La guerre israélo-arabe conditionne pour grande partie la politique mondiale avec le contexte de Jérusalem au cœur de ce conflit. Jérusalem est la plus ancienne capitale d’un État souverain. Son histoire est complexe dans ses dimensions religieuse, chronologique et politique.

Kaléidoscope ethnique et culturel, son destin urbain se caractérise par la succession de phases d’ombres et de lumières: 18 fois détruite, elle a toujours survécu, en tant qu’entité urbaine. Le Yom Yeroushalaïm, qui commémore la réunification de Jérusalem, a été fêté cette année le 24 mai 2017.

Aspect historique

L’aspect historique de la ville est connu de tous. En -997 de notre ère, le Roi David établit la capitale de son royaume à Jérusalem et son fils, le roi Salomon, construisit en -968 le Temple pour ainsi sanctifier la ville. Les Juifs ont vécu à Jérusalem en permanence pendant plus de 3 000 ans depuis que le Roi David en fit sa capitale, exception faite des brèves périodes où ils n’avaient pas le droit d’y vivre.

Jérusalem n’a jamais été la capitale d’un État arabe malgré les invasions musulmanes à travers les siècles mais, même sous domination musulmane, elle n’a été qu’une ville de mouvements confus. L’expulsion des Juifs d’Espagne au 15ème siècle avait gonflé la population juive qui constitua la plus grande communauté en 1840 et la majorité depuis 1870.

Les historiens confirment que les Juifs et Arabes ont vécu de manière harmonieuse pendant ces décennies, certainement parce qu’il n’y avait alors aucune revendication des deux bords. C’est à partir de 1917 que le germe du conflit va progressivement contaminer les deux communautés.

En effet, Lord Balfour avait déclaré qu’« il considère avec faveur l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif. » C’est à la suite de cette déclaration que la Société des Nations décida d’octroyer à la Grande-Bretagne le mandat de favoriser la formation d’un foyer national juif en Palestine.

Fin de l’harmonie

La famille hachémite institua le royaume de Jordanie et chercha à contrer cette décision, avec le consentement masqué de la Grande-Bretagne. Les Britanniques n’appréciaient pas, en effet, le programme sioniste qui avait pour conséquence de les éliminer de cette région.

A partir de là, la violence contre les Juifs s’intensifia avec des pogroms dans les rues de Jérusalem. Pour récupérer la situation à leur profit, les Anglais ont alors envenimé les relations entre Arabes et Juifs en nommant Hadj Amin Al Husseini au poste de Grand Mufti de Jérusalem.

Il s’empressa de télécommander les attaques contre les Juifs et de supprimer leurs droits religieux et politiques. Il ira jusqu’à se compromettre en compagnie d’Hitler dont il approuva le programme d’extermination nazi.

C’est le 29 novembre 1947 que l’on parla pour la première fois de Jérusalem comme ville « internationale », à l’occasion du vote à l’ONU de la partition de la Palestine en deux États, juif et arabe. Le plan prévoyait « des garanties pour la protection des lieux saints. »

Les Arabes se sont opposés jusqu’en avril 1948 à ce projet en attaquant les Juifs à travers le pays et en tuant près de 300 d’entre eux à Jérusalem. Un siège y avait été imposé pour bloquer la fourniture d’eau, les produits alimentaires et les médicaments.

Ben Gourion avait alors décidé de s’opposer à la mainmise arabe en exigeant la construction de nuit d’une route de dégagement, « La route de Birmanie », à travers les montagnes voisines. Bien que des convois armés fussent pris en embuscade et détruits, le blocus fut brisé.

L’attaque généralisée en 1948 des pays arabes poussèrent les Jordaniens à expulser les Juifs de la ville et à prendre part à l’assaut général contre un Israël naissant. La Jordanie et Israël signèrent en avril 1949 un accord d’armistice qui divisa la capitale, pour la première fois de son histoire, mais cela n’empêcha pas Jérusalem d’être proclamée capitale de l’État israélien.

Un camp retranché

L’armistice transforma Jérusalem en camp retranché avec des champs de mines et des fils de fer barbelés qui dénaturèrent le paysage en lui enlevant son originalité envoûtante de ville sainte. La porte de Mandelbaum, lieu de communication entre les deux pays, devenait le symbole de l’affrontement entre soldats israéliens et jordaniens.

Mais si l’accord avait permis une pacification entre les belligérants, il ne fut pas respecté par les Arabes sur plusieurs points.

L’accès aux lieux Saints était refusé aux Juifs et aux Chrétiens venant d’Israël. Les Juifs n’avaient plus le droit de se rendre au Mont Scopus où ils disposaient d’une université, ni à l’hôpital Hadassah. Le cimetière du mont des Oliviers avait été profané tandis que la destruction de vieilles synagogues s’intensifia.

Aucun parti, aucun gouvernement sous l’autorité de Lévy Eshkol ou de Ben Gourion, aucune formation qui siégeait à la Knesset, de l’extrême droite à l’extrême-gauche, n’avaient entrepris de démarche, même symbolique, pour réunifier la Capitale.

L’indifférence politique à l’égard du cœur historique de la terre d’Israël prévalait. Si le gouvernement israélien gardait un œil sur Jérusalem, il ne croyait pas beaucoup à une possible réunification qui risquait, selon les pragmatiques travaillistes au pouvoir, de compliquer la situation diplomatique.

Il savait aussi que les problèmes des lieux saints, surtout chrétiens, dépendait d’un accord avec le Vatican qui n’avait pas reconnu l’État d’Israël.

Les travaillistes, au pouvoir jusqu’en 1977, ne cherchèrent pas à profiter des occasions militaires qui leur étaient données pour programmer la récupération de Jérusalem Est, même si l’accord d’armistice ébréché leur en donnait l’alibi.

Ils auraient pu profiter de la puissance acquise par Tsahal pour étendre à la Jordanie la campagne de Suez en 1956 contre Nasser tandis qu’ils bénéficiaient alors de la caution et de la complicité des Anglais et des Français.

Un sujet tabou

Le problème de Jérusalem Est était peu abordé par les politiques et encore moins par les religieux qui ne semblaient pas pressés de récupérer l’autre partie de Jérusalem ; ils attendaient le Messie pour la réalisation de la promesse divine. Le sujet était même devenu tabou.

De son côté, Israël ne voulait pas détériorer ses relations avec le royaume de Jordanie et tenait à privilégier son voisin. Le grand-père du roi Hussein, Abdallah 1er, avait payé de sa vie son étroite collaboration avec l’État juif et c’est pourquoi, en souvenir de ce héros courageux assassiné, les Israéliens ont toujours protégé le petit royaume quitte à sacrifier leur désir de réunification.

Les Israéliens n’ont pas non plus cherché à profiter des bruits de bottes précédant la Guerre de Six Jours pour prétexter un droit de légitime défense. Malgré l’occasion qui leur était offerte, ils ont envoyé, avant le 5 juin 1967, des émissaires auprès du roi de Jordanie pour l’assurer qu’Israël n’avait aucune intention d’attaquer son royaume s’il demeurait pacifique.

Mais le roi Hussein n’a pas tenu compte de ce message et a préféré suivre la stratégie des pays arabes conduits par le président égyptien Nasser.

Un général égyptien prit le commandement des troupes jordaniennes qui avaient bombardé l’ouest de Jérusalem dès le 5 juin 1967. A 9h45 l’artillerie visait les quartiers résidentiels juifs et dans l’après-midi, les troupes jordaniennes avaient conquis Armon Hanatziv, quartier de Jérusalem utilisé comme base par l’ONU.

Par ailleurs, le corps expéditionnaire irakien reçut la permission de masser ses troupes en Cisjordanie, le long d’Israël.

Jérusalem libérée

Le premier ministre Levi Eshkol ne se résignait pas à la guerre contre le roi Hussein. Il envoya un autre message au roi, via le commandant de l’UNTSO (observateurs de l’ONU en Cisjordanie), pour lui conjurer de faire marche arrière et de se retirer de la guerre en l’assurant que son pays ne serait pas attaqué.

Mais l’intoxication égyptienne fit son effet avec l’annonce fantaisiste de victoires égyptiennes sur Israël. A 12h45, Israël décida alors d’attaquer la Jordanie pour endiguer le danger et pour entreprendre son avancée vers Jérusalem. Ce projet n’avait jamais traversé l’esprit des dirigeants israéliens quelques semaines auparavant. D’une certaine façon, ils y ont été contraints.

La Guerre de Six Jours permettra à la partie Est de la ville d’être libérée en plaçant la vieille ville entièrement sous contrôle israélien. Mais la communauté internationale ne reconnaîtra jamais Jérusalem comme capitale de l’État juif.

Pour les Israéliens, l’acquisition de Jérusalem confortait l’identité spécifique du peuple juif et les fondements du judaïsme : « Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite m’oublie ; que ma langue se colle à mon palais, si je ne me rappelle pas ton souvenir » (Psaume 137-5/6).

Les Israéliens estiment qu’en ne reconnaissant pas Jérusalem, les autres nations tentent de porter atteinte au peuple juif en entier et de lui refuser un droit d’existence. Ils n’y voient pas une lutte politique mais un combat religieux.

Embarras israélien

Les Israéliens ont semblé très embarrassés par cette nouvelle acquisition qu’ils n’avaient pas prévue. Ils reprirent en mains les Lieux Saints mais gardèrent à la ville arabe son statut d’origine. Ils savaient que le sujet serait épineux face à la réaction des Arabes, des Chrétiens et du Vatican et ils mirent du temps à décider une annexion juridique.

Dix ans après, en 1977, les travaillistes n’avaient pas légiféré tandis que les discussions sur Jérusalem n’occupaient aucun débat à la Knesset. Les dirigeants de l’époque craignaient d’envenimer les relations avec les Palestiniens et avec le monde occidental en particulier.

D’ailleurs le premier anniversaire de la réunification, le 28 mai 1968, a été célébré avec beaucoup de discrétion pour ne pas lui donner de retentissement. Le célèbre maire de la ville, le travailliste Teddy Kollek, avait tenu à réduire son importance pour ne pas froisser la population arabe de la ville.

Même l’arrivée de la droite au pouvoir en 1977 avec un premier ministre du Likoud, Menahem Begin, ne remit pas au centre des préoccupations israéliennes l’annexion politique de Jérusalem. Certes tous les ans, le 28 Iyar du calendrier juif, tombant cette année le 24 mai 2017, les Israéliens fêtent le Yom Yérouchalayim, jour de la libération de Jérusalem mais la fête concernait uniquement la réunification physique de la capitale.

Il faudra attendre sur le plan juridique et politique le 30 juillet 1980, avec un délai de treize années qui dénote les réserves de la décision, le vote de la septième des quatorze lois fondamentales qui constituent l’ossature d’une future constitution israélienne.

La loi confirme l’annexion de la partie Est et proclame Jérusalem « une et indivisible » comme la capitale politique de l’État d’Israël. Mais aucun État occidental n’a entériné cette décision de la Knesset.

Blocage palestinien

Jérusalem est le point d’achoppement dans les discussions avec les Palestiniens qui tiennent à récupérer la partie Est pour en faire la capitale d’un éventuel État palestinien. Aucun gouvernement de droite ne se risquerait à diviser à nouveau Jérusalem pour une simple question de convenance politique.

Les Israéliens s’inquiètent cependant de l’intention des Américains de leur imposer un « plan secret » qui fixerait les futures frontières de l’État palestinien. Selon ce plan, Israël devrait se retirer sur les frontières de 1967, corrigées par les 4 % de territoire qui lui seraient alloués.

Jérusalem Est reviendrait au nouvel État palestinien à l’exception des quartiers juifs qui resteraient sous contrôle israélien. Les Palestiniens et les Israéliens partageraient la souveraineté du Mont du Temple sous l’égide d’un comité chapeauté par le Vatican.

Mais le cas de Jérusalem, ville exceptionnelle, est trop complexe pour trouver une formule ordinaire capable de fédérer. La capitale est trop petite, trop peuplée, et trop symbolique pour les trois religions monothéistes et, par méfiance, chacune des parties tient à garder la moindre parcelle de terrain.

Pour certains Israéliens qui refusent de se comporter en idéologues, les négociateurs devraient éviter de se polariser sur les problèmes de souveraineté qui imposent un redécoupage de la vieille ville. Ils prônent une gestion commune des affaires municipales par une instance commune neutre, après élaboration d’un statut spécial de la vieille ville, tout en permettant aux citoyens des deux bords de relever du droit de leur État d’appartenance.

Les conséquences positives seraient nombreuses puisqu’elles impliqueraient le déplacement hautement symbolique des ambassades de Tel Aviv à Jérusalem pour les deux États avec à la clef des créations d’emplois. Mais cette solution, pourtant originale, logique et pacifique, reste du domaine du rêve ou de la seule volonté politique des dirigeants israéliens et palestiniens.

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