Aux dires de tous, le bloc de droite a remporté les élections législatives, le 9 avril, en Israël. Mais, à mon humble avis, les jeux ne seront faits qu’après la constitution d’une coalition de droite.

Netanyahu subira alors des pressions tellement contradictoires que des accords éventuels deviendraient quasiment irréalisables. L’issue des négociations dépendra de la volonté de sept partis dont chacun a son propre agenda, fussent-ils tous de droite. Le Likoud et les ultra-orthodoxes ont amélioré leur score dans la 21eKnesset.

Ce résultat ressemble, à s’y méprendre, à une contestation de l’Establishment par les défavorisés d’Israël. Les listes de Benyamin Netanyahu et d’Arieh Déry ont obtenu leur meilleur résultat dans les villes périphériques. Bien qu’ils soient tous deux accusés de corruption et d’abus de confiance, cela n’y a rien fait. Le résultat peut sembler étonnant, mais il traduit, en fait, une réaction naturelle de ceux qui sont en colère et qui ont le sentiment de n’avoir rien à perdre.

Une coalition dirigée par Netanyahu aurait du mal à durer. Lorsque les preuves à son encontre – enregistrements et autres éléments à charge – commenceront à se dévoiler, son règne en sera ébranlé. Sans compter les enquêtes à venir concernant les sous-marins, les actions boursières et l’approbation de la vente de sous-marins sophistiqués à l’Égypte. Il sera alors difficile de préserver une coalition dont le Premier ministre passerait une grande partie de son temps avec ses avocats, sur les bancs des accusés.

On ne peut ignorer le fait que le match entre Gantz et Netanyahou se soit traduit par un match nul. En ce qui concerne une coalition de droite, les cartes peuvent en être toujours rebattues. Il suffirait que six députés de la Knesset privilégient leur avenir électoral, leur image personnelle et la défense de l’État de droit pour changer la donne.

En s’alliant au camp du centre, le parti Bleu et Blanc, pourrait alors former une nouvelle coalition. Cette évolution garantirait la stabilité du gouvernement, sûr de durer le temps d’un mandat complet à la Knesset. Pour l’instant, une nouvelle coalition de Netanyahu dépend de deux petits partis : Koulanou et Yisrael béténou. Ils ne sont pas encore acquis à Netanyahou comme l’est le reste des partis ultra-orthodoxes et nationalistes.

Un Moshé Kahlon, à peine capable de survivre, devrait tirer les leçons de l’effondrement de son parti au cours des quatre années d’existence, malgré un activisme débordant et des promesses sociales de campagne. Le moment est venu pour lui de décider s’il doit demeurer un membre associé au Likoud, parti libéral favorable au marché libre.

Si tel devait être le cas, il faudrait qu’il tombe le masque et arrête de mentir. Sinon, il devrait tenir ses promesses électorales et se consacrer à l’aboutissement des réformes sociales qu’il prône. Ce qui l’engagerait à adopter une idéologie claire en faveur des plus démunis. Il aurait alors toute sa place dans une coalition du centre.

Avigdor Lieberman est un politicien à part. Ses prises de position n’appartiennent, en réalité, à aucun camp. Je ne le soutiens pas, loin de là ! Mais je le considère suffisamment pragmatique pour être récupéré par Gantz. Il suffirait d’accepter certaines de ses exigences. Par exemple, la loi qui rend obligatoire le service militaire pour les religieux. Cependant, sa participation au gouvernement de droite au côté des ultra-orthodoxes – disposant d’un pouvoir énorme avec 16 sièges à la Knesset, semble plus probable que l’adhésion à une coalition centriste comprenant les quatre députés d’extrême gauchedu Meretz. Gantz et ses amis ne devraient cependant pas renoncer à convaincre Lieberman de les rejoindre.

Quant aux travaillistes, partenaires naturels du parti Bleu et Blanc, s’ils veulent toujours exister, ils doivent immédiatement se débarrasser de Avi Gabaï, un chef qui a pris les commandes du parti par effraction et l’a dirigé en solitaire. Il a manqué de clarté dès le début de la campagne électorale. Ses déclarations volaient dans toutes les directions. Il a écarté tous ceux qu’il n’aimait pas, dont Zohir Bahlul, un Arabe israélien qui a pourtant accepté d’être membre d’un parti qui portait le nom de Camp sioniste. Il a écarté et humilié Tzipi Livni, chef de l’opposition et principale partenaire du parti travailliste. Il a, de même, ignoré les hauts responsables de son propre camp.

Au cours de ses premiers mois à la tête du parti, il s’est prévalu de multiples légitimités dont sa prospérité d’homme d’affaires, de séfarade et de dirigeant démocratiquement élu. Moi, moi, moi… son égo a franchi toutes les limites de la bienséance politique.

Le parti travailliste doit choisir un dirigeant expérimenté qui a grandi en son sein. Il doit cesser de croire à l’illusion d’un homme providentiel venu de l’extérieur. Il a besoin d’un leader qui redonnerait vie à l’idéologie des pères fondateurs du pays. La question des deux États doit être tranchée si l’on veut un pays juif et démocratique.

En outre, une politique sociale en faveur des défavorisés doit figurer au premier rang de ses priorités. Il semble aujourd’hui que seul Amir Peretz soit capable d’enclencher cette renaissance. Il a participé au démantèlement de la Histadrout (Syndicat des ouvriers) comme employeur, initié le développement du Dôme de Fer et a toujours soutenu la solution de deux États.

Gantz et son nouveau parti devraient continuer à être constructifs avec circonspection. L’expérience passée montre que le sort des partis centristes qui surgissent à chaque veille d’élection dépend de leur crédibilité et de leur capacité à tenir leurs promesses. L’unification des différentes composantes de Bleu et Blanc nécessite des compromis et, surtout, l’adhésion à un objectif : conquérir le pouvoir. Si jamais Gantz et ses codirigeants tentent de rejoindre le gouvernement de Netanyahu, ceux qui les ont choisis pour la plupart par défaut seront tellement déçus qu’ils les feront disparaître.

Les électeurs ne sont pas dans leurs poches comme ceux du Likoud. Ils ne sont pas non plus dénués de bon sens. Même si le plan Trump pour la paix avec les Palestiniens exige une union nationale, le parti Bleu et blancdevra rester une opposition active et forte, soutenant tout accord de paix tant attendu. Sa force et sa détermination à conquérir le pouvoir seront alors assurées.

Le calendrier d’une nouvelle coalition Netanyahu serait limité. Elle serait démantelée immédiatement après les audiences et les actes d’accusation, et de nouvelles élections seront annoncées avant la fin de l’année.