groupe de Shanghai créé par la Russie inclut la Chine et les républiques de l’Asie centrale.

Le message que la Russie fait passer est que, contrairement au président Obama qui a poussé le président égyptien à démissionner, la Russie reste fidèle à ses alliés et s’affirme dans la région.

En outre et bien que la Russie dispose en Syrie d’une base aérienne dotée de batteries antiaériennes S-300 et S-400 qui couvrent la Méditerranée orientale, le porte-avions russe Amiral Kuzentsov mouille en Méditerranée pour affirmer le nouveau statut international de la Russie.

Pour cela, la Russie avance ses pions en Syrie, en Égypte et en Turquie de façon à affaiblir l’Arabie et à éviter une confrontation avec Israël.

L’Égypte :

L’Arabie a financé l’achat d’armement russe pour l’Égypte et fournit à ce pays du pétrole à prix réduit. Toutefois, un différend subsiste et commence à séparer ces deux pays.

D’une part, l’Égypte du président Sissi tient à garder en place le président syrien dont les qualités et les défauts sont bien connus, redoutant tant un nouveau gouvernement syrien dirigé par des Frères musulmans qu’une emprise sérieuse de l’Iran sur ce pays. Aussi, le président Sissi se méfie du soutien de l’Arabie aux rebelles islamistes de Syrie.

D’autre part, l’Égypte s’est montrée peu empressée d’appuyer militairement l’Arabie dans sa lutte contre les Houtis du Yémen. Aussi, l’Arabie a cessé les livraisons de pétrole à l’Égypte en novembre 2016, livraisons qui faisaient partie d’une aide de 23 milliards promise au mois d’avril de la même année.

La Russie s’empresse de tirer parti de cette distanciation pour resserrer ses liens militaires avec l’Égypte.

La Turquie :

Lorsque la Turquie abattit un avion russe à sa frontière, le président russe cessa les échanges commerciaux avec la Turquie et déclencha une campagne médiatique contre le président Erdogan et ses proches.

Pour mettre la Turquie au pas, la Russie a courtisé les Kurdes et le stratagème a réussi. Un modus vivendi semble avoir été négocié entre la Russie et la Turquie, permettant à la Turquie de maintenir son invasion au nord de la Syrie entre deux  poches de territoire contrôlées par les Kurdes.

Pour ne pas demeurer en reste, l’Iran a émis de nouvelles exigences qui ont retardé l’évacuation d’Alep négociée par la Russie et la Turquie tout en maintenant le bombardement massif des populations qui y sont piégées.

L’Iran :

A court terme, l’Iran et la Russie ont un objectif commun : remplir l’espace du Proche Orient évacué par le président Obama et affaiblir l’Arabie qui contrôle la baisse du prix du pétrole et porte un grand préjudice à l’économie iranienne et à l’économie russe dont le PNB a diminué de 35 % en l’espace de 5 ans.

Les nombreuses condamnations à mort d’espions à la solde de l’Iran en Arabie dénotent l’escalade du degré de tension entre l’Iran et l’Arabie.

En Iran, des avions russes ont décollé de la base aérienne Shahid Nojeh  pour bombarder l’État islamique. Le vice-amiral iranien Ali Shamkani a déclaré : « Notre relation avec la Russie est stratégique… toutes nos bases sont ouvertes à la Russie. »

Déjà en 2005, le président iranien Ahmadinejad avait entamé un rapprochement avec la Russie, allant même jusqu’à retirer l’appui iranien au Kosovo dont la population est musulmane à 98% et le donner à la Russie.

Sous la gouverne d’Ahmadinejad, La Russie a construit la majorité des 22 nouveaux réacteurs nucléaires et un contrat d’acquisition de batteries antiaériennes S300 a été conclu.

Les succès relatifs de l’Iran au Moyen Orient contribuent à affaiblir l’Arabie.

Au nombre de ces succès iraniens, on peut dénoter l’acheminement de près de 120 000 combattants en Syrie qui y affrontent les Sunnites, la prise du pouvoir de la capitale yéménite par les Houtis chiites auxquels un armement sophistiqué a été offert, incluant des fusées sol-sol Zelzal, ainsi que l’imposition d’un nouveau président libanais soutenu par le Hezbollah.

En outre, le Qatar investit près de 10 milliards de dollars dans l’industrie pétrolière russe, ce qui prête à penser qu’à long terme, la Russie compte bien contrôler un gazoduc qui s’acheminerait le gaz qatari et iranien vers l’Europe par le biais de la Syrie afin d’établir le monopole mondial en matière de gaz.

La Syrie :

Bien que le président russe Poutine ait affirmé que l’intervention militaire en territoire syrien serait de courte durée, l’expédition d’armes sophistiquées s’est poursuivie avec l’envoi de conseillers puis le déploiement d’avions et de troupes qui protègent la base russe de Tartous.

La Russie dirige plus de 90 % de ses attaques contre les rebelles syriens plutôt que contre l’État islamique. L’aide iranienne à la Syrie se traduit par un montant de l’ordre de 2 milliards de dollars, qui sert essentiellement, à payer les fournitures militaires russes à la Syrie.

En outre, la Russie ne fait rien pour empêcher que le matériel militaire fourni à la Syrie soit envoyé au Hezbollah libanais. Mais elle ne fait rien en plus pour empêcher Israël de pilonner ces convois destinés au Hezbollah. Et les livraisons d’armes continuent…

Il va sans dire que la Turquie, l’Égypte et l’Arabie dépendent encore beaucoup des États-Unis : leur infrastructure militaire en dépend beaucoup.

Le nouveau président américain Trump doit prendre des décisions quant au rôle que les États-Unis pourront jouer en prenant en considération un nouvel arrangement avec la Russie et la renégociation du traité des 5 +1 et de l’Iran portant sur le nucléaire.

Indépendamment de leur superpuissance militaire, les États-Unis disposent de plusieurs leviers économiques pour assurer que leurs objectifs sont atteints.

L’Irak :

La Russie a repris ses ventes d’armes à l’Irak, pays divisé en un Kurdistan autonome au nord, un gouvernement à majorité chiite au Sud et par une population sunnite piégée par l’État islamique au centre.

L’État islamique a été l’excuse officielle de l’intervention russe mais il n’a pratiquement pas été attaqué par les forces russes. L’Irak est à la merci de nombreuses milices chiites dont la majorité est d’obédience iranienne.

L’intervention militaire russe en Syrie défie tout entendement, laissant l’Occident dans une situation de perplexité.

En effet, la résolution russe est sans détour : la préoccupation humanitaire est bien le cadet des soucis de l’Armée rouge qui ne s’embarrasse de rien : 40 % des victimes des frappes russes sont des civils. La réaction mitigée de l’Occident au drame touchant les civils syriens fait en sorte que la loi du plus fort relègue la morale et les droits humains en second plan.

À moins que les puissances occidentales cessent de protester du bout des lèvres, il est fort probable qu’une fois la Syrie sera complètement passée sous le contrôle du président Assad, la ville de Mossoul subira le même sort qu’Alep.

La construction du gazoduc Qatar-Méditerranée sera alors possible.